DOCUMENTAIRE. "Mille jours" avec des réfugiés syriens ou un regard différent sur l’immigration en France

Publié le
Écrit par Isabelle Amelot

Être en exil en France c'est bousculer tous ses repères. Comment s'intégrer dans cette nouvelle société ? Apprendre la langue, la culture les modes de vie d’un autre pays ? L’exil change-t-il les personnalités ? Le documentaire "Mille jour" porte un regard positif sur l'immigration. À voir ce jeudi 24 novembre à 23h50

2015. Un flot d’images envahit nos écrans. Les "migrants" courent sur des plages en Grèce ou marchent le long de voies ferrées en Allemagne. Une foule d’anonyme. Certains appellent à la fermeture des frontières. Les médias parlent de "crise des migrants". Ceux qu’on n’appelle plus "réfugiés" fuient la guerre en Syrie, fuient la destruction, fuient la mort.

Déracinement, migration, l’histoire se répète. Aujourd’hui, encore avec la guerre en Ukraine et ces milliers d’ukrainiens qui cherchent à échapper à l'horreur, qui cherchent, eux aussi, à s’arrêter quelque-part. 

 "Mille jours", un autre regard sur ces déracinés. Un documentaire positif sur l’immigration. Un documentaire qui nous fait découvrir des visages pour effacer la foule. Des parcours singuliers pour mieux comprendre l’exode.

Mille premiers jours en France  

Ils sont quatre. Hasan, Ghaith, Khairy et Saran. Ils sont étudiants. 

Hasan vient d’Alep, Ghaith de Homs, Khairy de Damas et Sara de Swaidaa. Ils ne se connaissaient pas avant d’arriver en France.

Ils sont restés liés et sont heureux de se retrouver. Ils abordent les différences entre la France et la Syrie, l’histoire et la situation des deux pays. Finalement, ils dévoilent les chemins qu’ils s’apprêtent à emprunter et dans quelle direction ils souhaitent se diriger. 

Hasan

En Syrie, Hasan faisait des études d’arts plastiques, de design et d’architecture. Il a eu  deux options : prendre les armes avec un groupe opposé au régime ou partir. Début 2015, il quitte Alep. Il a 22 ans et n’a pas d’autre projet que de "sortir" de son pays plongé dans le chaos par la guerre.

Arrivé en France, il apprend le français dans le programme d’accueil des réfugiés de la Sorbonne. Ensuite, il commence des études de cinéma et rêve de fabriquer des effets spéciaux. Il fait tout ce qu’il peut pour s’enraciner dans son pays d'accueil, malgré les difficultés administratives qui n’ont fait que de s’accumuler depuis son arrivée. Il lui aura fallu trois ans pour obtenir le statut de réfugié et n’a toujours pas reçu son titre de séjour définitif. L’émigration a été comme une seconde naissance pour lui :

Je me sens comme un bébé. Je dois tout apprendre. C’est comme s’il y avait le Hasan français et le Hasan syrien.

Hasan

Depuis son arrivée, Hasan a vu toutes ses croyances et tous ses repères remis en question. Il avance à tâtons dans cette nouvelle vie qu’il tente régulièrement de décrire et d’expliquer à sa mère, restée à Alep. Il  estime qu’il a entièrement recommencé sa vie et apprend patiemment à  découvrir ce nouveau lui-même.

Hasan vit maintenant à Paris. Il est actuellement en 2ème année des 3iS, l'Institut international de l'image et du son. 

Ghaith

Ghaith a 18 ans lorsqu’il quitte Homs. Il arrive à Roissy début 2016.  Il obtient un visa étudiant à l’ambassade de France.

Il estime que venir en France, même forcé, lui a donné la possibilité de repenser ses rapports avec sa famille, sa culture et même sa relation au monde. Pour lui la France lui a donné la liberté, celle de citoyen : " Je suis athée, de culture chrétienne, mais il y a une sourate dans le coran qui dit - Nous étions orphelins et Dieu nous a adoptés. Nous étions perdus et Dieu nous a montré le chemin. Je l’ai réécrite en arabe et j’ai remplacé le mot Dieu par le mot France."  

La première chose que j’attendais de la France, c’était la liberté.

Ghaith

Aujourd'hui, Ghaith a un sentiment d’"appartenance française". Il aime la langue, la façon de vivre et l’équipe de football.  I l s’apprête à entamer les démarches pour demander la nationalité. 

Il a validé sa licence en gestion et finance et économie des entreprises. Il voudrait devenir traducteur à l’ONU. Il a créé un label de musique avec Khairy. Un pont entre la musique du Moyen-Orient et l’Europe.

Khairy 

A Damas, Khairy a commencé la musique très jeune. A l’adolescence, il se lance dans le hip-hop et participe au premier album officiel de rap en Syrie. Ses morceaux circulent clandestinement. Il a vingt ans au début de la révolution et participe aux manifestations. Après un concert au Liban, il apprend qu’il est sur la liste des personnes recherchées par l’armée. Il décide donc de ne pas rentrer. 

Il écrit, compose et produit un rap engagé qui témoigne de l’histoire récente de la Syrie et raconte sa vie en exil. Son travail d’artiste le maintient puissamment lié à la Syrie. Aujourd’hui, il regarde plus intensément la France et découvre de nouvelles raisons de rester : " Ce n’était pas mon choix d’être un réfugié. Quand je suis sorti de Syrie, j’ai essayé de rester au maximum avec ma nationalité syrienne, avec mon passeport. C’est le mot "réfugié" qui définit ma vie aujourd’hui."

Khairy travaille comme assistant réalisateur d’émissions de radio. 

Sara

Sara a 19 ans quand elle prend la décision en une semaine de quitter son pays avec son frère. Elle suivait des études d’architecture près de Damas .  

Huit mois après son arrivée en France, elle réussit le concours de l’école nationale supérieure des Arts Décoratifs. Elle a transformé l’exil en opportunité. " Être artiste, en France c’est difficile. En Syrie, c’est impossible". L’année prochaine, elle intégrera la 5ème année de l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à Paris. Elle dit préférer sa vie d’aujourd’hui à celle qu’elle aurait pu avoir sans la guerre. Elle vient de faire une demande de naturalisation.

Le statut de réfugié

Un peu de sémantique... 

"Migrant" est  le  terme général qui désigne des personnes qui vont d’un endroit à l’autre, parfois à l’intérieur d’un même pays. Mais parmi ces migrants, certains quittent leur territoire pour fuir la guerre ou les persécutions. Ils sont alors reconnus "réfugiés" par le droit international. 

Après l'odyssée, vient le temps des fastidieuses démarches pour l'obtention du statut de réfugié. En France, c'est l' Ofpra qui se charge d'étudier les demandes d'asile. En application de l'article 1er A2 de la , du 28 juillet 1951, ils jugent en fonction des persécutions, si oui ou non les personnes peuvent obtenir le statut de réfugié et donner un titre de séjour valable pendant dix ans. Ce qui signifie que pendant une décennie, ces individus ne peuvent pas retourner dans leur pays d'origine. Le pays qui leur accorde ce statut leur doit protection.

Ce qui est le plus dur, c’est d’être interdit de retourner en Syrie. T’as pas le droit d’avoir une connexion avec ta vie d’avant. C’est maintenant que je ressens le choc, je ne suis plus en Syrie, je suis en France. En fait, le choc vient après.

Sara

Souvent, l'obtention de ce statut est vécu de façon ambivalente. Le soulagement "d'être en règle" dans le pays qui accueille. La tristesse de ne plus pouvoir aller dans son pays d'origine. C'est un deuil comme l'exprime Khairy : "On ne nait pas immigré, on le devient. Quand on quitte notre endroit, on quitte notre mémoire."

Selon l'agence des Nations Unies pour les réfugiés (l' UNHCR ), 82,4 millions de personnes étaient déracinés à travers le monde à la fin 2020, en raison de la persécution, des conflits, des violences, des violations des droits humains ou d’événements troublant gravement l'ordre public. Combien seront-ils fin 2022 ? 

 ► "Mille jours", une coproduction France Télévisions, Olivier Wlodarczyk et EGO Productions réalisée par Laurent Rodriguez.

► À voir en replay sur france.tv dans notre collection La France en Vrai 

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Deux des personnages ont participé à la création du documentaire : Khairy a créé le design sonore des séquences d’animations dessinées par Sara.

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