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Saint-Nazaire : les Chantiers de l'Atlantique rachetés par Fincantieri ? Sans doute, mais après enquête européenne

© C.François France 3 Pays de la Loire
© C.François France 3 Pays de la Loire

Le rachat des Chantiers de l'Atlantique par Fincantieri serait dans le viseur de l'Union Européenne. La France et l'Allemagne ont demandé une enquête pour analyser les risques de concurrence. Simple procédure dit Bercy, scandale! rétorque l'Italie. Et Saint-Nazaire, dans tout ça ?

Par Christophe François avec AFP

La Commission européenne s'est déclarée mardi  préoccupée par le projet d'acquisition des Chantiers de l'Atlantique (ex-STX)  par l'italien Fincantieri
Objet de cette inquiétude : l'acquisition des chantiers navals nazairiens qui pourrait ''nuire à la concurrence au niveau européen et mondial.''

La commission a ''accepté la requête soumise par la France et l'Allemagne qui lui
ont demandé d'examiner ce projet sur la base du règlement de l'UE sur les concentrations", selon un communiqué émis par la commission à Bruxelles.

Le dossier du rachat de l'ex-STX (chantier naval de Saint-Nazaire) par Fincantieri (groupe et chantier naval italien) a été examiné par les autorités de la Concurrence de la France et de l'Allemagne qui ont décidé de le renvoyer à Bruxelles.
Pourquoi ? Parce que la concurrence entre leurs deux pays serait menacée.


 
Le chantier allemand Meyer Werft est un des trois principaux chantiers au monde, pour les paquebots de croisière / © Meyer Werft
Le chantier allemand Meyer Werft est un des trois principaux chantiers au monde, pour les paquebots de croisière / © Meyer Werft

 

2 contre 1, c'est pas du jeu !


En Allemagne : le chantier naval Meyer Werft, un puissant constructeur de gros navires, des méthaniers, des transporteurs,  mais surtout des paquebots de croisière.

En France, les Chantiers de l'Atlantique, autre gros constructeur de paquebots de croisière, dont récemment, les plus gros du monde.

Actuellement, l'italien Fincantieri est le troisième chantier sur l'échiquier mondial des paquebots de croisière.

Les chantiers coréens et chinois ont trusté le marché des navires de commerce, les chantiers européens gardent à ce jour une longueur d'avance sur les navires de croisière, les Japonais ont pu le constater avec la construction malheureuse de paquebots tentée par Mistubishi.

Même si Meyer Werft a pu acquérir en 2014/2015 les chantiers finlandais de Turku, ex-STX Europe, et ainsi augmenter sa capacité de production, la perspective d'union des deux chantiers concurrents, italien et français, est perçue comme une menace sur la concurrence. Deux contre un, c'est pas du jeu ! disent l'Allemagne et la France, dans la bouche de leurs représentants respectifs. Une réclamation qui ne plait guère à l'Italie.

Mais la requête ne vaut pas décision. Il s'agit d'une demande d'enquête exhaustive faite à la Commission européenne par l'Allemagne et la France, ce qui va obliger l'Italie à notifier cette opération de rachat. Ainsi, Bruxelles pourra accéder aux pièces du dossier fournies par Fincantieri, au sujet du rachat des chantiers navals nazairiens et se faire son opinion sur la menace à la concurrence qui pourrait impacter l'Allemagne, ou indirectement la France.

A ce jour, sur la base de documents fournis par les deux pays et sans connaître l'issue de son enquête,  la Commission européenne considère que "l'opération pourrait nuire de manière significative à la concurrence en matière de construction navale, en particulier sur le marché mondial des bateaux de croisière".
 

Oui, mais c'est la procédure !

 
"Cette décision est purement procédurale", explique une source au ministère français de l'Economie et des Finances. "Vu la structure du marché de la construction navale, une fois que la Commission aura eu accès aux éléments du dossier, ce qui
n'est pas le cas à ce stade, nous sommes confiants qu'il n'y aura aucune préoccupation de concurrence", a-t-elle ajouté.

Côté italien, cette décision et surtout la saisie de la Commission par l'Allemagne et la France suscitaient de l'agacement voire de la colère.

 
Le site de Monfalcone est un des chantiers du groupe italien Fincantieri détenu à 70% par l'état italien / © Fincantieri
Le site de Monfalcone est un des chantiers du groupe italien Fincantieri détenu à 70% par l'état italien / © Fincantieri

 

"L'Europe n'existe pas"  


"Enième démonstration que l'Europe n'existe pas ou existe uniquement à sens unique", a fustigé le vice-Premier ministre, Matteo Salvini.

"Je ne comprends pas pourquoi, quand une entreprise italienne respectant les règles s'agrandit, va à l'étranger, fait une acquisition, croît et donne du travail en Europe, on fait une requête à Paris ou à Berlin", ajouté le patron de la Ligue
(extrême droite), un des deux partis formant la coalition au pouvoir avec le Mouvement 5 étoiles (antisystème).

"Ce n'est pas ainsi que fonctionne la libre concurrence. Quand ce sont les Français qui achètent, tout va bien: j'en ai assez. Je représente un gouvernement qui n'a plus l'intention de se plier aux intérêts économiques d'autres pays. Si l'Europe
existe, qu'il y ait égalité des règles et conditions de marché pour tous, sinon nous en tirerons les conséquences
", a-t-il dit ajouté.

"Franchement, (l'instruction) m'a surpris", a déclaré pour sa part le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte. "Dans de nombreux secteurs d'activités économiques, d'autres pays sont avantagés. Maintenant, nous verrons, c'est un processus qui commence seulement", a-t-il dit. Mais, a-t-il ajouté, "cela me semblerait étrange qu'il y ait des obstacles et des contraintes à cette excellence italienne".

Voilà pour les réactions politiques. Pour ce qui est de Fincantieri, c'est le silence. Une tradition dans le milieu industriel des chantiers navals. Sauf pour les bonnes nouvelles : dans un communiqué du 8 janvier, le groupe italien annonce la signature d'un contrat avec le groupe américain Norwegian Cruise Line Holdings Ltd pour la construction de deux paquebots de nouvelle génération pour la filiale Oceania Cruises qui seront livrés en 2022 et 2025.
 

Un peu d'histoire récente


La reprise des Chantiers de l'Atlantique par le groupe italien avait été annoncée en septembre 2017. L'accord conclu alors prévoyait que le groupe transalpin détiendrait 50% du capital, plus 1% supplémentaire prêté par l'Etat français.
Ce feuilleton avait commencé en 2016 lorsque STX France, alors seule unité rentable de STX Offshore & Shipbuilding, avait été mis en vente pour cause de redressement judiciaire.

Fincantieri, contrôlé par l'Etat italien et seul candidat à la reprise, avait alors obtenu le feu vert du gouvernement de François Hollande. Mais Emmanuel Macron, fraîchement élu président de la République, avait demandé en mai 2017 à revoir
la participation française à la hausse, visant une répartition à parts égales.

Cette proposition avait été rejetée par Rome - les Italiens insistant pour détenir 51% du capital et le contrôle du conseil d'administration, avant que les deux pays ne trouvent un compromis en septembre 2017.

A ce jour, les Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire sont détenus par la France.

 
Le chantier naval de Saint-Nazaire, ex-STX, redevenu Chantiers de l'Atlantique, est détenu à 100% par l'état français / © Les Chantiers de l'Atlantique
Le chantier naval de Saint-Nazaire, ex-STX, redevenu Chantiers de l'Atlantique, est détenu à 100% par l'état français / © Les Chantiers de l'Atlantique

 

A Saint-Nazaire, on en dit quoi?


Aux Chantiers de l'Atlantique, côté Force Ouvrière, la situation actuelle (l'état français est propriétaire à 100% des Chantiers de l'Atlantique) convient au syndicat puisque celui-ci revendique la nationalisation du chantier naval depuis 2006. A l'époque, cette hypothèse avait été d'emblée écartée au titre de la ''concurrence libre et non faussée'', règle d'or du commerce en Europe. Selon la déléguée syndicale FO Nathalie Durand-Primborgne contactée par téléphone, de façon surprenante, ce même argument devient aujourd'hui recevable. Peut-être une façon pour l'Etat français de se décharger sur l'Europe? Et remettre ainsi en cause la vente d'un bijou industriel français à un groupe industriel italien, à 70% sous contrôle d'un état dirigé par une ligue des deux extrêmes, droite et gauche.

A la CGT, le délégué Sébastien Benoit a appris la nouvelle par voie de presse. ''On est dans la continuité du dossier qui doit être finalisé  avant la fin du 1er semestre 2019. Nous étions contre la vente à Fincantieri, mais nous constatons que, même sous contrôle de l'état français depuis l'été dernier, nos revendications dans l'intérêt des salariés ne sont pas entendues. Ni pour l'emploi, rien pour les salaires. Cette enquête, c'est juste une procédure pour départager les revenus de quelques actionnaires, une partie de poker qui se déroule dans des étages où nous n'avons pas accès''.

''Avec cette enquête de l’Europe, la procédure est réenclenchée et on revient à la situation de départ après l’accord entre la France et Fincantieri, réagit, dans le Marin, Christophe Morel , représentant CFDT aux Chantiers de l’Atlantique. S’il y a feu vert des autorités européennes de la concurrence, cela peut ensuite aller très vite. Dans le cas contraire, des contre-propositions pourront être mises sur la table par les deux parties. » 

 
Un paquebot construit aux chantiers de Saint-Nazaire pour l'armateur italien MSC (2018) / © Christophe François, France 3 Pays de la Loire
Un paquebot construit aux chantiers de Saint-Nazaire pour l'armateur italien MSC (2018) / © Christophe François, France 3 Pays de la Loire



Les Chantiers de l'Atlantique en chiffres



Historiquement, l'état français possède une minorité de blocage  qui s'élevait à 33,34%. Avec le rachat provisoire de la part de l'ancien actionnaire coréen STX, (66,66%),  la France est donc propriétaire à 100%.

Mais ce capital a été cédé à Naval Group (ex DCNS) à hauteur de 11,7%, au groupement d’entreprises locales COFIPME (1.6%) et aux salariés des chantiers (2.4%). L’Agence des Participations de l'Etat, qui détient donc à ce jour 84.3% des Chantiers de l’Atlantique, doit vendre 50% des parts au groupe italien. Pour que Fincantieri soit majoritaire à 51%, la  France doit en plus lui prêter 1% . Un prêt sur 12 ans à condition que Fincantieri respecte ses engagements sur l’activité, l’emploi ou le maintien et la protection du savoir-faire nazairien. 


 
    
 

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