Sidaction 2024 : “Il n’y a plus de prévention, même pas une affiche : ‘Continuez à mettre un préservatif’”

La 30e édition du Sidaction se déroule du 22 au 24 mars. Elle vise à récolter des dons afin de financer la recherche et des soins contre le virus du Sida. Paul, habitant de Haute-Corse, est séropositif depuis le début des années 1980. Il témoigne.

La campagne 2024 du Sidaction se déroule entre le 22 et le 24 mars. Comme chaque année depuis 30 ans, cet événement permet à l’association de récolter des dons afin de financer la recherche et des soins contre le virus du Sida.  

Il reste des progrès à faire pour la prévention, le dépistage ou l’accès aux traitements, même en France, a déclaré à l’AFP Françoise Barré-Sinoussi, présidente de Sidaction. Le chemin n’est pas fini, et il ne faut surtout pas s’arrêter en cours de route.” 

L’an dernier, le week-end du Sidaction a permis de récolter 3.9 millions d’euros de promesses de dons, un montant proche de celui de l’année précédente. En France, quelque 200.000 personnes vivent avec le VIH, 5.000 nouvelles séropositivités ont été découverte en 2022.  

Paul a 66 ans et vit en Haute-Corse. Lorsque le virus est arrivé dans l’île, il est addict aux drogues dures et habite à Ajaccio et apprend après un dépistage qu’il est séropositif. Il livre son témoignage à France 3 Corse ViaStella.  

Quand avez-vous appris que vous étiez séropositif ?  

J’ai appris mon infection au tout début des années 1980, entre 1980 et 1982. Je prenais de l’héroïne en shoot. On se passait les seringues parce qu’à l’époque ça coûtait très cher, surtout pour les gens qui se droguaient. C’était autour de 30 francs la seringue.  

Lorsque l’épidémie s’est déclarée à Ajaccio, je suis allé à la Miséricorde dans le service qui s’en occupait. J’ai passé des tests et on m’a dit que j’étais séropositif. Je n’ai pas pris de traitement tout de suite, je savais ce que c’était et ce que ça représentait, mais très franchement ça m’a fait ni chaud ni froid. Même aujourd’hui, je le dis aux autres et c’est moi qui me propose pour témoigner.  

Pourquoi n’avez-vous pas voulu prendre de traitement dès l’annonce de l’infection ?  

À l’arrivée du Sida en Corse, à cette époque, j’étais à Ajaccio, les personnes qui étaient infectées et qui prenaient le traitement mourraient très vite. Ils prenaient de l’AZT, c’était le seul traitement disponible à cette époque et tout le monde prenait les mêmes doses. Je pense vraiment que parmi les personnes qui se droguaient il y a eu plus de morts du Sida que de surdose.  

Je ne pourrai pas dire exactement pourquoi je n’ai pas pris de traitement, peut-être parce que je voyais les gens prendre de l’AZT et je les voyais mourir. Et puis j’étais aussi dans un délire de défonce, je prenais des drogues dures, on ne réagit pas de la même façon.  

J’ai commencé à prendre un traitement, la trithérapie, en 1992. Dans les premiers temps, je prenais 18 cachets. Il y a eu une évolution parce qu’on est passé de 18 cachets à trois et plus tard, on est passé de trois à un. Donc aujourd’hui je prends un cachet et je n’ai aucun effet secondaire. Aujourd’hui, mon VIH n’est plus détectable, mais il est toujours dans mon organisme.  

Pensez-vous que la jeune génération, celle qui n’a pas connu les années Sida, est assez sensibilisée au VIH et au Sida ?  

Je ne pense pas. Parfois je discute avec certains jeunes et ils sont persuadés que l’on peut être infecté en allant coucher avec des tapins ou avec des filles qui travaillent dans les caboulots. Ils pensent que les filles de bonnes familles ne peuvent pas l’avoir... C’est complètement faux.  

Maintenant, je dirais que le VIH et le Sida sont assez banalisés, les jeunes n’ont plus trop peur, il y a des traitements. Mais il faut dire et redire qu’une fois infecté, c’est une grosse galère. Parfois, le corps réagit mal à la trithérapie.  

Je veux insister sur le fait qu’il faut tout le temps mettre un préservatif. Que ce soit avec un homme une femme, on s’en fout, ça n’a pas d’importance, mais il faut mettre un préservatif.  

Existe-t-il encore, selon vous, des discriminations liées au VIH ou au Sida ? 

Oui, il y a encore des gens qui prennent mal le fait que quelqu’un est séropositif. Il y a un amalgame entre : être infecté par le VIH, et le développement de la maladie, le Sida. Par exemple, certaines personnes vont pointer du doigt un séropositif en disant : “Celui-là a le Sida”.  

C’est faux, encore une fois on par le Sida quand la maladie est déclarée, et là il ne reste pas longtemps à la personne concernée. Après, il y a aussi des personnes qui, lorsqu’elles apprennent qu’elles sont séropositives, se cachent. Elles ont honte.  

Donc oui, il y a toujours de la discrimination. Personnellement, je m’en fiche. Je prends ça comme un aléa de la vie, il y a bien pire à mes yeux aujourd’hui que d’avoir le VIH.  

Est-ce que le gouvernement prend assez de mesures pour lutter contre le Sida ?  

Je pense que le gouvernement n’en parle pas assez. Il n’y a même pas de campagnes d’information de sa part, il n’y a pas d’affiche pour la prévention, même pas dans les pharmacies. Il n’y a rien, même pas sur le préservatif. J’en voyais au moment de l’explosion de l’épidémie. Il pourrait encore faire des affiches, “continuez à mettre un préservatif”. 

Il n’y a plus rien. On ne parle du Sida qu’au moment du week-end du Sidaction, lorsque l’on voit Line Renaud à la télé. Et au niveau local il n’y a rien non plus, sauf les associations. Je pense que ça ne coûterait pas grand-chose à la collectivité de faire des affiches, je pense en langue corse, pour faire de la prévention autour du préservatif.   

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