Donges, près de Saint-Nazaire : la raffinerie Total dans l'obligation de faire des travaux pour moderniser son réseau

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Écrit par Sandrine Gadet

Terres souillées, eaux de Loire et souterraines polluées par des fuites d'hydrocarbures. Pour éviter de rejouer les mêmes scénarios qu'en 2016 et 2021, les tuyaux de la raffinerie Total sont placés sous surveillance par l'état.

En moins de six mois, la direction de la plateforme de raffinage Total à Donges a été interpellée trois fois par l'état pour effectuer des travaux sur ses infrastructures. Trois arrêtés lui ont été adressés.

En octobre dernier, la préfecture demande à Total de dépolluer une zone souillée, suite à une fuite, difficilement détectable car enfouie en profondeur, constatée en janvier 2021. 

En novembre, l'entreprise est mise en demeure de sécuriser sous trois mois deux réservoirs de stockage de liquide inflammable. 

En décembre, nouvel arrêté émis à l'encontre de l'industriel. Cette fois il est signé par les préfectures de Loire-Atlantique et d'Ille-et-Vilaine. Les deux institutions demandent à l'entreprise de se mettre en conformité avant décembre 2022, "afin de limiter les conséquences d'une fuite de produit dans l'environnement".

Investir dans des outils de détection de fuites 

Sont visées les canalisations, qui transportent les hydrocarbures, "reliant la raffinerie de Donges et le dépôt pétrolier de Vern-sur-Seiche". Ainsi que ses "canalisations de transports situées à proximité de la raffinerie dites "grandes liaisons" reliant les appontements, les bacs de stockage et les unités de production".

Pour ce troisième cas, il s'agit en fait d'une mise aux normes préconisée par un arrêté du 3 juillet 2020, c'est à dire mettre en place des moyens pour améliorer, en les détectant, la prévention des risques.

"L'entreprise doit mettre en place un système d'automatisation de détection de fuite, notamment au long des 93 km de tuyaux qui relient la raffinerie à son dépôt de Vern sur-Seiche, afin, en cas de fuite, de pouvoir être prévenue et  intervenir dans les 20 minutes" indique t-on à la DREAL, la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement.

Interrogée sur les constats qui lui ont été notifiées par l'administration, la direction de la raffinerie, par la voix de son directeur Benoît Decouvelaere précise que les deux premiers arrêtés sont en quelque sorte caduques puisque des travaux sont en cours. "Concernant les deux bacs de stockage, l'un est vide et l'autre est en passe de l'être, les travaux ont juste pris du retard avec les contraintes liées au Covid".

En ce qui concerne l'amélioration de la détection de fuites éventuelles, "ces travaux étaient prévus "volontairement" dans le courant de l'année 2022. Nous sommes en train de lancer les études pour passer commande du matériel".

"Total doit arrêter de mettre la poussière sous le tapis"

Cette dernière réflexion pourrait faire sourire Marie Aline Le Cler, si la présidente de l'Association Dongeoise des Zones à Risques et du PPRT (l'Adzrp) n'était pas constamment préoccupée par la mise en danger des populations et de l'environnement.

"Total a toujours tendance dans ses communications à minimiser les choses mais ce qu'on constate, c'est qu'ils attendent toujours les mises en demeure pour effectuer leurs travaux. Ils les font sous la contrainte".

Selon la porte parole des riverains de la raffinerie, l'industriel préfère largement communiquer sur "les 450 millions investis entre l'implantation de l'unité de désulfuration, la nouvelle salle de contrôle unique, la participation au déplacement de la voie ferrée et annoncer un budget de 90 millions pour les travaux du grand arrêt actuel. D'ailleurs quand on a des réunions de "dialogue riverain", c'est bien simple on ne parle que de ce qui va bien, mais Total met la poussière sur le tapis"

Ce que Marie Aline Le Cler observe année après année contraste avec la communication positive que diffuse l'entreprise.

"On a l'impression que les choses se dégradent au fur et à mesure que les installations vieillissent. Les chiffres parlent d'eux mêmes. Entre 1982 et 2011, 25 incidents ont été répertoriés à la raffinerie. Et entre 2012 et 2021, 40 ! En 2018, et 2019 on a recensé 7 événements par an. Alors évidemment ce ne sont pas toujours des incidents de grande ampleur mais ce sont en grande partie des fuites"...dont le public n'est pas toujours avisé.

Exemple, c'est en décryptant un rapport de la DREAL que les membres de l'association ont découvert qu'une fuite d'essence avait eu lieu en novembre 2020 dans la zone des Bossènes. "ça, personne n'en a parlé, ajoute Marie Aline Le Cler,  et ce sont quand même 20 à 30 000 litres d'essence qui sont partis dans le fossé".

Mise à l'arrêt jusqu'en mars 2022, la raffinerie procède actuellement à des remplacements d'équipements indique encore la direction qui n'a pas souhaité communiquer d'éléments sur le budget que l'entreprise devra consacrer à la sécurisation de ses canalisations.