Macinaggio : une enquête ouverte après l’agression d’un couple homosexuel

Dans la soirée du mercredi 14 juillet, deux hommes ont été violemment pris à partie dans un bar de Macinaggio, sur la commune de Rogliano. Le parquet de Bastia a ouvert une enquête pour "violences volontaires en réunion et à raison de l’orientation sexuelle des victimes".
© Denis Charlet / AFP

Les faits se sont déroulés mercredi soir dans un bar de Macinaggio, en marge des festivités du 14 juillet. Un couple homosexuel en vacances aurait été frappé par plusieurs individus lors d’une soirée dans un établissement situé sur la marine de la commune de Rogliano.

Respectivement âgés de 43 ans et 33 ans, Mickaël Gaspar et son compagnon Benoît David ont, selon leurs dires, été victimes "d’insultes homophobes" et subi "un véritable lynchage".

Pris en charge par les gendarmes et les pompiers vers une heure du matin, les deux hommes ont passé la nuit au centre hospitalier de Bastia. "On a tous les deux le nez fracturé et pas mal de contusions", confie Mickaël Gaspar. Une troisième personne qui les accompagnait a été également blessée à l'arcade sourcilière, sans que son état ne nécessite une hospitalisation.

Tout comme Mickaël Gaspar, Benoît David a eu le nez fracturé.
Tout comme Mickaël Gaspar, Benoît David a eu le nez fracturé.

Ce jeudi 15 juillet, en fin de matinée, le couple a déposé plainte à la gendarmerie de Brando.

Dans la foulée, le parquet de Bastia a ouvert une enquête pour "violences volontaires avec ITT inférieure ou égale à huit jours en réunion et à raison de l'orientation sexuelle des victimes".

"Frappé par trois ou quatre personnes"

À l’origine, ce mercredi soir, les deux hommes étaient venus boire un verre en compagnie d’autres membres de leur famille. D’après leur témoignage, tout aurait commencé sur la piste de danse : "Alors que nous étions en train de danser, une quinzaine de personnes âgées de 15 à 18 ans a commencé à faire des commentaires homophobes, raconte Mickaël Gaspar. Un jeune garçon du groupe s’est mis à m’imiter avant de me traiter de sale pédé (sic). Cinq minutes plus tard, il m’a tendu son portable en me montrant une photo sur laquelle un homme était en train de pisser sur un drapeau gay. Je lui ai dit qu’effectivement j’étais homosexuel et que je ne comprenais pas son délire. Une autre personne du groupe m’a dit que c’était dégoutant d’être homo. Je leur ai dit que c’était des idées reçues et ils ont été assez indélicats." 

Toujours selon ses dires, Mickaël Gaspar s’éloigne du groupe de jeunes et s’en va raconter la scène à son compagnon, Benoît David, alors en train de commander à boire au bar. "J’étais assez chamboulé et énervé, poursuit-il. J’ai su garder mon calme. Avec Benoît, nous étions un peu refroidis par la situation."

Quelques minutes plus tard, Mickaël Gaspar demande à voir un responsable de l'établissement. C’est là que la situation se serait envenimée. "Je voulais le mettre au courant de qui s’était passé. J’ai alors recroisé la quinzaine de jeunes dont le garçon qui m’avait imité. Il continuait à le faire en me narguant. Je lui ai alors demandé quel était son problème. À ce moment-là, je me suis fait agripper la main par un homme que je n’avais pas vu qui m’a dit "je suis le gérant, tu le laisses lui". Je lui ai dit "ça te regarde pas, je suis en train de discuter avec lui". Là, j’ai été frappé par trois ou quatre personnes. J’ai essayé de me défendre mais j’ai pris un coup de poing qui m’a cassé le nez et je me suis retrouvé à terre."  

Ils étaient vingt sur moi, vraiment. Tout ça a duré au moins trois minutes

Benoît David

Par la suite, les incidents se seraient poursuivis à l'extérieur de l'établissement. "Quand ils m’ont mis à terre j’ai essayé de m’enfuir, deux m’ont suivi en me frappant. A ce moment-là, je me suis aperçu qu’une vingtaine de jeunes coursaient Benoît dehors."

"J’ai fait cent mètres en me faisant rouer de coups, raconte ce dernier. Ils m’ont bloqué entre deux voitures. Ils n’ont pas arrêté. C’était un lynchage. Les filles regardaient derrière, comme si elles étaient au spectacle. Tous les gens du bar n’ont rien dit. Personne ne nous a protégés. Ils étaient vingt sur moi, vraiment. Tout ça a duré au moins trois minutes."

"Un lynchage collectif"

Selon les deux hommes agressés, les injures à caractère homophobe ont continué alors qu'ils étaient pris en charge par les secours. "Quand l'ambulance des pompiers a démarré avec nous à l'intérieur et qu'elle est repassée devant le lieu de l'agression, la foule criait et nous insultait."

Habitué à venir en Corse, le couple dit n'avoir jamais subi de violences auparavant dans l'île. "L'an dernier, au mois d'août, on avait même passé une très bonne soirée à Macinaggio où on avait fait la fête de la même manière. Tout s'était alors très bien passé." "C'est la première fois que je me fais lyncher pour ce que je suis, souligne Benoît David, qui fréquente le Cap Corse depuis une dizaine d'années. J’insiste bien, ce n’est pas deux gars qui nous ont agressés, c’est un lynchage public et collectif."

Contacté par nos soins, l'établissement où se sont déroulés les faits était injoignable ce jeudi.

Ghjuventù Ruglianese conteste le témoignage des victimes

Ce vendredi 16 juillet, dans un communiqué, l'association Ghjuventù Ruglianese a remis en cause le témoignage des deux personnes agressées : "La version de l'incident rapportée par les prétendues victimes est mensongère et calomnieuse à l'égard de la jeunesse du village". Pour Ghjuventù Ruglianese, "les faits en question ne relèvent en rien d'une quelconque homophobie".

Dans ce même texte, l'association indique : "En effet, s'il y a eu un incident, c'est parce que l'une des prétendues victimes, qui n'était manifestement pas dans son état normal, s'est montrée entreprenante à l'égard d'un mineur et a fini par l'agresser physiquement."

 

De nombreuses condamnations

Dans la journée du jeudi 15 juillet, ces actes ont suscité de vives réactions, notamment de la part du préfét de Haute-Corse, François Ravier, qui a "condamné avec la plus grande fermeté l’agression physique et les insultes à caractère homophobe". 

Le maire de Bastia, Pierre Savelli, a également réagi sur Twitter.

Sur le même réseau social, Jean-Félix Acquaviva, député de la deuxième circonscription de la Haute-Corse, a lui aussi apporté "son soutien total aux victimes". "L'homophobie est à combattre clairement comme toutes les discriminations. Les violences qui y sont liées sont inacceptables", a-t-il ajouté.

La section corse de la Ligue des droits de l'homme a elle aussi condamné "avec la plus grande fermeté la violente attaque qu’ont subie des personnes homosexuelles". Idem du côté de l'association LGBTI l'Arcu.

Chez nos confrères de Corse-Matin, Patrice Quilici, maire de Rogliano, s'est dit "révolté par cette agression". "Ce qui s'est passé est inaceptable ! [...] Cela porte tort à l'image de la commune, a déclaré l'élu avant d'ajouter : j'espère que l'enquête de la gendarmerie ira jusqu'au bout."

Confiées en co-saisine à la brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Bastia et à la communauté de brigades de Brando, les investigations devront faire toute la lumière sur les circonstances exactes et le mobile de l’agression.

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