DOCUMENTAIRE. "Queen a Man", l’hommage à Freddie Mercury qui séduit les foules

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Depuis trois ans, "Queen a Man" est le spectacle de rue qui fait le buzz : comme autant de sosies de Freddie Mercury, des majorettes masculines sous la houlette d’une capitaine rendent un hommage décalé au chanteur de Queen devant un public conquis. Un documentaire retrace cette aventure humaine et artistique qui déjoue avec humour les représentations de genre.

"Ça a commencé par un rêve" raconte Cécile Le Guern, qui mène la troupe des Queen a Man et qui n’en revient toujours pas. Une vision d’un ensemble de mecs déguisés en Freddie Mercury exécutant un numéro de majorettes sur la musique de Queen.

Et ça se poursuit comme dans un rêve : 124 représentations dans les festivals en trois étés, un succès fou partout en France, un public en amour qui en redemande. Entre les deux, un travail acharné pour une revanche sur le temps qui passe, que raconte avec tendresse le documentaire éponyme de François Guillement "Queen a Man".

Qui est cette drôle de troupe ?

Cécile et ses Freddies sont des circassiens accomplis, mais au début de l’histoire, les voilà confrontés à un double apprentissage : la majorette et la danse. Cyrille Gérard, co-auteur du spectacle et compagnon de Cécile, est jongleur. Il a entraîné le reste de la troupe au maniement du bâton.

Pour la chorégraphie, c’est Éric Martin qui a pris sous son aile les Queen a Man. Danseur à la carrière internationale, membre de la compagnie DCA de Philippe Decouflé, il a signé la chorégraphie du dernier film de Valérie Lemercier "Aline". 

Éric Martin souligne la liberté dont a fait preuve Farrokh Bulsara, alias Freddie Mercury durant sa carrière "Il a eu énormément d’autodérision : je m’habille en femme, je passe l’aspirateur [ndr référence au clip I Want to Break Free], et je vous emmerde ! Pour nous, c’est pain béni ! On fait ce qu’on veut avec ce que l’on est". Ce que l’on est ? Des artistes de rue peu ou prou quinquagénaires avec déjà une longue carrière derrière eux.

Le tournant de l’âge que l’on dit mûr, les questionnements qui vont avec étaient déjà au centre du précédent documentaire de François Guillement, "À contre-courant". Son personnage principal, Anthony y entreprenait une remontée de la Loire à la voile, en forme de quête de soi et de bilan.

Dans Queen a Man, l’élaboration du spectacle interroge aussi la carrière d’artistes dont les corps n’ont plus vingt ans, et dont les perspectives professionnelles ont été assombries par la parenthèse Covid.

"Je pensais que les tournées, c’était fini, que la page était tournée" confie Cyrille Gérard, membre de la compagnie Maboul Distorsion et compagnon de Cécile. "J’ai connu pas mal de galères, je me suis retrouvé à faire Père Noël, des anniversaires pour enfants, je gagnais que dalle, j’avais du mal à boucler mon statut d’intermittent, je me disais que la carrière de circassien, c’était plié. Queen a Man a relancé la machine alors qu’on ne s’y attendait pas".

Un propos que le montage prolonge opportunément par une séquence de répétition des Queen a Man sur la chanson "Show must go on". 

Un travail acharné

Mais pour que le spectacle continue, il faut mettre les bouchées doubles. Sous les indications d’un Éric Martin perfectionniste et qui a décomposé en dessins tous les mouvements. La caméra nous montre un travail préparatoire extrêmement physique, l’apprentissage d’un langage du corps jusqu’ici inconnu, tout en précision.

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Répétition du spectacle Queen a Man ©Lucien TV Centre

Gymnaste et sportif depuis l’enfance, Denis Fayon le confirme : "Tous les corps ont leur passif. Moi, j’ai eu des blessures, il y a des mouvements que je faisais qui aujourd’hui font mal".

Le but d’ailleurs n’est pas d’imiter la bête de scène qu’était Freddie Mercury, ni de rendre un hommage empesé à la figure gay iconique emportée par le Sida en 1991, mais de l’interpréter, de le jouer, de le surjouer, en communion avec le public.

Là où les tribute bands rendent sur scène leur copie irréprochable pour des spectateurs conscients de la contrefaçon, les Queen a Man partagent le macadam avec un public disposé à 360 degrés pour une aventure artistique et poétique commune, conçue pour résonner en chacune et chacun.

La tournée

"Le retour des gens est incroyable, ça peut chambouler des vies, s’enthousiasme Cyrille. Tu ne sais pas devant qui tu joues et à la fin certains viennent te parler de leur vie, te disent qu’ils n’allaient pas bien et qu’on leur a redonné l’amour de la vie. Je trouve ça très fort, peut-être que ça flatte l’ego, mais nous sommes des gens du peuple qui touchent des gens du peuple".

Olivier Clénet, alias Smoul, une enfance à Cholet dans une famille modeste, ne dit pas autre chose quand il se souvient. "Adolescent, j’ai assisté à un spectacle de Jérôme Deschamps, je suis tombé en amour de ce que j’ai vu, je me disais, ça doit être génial de faire le con et d’être payé pour ça, mais je ne me projetais pas du tout là-dedans. Je croyais que c’était réservé à d’autres gens, qui habitaient à Paris. On vient tous de petits bleds à la campagne, et on fait une tournée qui sillonne la France, on n’a pas à rougir".

Si François Guillement saisit les Queen a Man ensemble au début de son film, c’est pour mieux s’intéresser à chacun ensuite. En séquences régulières qui alternent au montage avec les représentations et les coulisses de la tournée, les Freddies du 44 défilent un par un en costume trois pièces, marcel blanc-cape jaune-jean moulant. Chacun démontre sa virtuosité au bâton, et se raconte en voix-off, livre sa passion brûlante du spectacle dont on vit viscéralement et financièrement tant bien que mal.

Car les Queen a Man sont en effet des artistes à l’image de leur public, périurbain, rural, avec des fins de mois pas toujours sereines et des inquiétudes pour l’avenir que le spectacle est venu à point nommé éclaircir.

Avec aussi des questions entre vie familiale et carrière professionnelle. Pour Cécile, maman de jumelles encore petites, les départs en tournée pèsent, mais gardent du sens : "J’ai fait ce spectacle pour mes filles, une transmission pour qu’elles sentent libres et heureuses. J’ai envie de faire de belles choses".

Et de fait, la farce s’accommode de la grâce, comme le montre une séquence nocturne durant la tournée estivale. Un enchaînement de ralentis, soutenus par la musique du film, nous fait décoller de la chronique du quotidien d’un collectif en tournée pour révéler la finesse de la mise en scène, des gags — on est des gens de cirque tout de même — et souligner la délicatesse d’une chorégraphie investie par chacun. Comme dans un rêve là aussi.

La caméra de François Guillement n’oublie pas de s’attarder sur les visages des spectateurs, que tant de plaisir semble rendre incrédules. "À 18 ans, j’ai vu des artistes clowns sur scène et j’ai eu la sensation que je pouvais faire partie de leur famille, confie Cécile. Mais j’ai mis du temps avant de m’avouer que je voulais faire ce métier".

Une affaire de transmission donc. Cette année-là, la tournée est passée par La Chapelle-Derrien dans les Côtes-d'Armor, ville natale de Cécile. Dans le soir d’été, au terme de leur géniale Circassienne Rhapsodie, les Queen a Man saluent une fois de plus le public dans un tonnerre d’applaudissements. Assis par terre, des enfants avec parmi eux, qui sait, un ou une qui rentrera à la maison avec un rêve secret de chapiteau et de voyage.

Queen a Man, un documentaire de François Guillement (52’)

Une coproduction Lucien TV Centre - France Télévisions

Diffusion jeudi 05 octobre à 22h50

Rediffusions à 09h10 vendredi 06 et mardi 17 octobre

► À voir en replay sur france.tv dans notre collection La France en Vrai 

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