TEMOIGNAGES. Soignants non-vaccinés réintégrés : "Après tout ce temps, je n'y croyais presque plus"

Depuis la mi-septembre 2021, le personnel socio-médical non-vacciné ne peut plus exercer. Une interdiction qui sera prochainement levée, indique François Braun, suivant un récent avis favorable de la Haute Autorité de Santé pour la réintégration des soignants concernés.

Une reprise de service après dix-neuf mois de suspension. Les soignants non-vaccinés pourront réintégrer leur poste à partir de la mi-mai, a annoncé le ministre de la Santé dans une interview accordée au Pays Briard, ce dimanche 30 avril.

François Braun indique suivre l'avis favorable en ce sens remis par la Haute Autorité de Santé (HAS). Depuis le début de la crise covid, les recommandations de l'institution sont ainsi particulièrement suivies par le gouvernement. En 2021, rappelle le ministre au journal régional, c'est un avis de la HAS "qui avait abouti à ne plus garder des non-vaccinés". Aujourd'hui, poursuit-il, "j'applique la loi. Ces soignants vont être réintégrés."

L’instruction est prête. Je vais la signer en tout début de semaine prochaine.

François Braun, ministre de la Santé et de la Prévention

François Braun précise avoir "réuni l'ensemble des parties prenantes", afin que cette réintégration se fasse "dans de bonnes conditions". "Les non-vaccinés ne sont pas forcément attendus avec des fleurs dans tous les services et partout", détaille-t-il. Mais, assure-t-il, "les discussions ont eu lieu. L’instruction est prête. Je vais la signer en tout début de semaine prochaine. Le décret de mise en application sera pour mi-mai".

"Quasiment deux ans sans pouvoir exercer, c'est long"

Pour Michèle*, cette déclaration est un "soulagement". "Après tout ce temps, je n'y croyais presque plus", admet-t-elle. Infirmière depuis plus de 20 ans, auparavant en hôpital et depuis peu en Ehpad, cette quinquagénaire n'avait pas souhaité se faire vacciner contre le Covid au-delà de la première dose.

La raison, raconte-t-elle : une "très mauvaise expérience avec la première piqûre, qui m'avait mis dans un état pas possible. J'étais plus mal que je n'avais jamais été auparavant, j'ai eu des effets secondaires absolument catastrophiques, de la fièvre, des tremblements, des vertiges terribles qui ont duré des semaines... Je ne suis pas fondamentalement opposée à la vaccination, pas du tout, mais j'ai reconnu les signaux qui me disaient que ce n'était pas bon pour moi."

Michèle indique avoir déjà pris contact avec son employeur pour "déterminer les conditions" de son retour. "Il faudra peut-être que je me reforme un peu, histoire de reprendre la main. Quasiment deux ans sans pouvoir exercer, c'est long. Mais je n'appréhende pas vraiment. J'ai hâte de pouvoir retrouver mes patients."

"Soigner, aider et être au côté des gens, pour moi, c'est une vocation"

Une impatience également partagée par Nathalie*, la quarantaine. Sapeur-pompier volontaire depuis dix ans, et auxiliaire de puériculture depuis deux années, cette Bastiaise a été contrainte de tout arrêter avec la mise en place de l'obligation vaccinale. 

Elle qui n'avait pas souhaité avoir recours au vaccin par choix, se souvient avoir beaucoup souffert de cette interdiction de pratiquer, après des mois entiers "où l'on était au front, et où il fallait que nous soyons présents, avec ou sans équipements adéquats, pour soigner le maximum de personnes dans des conditions très compliquées. Et en guise de remerciement, on nous a finalement dit que si on ne se vaccinait pas, on perdait notre boulot."

Nathalie* souhaite désormais également reprendre ses postes au plus tôt. "Ce sont deux emplois qui me plaisent beaucoup. Soigner, aider et être au côté des gens, pour moi, c'est une vocation."

Une proposition de loi récemment rejetée par les députés

La décision du ministre de la Santé n'est pas une surprise : le 30 mars, lorsque la Haute Autorité de Santé a recommandé de lever l'obligation de vaccination contre le Covid-19 en place pour les soignants, François Braun avait déjà indiqué son intention de suivre cet avis, en appliquant un décret de suspension - plutôt que de suppression - de l'obligation vaccinale pour les soignants. 

Les recommandations de la HAS n'ont pour autant pas remporté tous les suffrages : le 12 avril dernier, les députés ont rejeté en commission des affaires sociales une proposition de loi du groupe communiste appelant à réintégrer ce personnel non-vacciné contre le Covid-19 au sein des établissements de santé et de secours, pour y pallier les pénuries d'effectifs. L'examen du texte reste néanmoins au menu de l'Assemblée le 4 mai, dans le cadre de la niche parlementaire du groupe communiste.

Depuis que j’ai été interpellé sur ce sujet, depuis ma nomination l’été dernier, j’ai donné les étapes. J’ai attendu l’avis de la Haute Autorité de santé. J’ai réuni les parties prenantes et je publie le décret.

François Braun, ministre de la Santé et de la Prévention

Interrogé par Le Pays Briard sur la compatibilité de ce texte des élus communistes avec la publication de son décret, le ministre de la Santé estime que "cela n'est pas de [s]on fait".

"Depuis que j’ai été interpellé sur ce sujet, depuis ma nomination l’été dernier, j’ai donné les étapes. J’ai attendu l’avis de la Haute Autorité de santé. J’ai réuni les parties prenantes et je publie le décret. Je pense que la meilleure chose serait de retirer les discussions sur ce projet, puisque, comme on dit, les choses seront faites", conclut-il. Réponse sur ces points dans les prochains jours, et peut-être même dès ce mardi 2 mai.

(* les prénoms ont été modifiés)

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