La Guerre, le récit coup de poing du dessinateur nantais Loïc Sécheresse et du scénariste Thomas Cadène

Alice et Alex donnent l'apparence d'un couple parfait, bien sous tous rapports. Jusqu'au jour où un événement brutal révèle leurs personnalités complexes et des pulsions perverses. Tout est alors en place pour un récit étourdissant qui ne laissera personne intact...

extrait de la couverture de l'album La Guerre
extrait de la couverture de l'album La Guerre © Delcourt - Cadène & Sécheresse

Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont riches, ils sont intelligents, ils se ressemblent et s'assemblent. Mais au lendemain d'un accident de la circulation meurtrier dont ils sont responsables, Alice et Alex entrent en guerre contre les autres. Ou plus exactement contre la vie !

"Être vivant...", dit Alice, "c'est affronter la vie, on n'affronte pas la vie sans sentir le souffle de la mort"

Ce souffle de la mort, Alice et Alex vont le chercher, le provoquer, elle, dans les bras d'un amant rencontré dans le métro, un Français d'origine maghrébine qu'elle traite comme un objet exotique, lui avec un clochard ivre croisé sur les quais de la Seine. Insultes, bousculade, le clochard finit dans le fleuve. Alex rentre chez lui tranquillement.

© Delcourt - Cadène & Sécheresse

Et la suite de l'histoire n'est qu'une lente descente aux enfers, un jeu à deux contre le reste de l'humanité ou presque... Au fil des pages, Alice et Alex s'enfoncent dans leurs certitudes de dominants, persuadés de leur impunité, de leur légitimité face à tous ces pauvres et autres invisibles, pour ne pas dire nuisibles. 

Vertige de la haine

Pour ce scénario difficile, dont la dimension politique n'échappera à personne, il a fallu trouver le dessinateur ad hoc. Et ce ne fût pas facile. Pendant trois ans, le scénario a dormi dans le bureau de Thomas Cadène avant que Loïc Sécheresse ne s'en empare finalement. 

© Delcourt - Cadène & Sécheresse

"Je connais Thomas depuis longtemps...", explique Loïc, "depuis la bédénovela Les Autres gens. À l'origine, ce projet était destiné à quelqu'un d'autre qui a décidé finalement de ne pas le faire. Quand Thomas s'est adressé à moi, j'ai longuement hésité parce que le scénario est hyper-perturbant, dérangeant".

Ce qui le décide finalement, c'est une anecdote dans un train entre Paris et Nantes, l'attitude d'un couple "très chic, très beau, très parfait" assis en première classe, les pieds posés sur les fauteuils qui leur font face dont celui de Loïc. "Comme ce sont des gens bien élevés, ils s'étaient déchaussés tout de même", raconte Loïc "mais plutôt que d'enlever leurs pieds à mon arrivée, ils les ont légèrement décalés. J'étais chez eux. En les regardant, je me suis dit que c'était exactement les personnages de l'album. Je les ai même croqués discrètement".

Avec son trait au pinceau et son sens de la mise en scène, Loïc Sécheresse révèle à travers les 110 pages de l'album la noirceur et la violence du récit de Thomas Cadène. On y parle bien évidemment de "lutte des classes intime", pour reprendre les termes de Loïc, mais aussi et surtout de vivre ensemble. Le tableau n'est pas franchement gai, il reflète la fracture sociale qui existe dans notre pays comme un peu partout dans le monde sur un ton nihiliste et désabusé assumé. 

Propos recueillis par Eric Guillaud le 21 mai 2021

Loïc Sécheresse sera en dédicaces à La Mystérieuse librairie nantaise le 29 mai à partir de 16h

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