Les deux premières classes 100 % immersives ont ouvert leurs portes en Corse

A Bastia et Biguglia, ving-cinq élèves suivent désormais un enseignement totalement immersif en maternelle, du moment où ils franchissent les portes de l'école jusqu'à leur départ. Une grande première. Nous avons suivi la journée de rentrée.
Deux classes de maternelle 100 % langue corse. C'est le pari de Scola Corse à Bastia et Biguglia en cette rentrée scolaire 2021.
Deux classes de maternelle 100 % langue corse. C'est le pari de Scola Corse à Bastia et Biguglia en cette rentrée scolaire 2021. © FTV

Face à Lucas, 4 ans, l'institutrice, accroupie, brandit une pièce de bois figurant un animal. 
- "Un chien !" lance le jeune élève. La maîtresse sourit, encourageante. "Bravu ! U cane." "U cane", répète Lucas, pas peu fier de lui. 

De prime abord, ça ressemble à un cours de langue corse comme on les connaît sur l'île. Mais ce n'est pas le cas.  A l'école élémentaire Georges Charpak, la rentrée, hier, avait une saveur un peu différente. Et des accents plus nustrale qu'à l'accoutumée. Une nouvelle classe de quinze élèves a ouvert dans l'établissement du quartier de Toga, à Bastia. Une classe de maternelle où tout se fera en corse. De l'enseignement aux activités périscolaires, en passant par la cantine ou la garderie. Son nom : Scola corsa. 

Pour la première journée, les parents ont accompagné leur enfant, histoire de découvrir, ne pratique, comment vont fonctionner ces écoles immersives.
Pour la première journée, les parents ont accompagné leur enfant, histoire de découvrir, ne pratique, comment vont fonctionner ces écoles immersives. © FTV

25 élèves en tout pour cette première année

Même chose à Biguglia, à l'école Simone Peretti, où il est déjà l'heure de la pause de 10h30. Une demi-heure après les autres élèves, nous explique Alain Gherardi, le responsable de Scola corsa Biguglia, qui accueille 10 enfants. "Il a fallu s'organiser. Et trouver un accord avec la directrice, qui nous accueille dans les locaux de l'école. Nous tenions à ne pas mélanger nos élèves à l'heure de la récré avec les élèves des classes "standard". Ils ne doivent pas entendre de français durant la journée. Ca va être pareil à l'heure de la cantine. c'est vrai, ça demande des aménagements..."

Ils ont vu ça comme un jeu.

Stéphane, parent d'élève

Mais pour l'heure, le français, malgré tous ces efforts, ils l'entendent quand même. Les habitudes, même à l'âge de 4 ou 5 ans, on ne les perd pas comme ça. Habitués à parler français, pour la plupart, et issus de familles pas forcément corsophones, les enfants reviennent vite à leur langue habituelle, au moment de s'amuser sous le préau, à Biguglia comme à Bastia. C'est à cela que l'immersion à 100 % veut remédier. 

A 16h30, c'est la sortie. Devant les grilles, les parents retrouvent leur progéniture, impatients de connaître leurs premières impressions. Plutôt positives. "Ils ont vu ça comme un jeu, confie Stéphane, le père de l'un d'eux. Ma fille est très fière, elle m'a fait la liste de tous les mots qu'elle avait appris, à peine montée dans la voiture !"

Des parents curieux

Aurélie, elle, n'était pas vraiment emballée par l'idée de mettre son fils dans cette classe 100 % corse. Ce sont les grands-parents de l'enfant qui ont insisté lourdement. Elle a cédé, mais elle redoute que cela soit un désavantage. "Je me dis que, peut-être, tout ce qu'il n'apprend pas en français, chaque jour à l'école, lui manquera un jour... Le vocabulaire, la construction des phrases... Ils sont tout petits, c'est là que ça se joue..."

l'enseignement immersif a largement fait ses preuves ailleurs.

Alain Gherardi

Alain Gherardi, à Biguglia, le reconnaît. Ca n'a pas été vraiment facile, de convaincre, au début. Alors ils ont multiplié les réunions, pour expliquer, et exposer le projet pédagogique. "Certains étaient frileux, mais ils la plupart étaient curieux. Alors on a tenté de leur démontrer les bienfaits d'un vrai bain linguistique, dans le cadre de l'enseignement". 

Un premier jour pas vraiment comme les autres pour les jeunes élèves d'A Scola Corsa, ici à Bastia.
Un premier jour pas vraiment comme les autres pour les jeunes élèves d'A Scola Corsa, ici à Bastia. © Jean-André Marchiani/ FTV

A Scola corsa, on en est sûr, l'année prochaine, les demandes d'inscriptions vont affluer. "En Corse on fonctionne comme ça. On est toujours prudents. Il faut qu'on nous ait fait la démonstration de l'efficacité de quelque chose avant qu'on décide de se jeter à l'eau. Mais l'enseignement immersif a largement fait ses preuves ailleurs. Alors on a aucun doute sur les résultats !"
 

Le réseau Eskolim, qu'est-ce que c'est ? 

La Corse rejoint l'Alsace, le Pays Basque, la Bretagne, l'Occitanie et la Catalogne. Les autres régions de France qui, comme elle, revendiquent haut et fort, depuis des années, le droit de leur langue à se faire entendre au côté de la langue française. 

Les six régions font partie du réseau Eskolim. Un réseau d'écoles immersives créé en 2009 à Ciboure, au Pays Basque. Le principe de cet enseignement repose sur l'idée que pour qu'une langue devienne naturelle, elle doit être pratiquée partout. C'est le cas dans ces écoles, de la cantine à la cour de récréation, et pas uniquement durant les cours, à l'inverse des écoles bilingues. 

Les représentants des six régions du réseau Eskolim sur le Vieux port de Bastia le 28 mars 2021.
Les représentants des six régions du réseau Eskolim sur le Vieux port de Bastia le 28 mars 2021. © IzanOscar

Le réseau compte près de 200 établissements, et près de 15.000 élèves. C'est en Occitanie qu'ils sont les plus nombreux, plus de 70. Vient ensuite la Bretagne. Pour l'heure, avec 2 écoles, la Corse, dernière arrivée, est en queue de peloton, mais Scola Corsa espère que les initiatives de Bastia et de Biguglia essaimeront très vite. 

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