Management "toxique" et "sexiste", le malaise à Audencia Nantes

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C'est une série d'articles du magazine en ligne Médiacités qui le premier, a fait ces révélations. L'école Audencia, à Nantes, censée former les managers de demain, serait coupable d'un management "toxique" et "sexiste". Jusqu'à une cinquantaine de départs chaque année, démissions, licenciements, ruptures conventionnelles, sans oublier les très nombreux arrêts maladie. ©Reportage : Eléonore Duplay, Cyril Dudon, Jean-Luc Thollé, Nathalie Saliou

C'est une série d'articles du magazine en ligne Médiacités qui, le premier, a fait ces révélations. L'école Audencia, à Nantes, censée former les managers de demain, serait coupable d'un management "toxique" et "sexiste". Jusqu'à une cinquantaine de départs chaque année, démissions, licenciements, ruptures conventionnelles, sans oublier les très nombreux arrêts maladie.

C’est une école qui forme à la finance, au management et à la communication. 7 000 étudiants, 450 salariés, et chaque année, des dizaines de départs. Licenciements, ruptures conventionnelles, ou fin de CDD.

Depuis plusieurs semaines, des témoignages évoquent une cause commune, liée à un management qui serait devenu de plus en plus brutal.

La direction générale d'Audencia affirme cependant que ces trois dernières années "le taux de turnover a été stable et jamais supérieur à 5,5%, ce qui est un taux faible selon l’INSEE. Il n’y a donc pas de départs massifs à l’Ecole".

Des tâches moins intéressantes voire dévalorisantes

"Quand quelqu’un était mal vu ou qu’il faisait des choses qui ne plaisaient pas, la sanction était par exemple d’enlever des missions qui étaient agréables, plaisantes ou valorisantes, explique une ex salariée qui souhaite rester anonyme, c’était tout de suite : ah, on n’aura plus le droit de faire ça… Et de mettre justement des missions ou des tâches qui étaient censées être moins intéressantes ou dévalorisantes, ça c’est un type de punition qui était souvent utilisée".



Les personnes rencontrées ont toutes vécu le même scénario, celui d’une disgrâce soudaine que bien souvent, elles ne s’expliquaient pas.

"J'avais un travail qui était bien fait, une confiance de mes managers, la confiance de MON manager, et du jour au lendemain, c'était humiliation, perte de confiance, j'étais rabaissée. Il m'a mis la pression. J'ai eu une surcharge de travail.

Ces anciennes salariées ont toutes le sentiment d’avoir été poussées vers la sortie ou vers la faute professionnelle. Missions ou délais impossibles à tenir, dénigrement public, ou placardisation.

"J’étais ignorée, quand je voulais faire un débriefing sur des dossiers en cours, ma direction n’avait pas le temps, explique également cette ancienne salariée, je voyais aussi que la direction ne m’invitait jamais aux réunions qui me concernaient ou qui concernaient mes projets"

"Je travaillais peut-être 150% du temps"

Ces phénomènes ont été détaillés dans une série d’articles du magazine Médiacités. La direction d’Audencia n'a pas souhaité nous rencontrer, mais elle a contesté par mail le contenu des articles, et notamment le fait d’avoir commis une fraude pendant le confinement sur le dispositif de chômage partiel.

Pour sa défense, la direction d'Audencia précise que "la règlementation a été scrupuleusement respectée et le dispositif n’a été appliqué que pour une très brève période".

Pourtant, l'enregistrement d'une réunion prouve le contraire.

"On est parti du principe que l’activité partielle allait s’appliquer à toutes et tous selon un principe de solidarité, et donc effectivement des personnes qui travaillent à 100% allaient supporter ce dispositif-là malgré le fait qu’elles travaillent à 100%", peut-on entendre sur cet enregistrement.

"On était censées travailler à mi-temps, Moi j’étais censée monter un gros projet pendant cette période, en réaction directe à ce qui se passait, et en fait je travaillais peut-être 150% du temps. J’avais énormément de pression, ma direction me mettait beaucoup de pression".

Il y avait même des coups de fil le soir, des textos le soir, et je ne le vivais pas bien. Je n’étais pas bien, je ne dormais pas

Une ancienne salariée d'Audencia Nantes

Même après leur départ, ces anciennes salariées ont toutes souhaité garder l’anonymat, pour se couper d’un passé encore trop douloureux, mais également pour conserver un avenir professionnel, alors que les anciens élèves d'Audencia occupent souvent des postes stratégiques dans tous types d’entreprises.

47 témoignages de salariés

Thibaut Dumas est journaliste à Médiacités. Il est l'auteur de nombreux articles sur Audencia dont celui évoquant le management "toxique" de la direction nantaise (Article payant).

"On ne travaillait pas du tout sur la souffrance au travail, puisque l'idée de départ c'était simplement de savoir quelle est l'influence d'Audencia au niveau local, explique-t-il, rapidement, j'ai des bruits qui me reviennent comme quoi il y a une importante souffrance au travail au sein d'Audencia, ça a été très compliqué d'obtenir le premier témoignage".

Compliqué mais finalement le journaliste a pu recueillir près d'une cinquantaine de témoignages.

Ce que j'ai surtout ressenti, c'est la peur des salariés qui pour certains était vraiment limite en termes de santé mentale. Voilà, c'est ça la réalité aujourd'hui une souffrance absolue et qui peut tourner parfois à la paranoïa quand on se rencontre

Thibaut Dumas

Journaliste à Médiacités

Depuis, Thibaut Dumas estime que "la direction d'Audencia se referme complètement sur elle-même" et a embauché des vigiles "qui surveillent l'entrée du bâtiment principal pour éviter que des journalistes viennent poser des questions à des salariés ou des étudiants", explique Thibaut Dumas.

"Un vrai problème de violence et de brutalité dans le management"

5,5% c'est le taux de turnover évoqué par la direction d 'Audencia.

"Notre enquête démarre sur 2017, pour toutes les données que nous avons. Simplement ce taux qui est admis par l'INSEE ne comprend pas les CDD et il y a donc bien 40 à 50 départs par an sur 500 salariés chez Audencia, poursuit Thibaut Dumas, simplement la direction ne l'a jamais contesté, ça montre, avec les quasiment 50 témoignages que nous avons recueillis, qu'il y a un vrai problème de violence et de brutalité dans le management qui peut être toxique et sexiste".

Pour sa défense, la direction d'Audencia nous a affirmé dans son mail que "ces départs ne concernent pas plus, en proportion de leurs représentativités respectives au sein de l’effectif, les collaboratrices que les collaborateurs. A l’exception de 2020, le taux de départ des collaboratrices ces 5 dernières années est équivalent à la proportion des femmes au sein de l’Ecole. A titre d’exemple, le pourcentage de départs de collaboratrices en 2022 est de 61% alors que la représentation des femmes au sein de l’effectif global de l’Ecole est de 67%"

Tous les organes de gouvernance de l’Ecole sont à parité ou quasiment à l’exception du COMEX au sujet duquel il a été annoncé en Juin dernier au C.S.E qu’il y aurait des changements

La direction d'Audencia Nantes

Selon Thibaut Dumas, "il y a de cela deux semaines", a été décidé un audit interne global sur le management de toutes les directions d'Audencia"

"Des actions s’en suivront et viendront compléter toutes celles déjà menées ces derniers mois", précise la direction générale d'Audencia.

"La réalité, c'est que le directeur général est toujours en place, que la dizaine de directeurs qu"il a sous lui, qui peuvent poser problème, sont toujours là, précise Thibaut Dumas, et que les salariés qui souffrent quotidiennement au sein d'Audencia les croisent tous les jours et font face à leurs décisions".

Audencia, un cas isolé ?

Selon Thibaut Dumas, "il y a des traits d'une école de commerce qu'on trouve à Audencia qu'on peut trouver ailleurs, par contre l'ampleur de la souffrance au travail, et le fait qu'elle était aussi cachée parce que les instances internes sont défaillantes, on a un syndicalisme très peu présent,  les instances sont globalement écrasés par la direction, il y a une tutelle, la CCI, qui est très loin de tout ça, fait qu'il y a une particularité quand même d'Audencia sur ces points là".

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