Mission Juice vers Jupiter : des chercheurs du CNRS et de Nantes Université participent à cette mission spatiale européenne

La mission Juice partira ce jeudi 13 avril de Kourou (Guyane) en direction de Jupiter, la plus grosse planète de notre système solaire. La sonde propulsée dans l'espace est équipée d'une dizaine d'instruments dont cinq impliquent des chercheurs du CNRS et de l'université à Nantes. L'objectif majeur de la mission est l'étude de Ganymède, une des lunes de Jupiter, formée à 50% de glace.

Embarquée sur la fusée Ariane 5, la sonde Juice sera lancée jeudi 13 avril à 14h15 de Kourou, en Guyane. Il s'agit de la première mission spatiale menée par l'Agence spatiale européenne (ESA) en direction de l'imposante Jupiter, cinquième planète de notre système solaire. 

Après son lancement, la sonde restera dans le voisinage de la Terre pendant quelques années. Ce n’est qu’en 2029, lorsqu’elle aura pris suffisamment de vitesse qu’elle se dirigera vers Jupiter où elle devrait arriver vers juillet 2031.

Durant, trois ans, Juice étudiera la planète gazeuse, son champ magnétique, ses anneaux et trois de ses principales lunes, dites galiléennes : Europe, Callisto et surtout Ganymède. Cette dernière est la plus grosse lune de Jupiter et la plus grosse lune du système solaire.

"Fin 2034, on se mettra en orbite autour de Ganymède. Pendant six mois, la mission va acquérir des données sur cette lune, mesurer le champ magnétique, le champ de gravité, la topographie, les variations de ses formes liées aux marées de Jupiter", explique Gabriel Tobie, chercheur du CNRS au Laboratoire de planétologie et géosciences de Nantes et co-responsable du groupe de travail sur l'intérieur des lunes de Jupiter.

On va cartographier l’intégralité de la surface de Ganymède pour comprendre ce qui est caché sous sa croûte de glace. On a déjà des soupçons qu’en profondeur, il y aurait un océan d’eau liquide.

Gabriel Tobie

Chercheur du CNRS à Nantes

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Gabriel Tobie, chargé de recherche au CNRS de Nantes ©Fabienne Even / France Télévisions

"Jupiter a déterminé toute l'architecture du système solaire"

"Si Jupiter était ailleurs, la Terre ne serait pas là, assure Gabriel Tobie. On sait que l'histoire de la Terre est directement liée à l'histoire de Jupiter."

Callisto, l’une de ses lunes, est une sorte de vestige de la formation du système solaire. "Elle a très peu évolué depuis le début du système solaire, donc elle peut nous renseigner sur le moment où Jupiter s'est formée", précise le chercheur.

"C'est une mission très difficile techniquement et un gros challenge scientifique, confirme Benoit Langlais, chercheur et directeur du Laboratoire de planétologie et géosciences. "Ganymède est l'une des lunes les plus intéressantes parce qu'elle pourrait héberger toutes les conditions nécessaires à l'apparition de la vie", affirme-t-il. 

Sur ce satellite de Jupiter, la couche d'eau liquide est estimée entre 10 et 20 fois la masse de l'océan terrestre. "La Terre a réussi à développer de la vie alors qu’elle a peu d’eau liquide. Est-ce que des environnements avec de grandes quantités d’eau seraient aussi des endroits propices à l’apparition de la vie ?", s'interroge Gabriel Tobie. 

Sur Ganymède, même s’il y a de la vie on ne la détectera pas parce qu’elle est à 100 km sous la surface. Sur Europe cela reste une question ouverte. Si cette hypothèse est vérifiée, elle nous apportera des informations sur l’origine de la vie.

Gabriel Tobie

Chercheur du CNRS à Nantes

Les huit chercheurs du laboratoire nantais impliqués dans cette mission travaillent spécifiquement sur 5 des 10 instruments embarqués par la sonde, notamment un instrument de spectro-imagerie, une caméra à très haute résolution ou encore un gravimètre. 

Cartographier et préparer une future mission

Le magnétomètre va lui mesurer le champ magnétique de Jupiter et de ses lunes. "Sur Ganymède, on sait qu’il y a un champ magnétique produit à l’intérieur de son noyau. En mesurant les perturbations magnétiques, on peut avoir des informations sur la présence ou non d’un océan salé en profondeur", explique Gabriel Tobie.

Benoit Seignovert, ingénieur de recherche à l'Observatoire des Sciences de l'Univers de Nantes Atlantique, planifie les observations en coordination avec les autres équipes de recherche européennes, afin de rapatrier les données vers la Terre. 

"Ce qui nous intéresse principalement c'est d'obtenir une cartographie à haute résolution des lignes de glace, notamment pour préparer les prochaines missions qui auront vocation à se poser à la surface, d'ici 2050, 2060", détaille-t-il.

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Benoit Seignovert, ingénieur de recherche, Observatoire des Sciences de l'Univers Nantes Atlantique ©Fabienne Even / France Télévisions

L'exploitation des données récoltées lors de cette mission durera des années, anticipent d'ores et déjà les chercheurs, habitués à travailler sur un temps long. L'impatience grandira probablement à l'approche de 2029 et des premières réceptions de données. 

"J’espère qu’on va trouver des choses qu’on n’avait pas imaginé, comme cela a été le cas pour chaque mission spatiale", escompte Gabriel Tobie. Peut-être que l’on va découvrir des activités sur Callisto, ce vestige du système solaire. Peut-être que l’on va découvrir des phénomènes que l’on n’a pas anticipé. C’est la magie de l’exploration spatiale."

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