Green Friday contre Black Friday : des commerçants de Nantes s'engagent contre la surconsommation

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Écrit par Olivier Quentin .

Le Black Friday agace une partie des commerçants du centre-ville de Nantes. Cette injonction commerciale à faire des promos leur semble inadaptée au contexte actuel. Ils ne feront pas de remises le vendredi 25 novembre.

Selon un sondage* de Opinion Way pour Clearpay, 9 jeunes sur 10 déclarent faire des achats à l'occasion du Black Friday. "76% déclarent réaliser leurs achats du Black Friday sur internet" ajoute l'institut spécialisé dans les études marketing-communication.

Le Black Friday est né aux USA

On trouve l'origine de cette opération commerciale aux USA au milieu du siècle dernier. C'était le vendredi qui suit la fête de Thanksgiving (4ème jeudi de novembre), le coup d'envoi symbolique des achats de Noël.

Arrivée en France il y a une dizaine d'années, cette opération commerciale est devenue quasiment une injonction pour les commerçants de faire des promotions ce jour-là. En ces temps de crise, d'augmentation du prix des matières premières, certains commerçants commencent à se rebeller.

Comment faire des promotions quand on a déjà du mal à dégager une marge ?

Le Green Friday

Au sein de l'association Plein Centre qui rassemble quelques 400 commerçants du centre-ville de Nantes, une quarantaine de propriétaires de boutiques se sont inscrits dans une opération anti Black Friday qu'ils ont baptisée Green Friday.

Une façon pour eux, disent-ils, de lutter contre la surconsommation mais aussi de défendre la notion de "prix juste". Un prix juste étant un prix qui permet à toute la chaîne de production de rémunérer honnêtement ses salariés.

"Le Black Friday est là pour susciter un besoin"

C'est la démarche de Caroline Morançais. Cette jeune femme a ouvert il y a un peu plus d'un mois son magasin de vêtements éthiques pour femme, "Moïra", rue des deux ponts. Caroline y vend des vêtements fabriqués en France ou dans certains pays étrangers, en matériaux naturels labellisés et garantissant le respect des conditions de travail des salariés.

Pour elle, le Black Friday n'est pas cohérent avec sa démarche. "Les produits que je propose restent au prix juste" déclare la commerçante qui estime que le Black Friday est là uniquement "pour susciter un besoin". Elle a posé sur sa porte l'affichette "Green Friday" de l'association Plein Centre pour l'opération du "mois de la consommation responsable".

"Il y a beaucoup de moments de promos dans l'année, explique Camille Dumont, animatrice transition écologique et commerces à Plein Centre. Les gens se disent que s'ils n'achètent pas l'article en promotion, c'est qu'ils se font avoir mais les commerçants ne peuvent pas faire des promotions toute l'année. Ce modèle économique n'est pas viable."

"Le Black Friday, ça ne me touche pas"

Chez "Les Virevoltantes", vers la cathédrale, Gildas Houssais vend des objets récupérés dans des déchetteries, des débarras ou qu'on lui a donnés, pour les détourner. C'est une ressourcerie spécialisée dans le jardin. On y trouve notamment des plantes en pot préparées à partir de boutures qu'on lui a données. Pas de Black Friday ici mais un Green Friday qu'on expliquera aux clients.

"Ici, les prix sont bas toute l'année, dit-il. On est dans un monde où il faut réutiliser. Le Black Friday, ça ne me touche pas. Les gens qui viendront (le vendredi 25 novembre) dans une recherche de produits soldés, je leur expliquerai."

Ses conseils, il les donne gratuitement. "Ici, on n'est pas harcelé par des vendeurs" assure-t-il. 

Rue de Budapest, Jean-Louis Lebert ne fera pas lui non plus de promos le 25. Le "Onze" est une boutique de prêt à porter masculin qui fait des soldes au moment des soldes, point barre !

"Et ce sont de vrais soldes, précise Jean-Louis Lebert, et pas des soldes de séries que j'ai fait rentrer exprès."

"On est confronté au e-commerce"

Jean-Louis Lebert

Commerçant

Pour lui, le Black Friday n'est pas adapté aux petites structures comme la sienne, c'est plutôt pour le commerce en ligne qui brasse de gros volumes.

"Je ne veux pas rentrer dans cet engrenage, ajoute-t-il. Ce sont (les journées Black Friday) des journées de surconsommation désuètes. Je vends le mardi, le mercredi et le jeudi plein pot et le vendredi je vais faire une promotion qui va disparaître le samedi ? Qu'est-ce que je dis au client qui vient pour une veste qui la veille était en promotion ?"

Les manifestations en centre-ville de ces dernières années, la crise covid et son confinement, la crise économique actuelle, tout cela à bousculé le commerce alors cette injonction à rogner les marges pour le Black Friday suscite des rébellions chez les propriétaires de boutiques indépendantes.

"L'affiche va faire augmenter le flux de clients"

Non loin, un commerce de literie affiche sur sa devanture deux semaines de promotion à l'occasion du vendredi noir. Ici, on veut croire que le Black Friday amènera du monde. Le magasin a déjà quatre périodes de remises dans l'année, les soldes d'hiver, ceux d'été et deux périodes de déstockage.

Julien Thibaud, le responsable du magasin "Maliterie", a de l'espoir. "On est à la recherche de fonds, dit-il. C'est une opération pour intéresser les clients. L'affiche va faire augmenter le flux de clients". Mais il ne faudra pas s'attendre à des prix "sacrifiés". Seulement 10 % sur les produits haut de gamme.

Le Black Friday a vraiment ses limites.

En conclusion de son opération Green Friday, l'association Plein Centre organise le premier week-end de décembre un marché de la seconde main avec 14 commerçants qui proposeront, passage de la Chatelaine, uniquement des produits de seconde main, reconditionnés ou réparés.

*Échantillon de 525 personnes représentatif de la population française âgée de 15 à 25 ans

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