Documentaire. "Nous sommes les sauvages" : à Nantes, le péril jeune à l’Opéra !

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Créé au théâtre Graslin, l’Opéra "Les Sauvages : Contes du Quartier" a reçu l’hommage unanime de la critique et des spectateurs. Le documentaire "Nous sommes les sauvages" raconte l’aventure de la création de ce spectacle, plus vivant que jamais par la présence des enfants qui l’ont inspiré et joué.

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Il était une fois des enfants de deux quartiers de Nantes, le Breil et Les Dervallières à qui l’on proposa de monter, chanter et jouer un Opéra. Sur cette base, le documentaire d’Adeline Moreau pourrait prendre la forme d’un conte sucré et pour tout dire, convenu : ils travaillèrent bien et beaucoup, surmontèrent de nombreux obstacles grâce à des encadrants bienveillants, et récoltèrent à la fin des applaudissements nourris et mérités.  

Or, "Nous sommes les sauvages" propose une vision bien plus subtile de l’incroyable parcours de ce groupe de gosses embringués dans une aventure artistique de grande envergure. En troublant les frontières entre scène et quartier, entre temps de répétitions et de représentation, le film raconte comment un an de travail et trois spectacles en juin 2021 devant le public nantais ont donné à ces gamins une confiance en eux insoupçonnée.  

Présenté par Angers Nantes Opéra et la Compagnie Frasques lors de la saison 2021, "Les Sauvages : Contes du Quartier" est une véritable création, inscrite comme telle dans la programmation, dotée des moyens nécessaires et d’un quatuor de  talents : Guillaume Hazebrouck a composé la musique, Guillaume Lavenant a écrit le livret, Guillaume Gatteau a assuré la mise en scène et Guillaume Carreau a conçu décors et costumes.

Chacun des quatre Guillaume a nourri son travail d’échanges réguliers avec les élèves de CM2 de l’école Dervallières-Chézine et ceux de la chorale du collège Rosa Parks de Nantes, ainsi que leurs enseignants.

On ne dévoilera pas ici tous les ressorts de l’histoire qui met aux prises deux bandes d’enfants, celle des grands emmenée par Pasquale qui joue les caïds du quartier, et celle des petits autour de sa sœur Nino, qui rêve de devenir cosmonaute. Autour d’eux, des tensions familiales et policières forment la réalité d’un quotidien dont il est difficile de s’échapper, mais l’arrivée d’une femme mystérieuse que tous surnomment "La Sauvage" va tout changer : ce personnage sorti de nulle part, que personne ne se souvient avoir jamais rencontré mais qui semble connaître chacun fascine les enfants.

Qui est-elle, d’où vient-elle, pourquoi est-elle recherchée par la police ? On l’admire car elle n’a peur de rien ni de personne. Alors on la cachera, et elle disparaîtra aussi soudainement qu’elle était venue.

Un conte, c’est raconter une histoire vraie au  moyen de l’imaginaire et du merveilleux : le documentaire d’Adeline Moreau montre tout le travail des enfants pour s’approprier cette forme où l’impossible est permis. Si leur quartier est représenté de façon si réaliste sur la scène, pourquoi y faire jouer une histoire invraisemblable ? Pas si facile à comprendre mais rapidement, tous vont s’engouffrer dans la liberté qu’offre la fiction pour raconter leur vie et leurs aspirations.

Mais ce n’était pas gagné, et on est impressionné par la quantité de travail qu’il aura fallu pour mettre le groupe au niveau des ambitions artistiques : si les quatre Guillaume, l’orchestre et le cœur ainsi que tous les professionnels d’Angers-Nantes Opéra se montrent invariablement patients, ils sont tout autant exigeants. On verra sous leur direction les enfants répéter, apprendre à respirer ensemble, à chanter juste ensemble, à danser et faire mouvement ensemble.

"Les Sauvages : Contes du Quartier" ne cède à aucune facilité au prétexte qu’il met en scène des enfants : mélodies et rythme ne se livrent pas au premier coup d’oreille comme un air de comédie musicale. Et ce texte qu’on aura mémorisé, il faudra l’interpréter, en mouvement, avec maîtrise et générosité sous la du metteur en scène Guillaume Gatteau, mélange de bienveillance et de rigueur.

Ces moments de concentration et de travail intenses captés par la caméra d’Adeline Moreau alternent avec les rencontres avec les professionnels de l’Opéra au fur et à mesure de l’avancée de la création. Le dévoilement des secrets de fabrication du décor, reproduisant fidèlement la maquette élaborée avec Guillaume Carreau sur les conseils des enfants est un moment fort : l’escalier de béton qui flanque une tour des Dervallières est là, reconstitué sur la scène de Graslin. Tout comme la pelouse un peu jaunie par l’été, le petit bosquet aussi, et en arrière-plan, les autres tours.

Entre le décor et le vrai quartier, le montage du documentaire propose une continuité troublante mêlant extraits de représentation et scènes rejouées en milieu réel.

Jubilation également au moment des premiers essayages à l’atelier costumes : des maillots de foot intégralement dessinés, coupés et cousus pour leurs personnages qu’adoptent indifféremment filles et garçons. La compagnie des enfants sera bariolée comme les rêves qu’ils expriment dans le film. Des rêves qui ne les emmènent pas jusqu’à la lune comme ceux de Nino dans le spectacle, mais des rêves de réussite, d’émancipation et d’épanouissement, de quoi tout de même les mettre sur orbite.

Tous le confient, cette expérience quasi-professionnelle leur donné de la fierté, les a fait "se sentir d’attaque". C’est bien là le cœur de l’histoire vraie que raconte "Nous sommes les sauvages" : le pouvoir de la pratique artistique est immense, si l’on veut bien prendre ses rêves les plus fous… au sérieux.

"Nous sommes les sauvages", un documentaire d’Adeline Moreau (52’) une co-production France 3 Pays de la Loire – Heliox Films Diffusion jeudi 28 avril 2022 à 22h30.

Suivi de "Les Sauvages : Contes du Quartier" (86’) Une adaptation du spectacle enregistré au Théâtre Graslin à Nantes en juin 2021 par Anaïs Spiro Production Héliox films, avec la participation de France Télévisions