Faute de clients, l'unique café de La Jaille-Yvon ferme après seulement 6 mois d'activité

Publié le Mis à jour le
Écrit par Pierre-Erik Cally .

La Jaille-Yvon, village du segréen situé à l'orée de la Mayenne, va perdre son unique café le 18 décembre. Faute de clients, son propriétaire cesse son activité malgré le soutien de l'opération 1000 Cafés, investie dans la revitalisation des bourgs des villages de campagne.

Destinée à redonner vie aux bourgs en favorisant l’installation de commerces, l’opération 1000 Cafés est le salut qu’espèrent de nombreux villages et petites collectivités rurales. Mais à La Jaille-Yvon, village du Maine-et-Loire bordée par la Mayenne – la rivière et le département – l’affaire se solde par un échec : son Café Pluriel va fermer ses portes le 18 décembre, après seulement six mois d’activité.

Malgré toute la motivation du patron, René Pellerin, le commerce de la commune de 280 âmes n’attirait pas assez de clients pour survivre.

On a voulu en faire un véritable lieu de vie. C'était un bar-restaurant-épicerie, mais on a également proposé des animations, des expos, des jeux de société l’après-midi. On a même créé un escape game pour Halloween.

René Pellerin

Patron du Café Pluriel à La Jaille-Yvon (Maine-et-Loire)

Selon René Pellerin, "tout a fonctionné jusqu’en octobre, avec la présence des touristes, et puis après, terminé il n’y a plus personne". Pour André, un riverain, "c’est normal, les gens ne jouent pas assez le jeu. Au début il y avait de la curiosité, et ensuite tout le monde a été faire ses courses à Château-Gontier ou au Lion-d’Angers..."

Même schéma dans le village voisin

Le futur ex-patron du Café Pluriel n’est pas vraiment d’accord. "Je n’aime pas cette expression. Il ne s’agit pas de jouer le jeu, cela voudrait dire que l’on vient pour faire plaisir, affirme-t-il. La réalité, c’est qu’il faut un réel besoin et là, ça ne se vérifie pas. Mais attention je n’en veux pas à la population ni à la mairie. On a de très bonnes relations".

La Café Pluriel occupait une superbe bâtisse du XIXe siècle, dont la mairie est propriétaire. Au cœur du bourg, entre l’église et la mairie, cet ancien presbytère a été construit en 1873 par le vicomte Léon de Messey.

Après le 18 décembre, l’avenir du lieu reste incertain. Le tenancier déçu, lui, retournera à son premier métier : travailleur social, cette fois du côté de Bourges. La Jaille-Yvon perd un bout de son âme, alors que des pavillons sont en construction non loin du bourg.

Non loin de là, côté Mayenne, Ménil connaît le même schéma paradoxal Là aussi, le bar-restaurant-épicerie local a dû fermer il y a une douzaine d’années. De l’ancien commerce, il ne subsiste que la grille. À Ménil on trouve une guinguette au bord de la rivière, mais elle n’est ouverte que pendant la saison estivale.

Un commerce soutenu par 1000 Cafés

Pour se monter, l’éphémère Café Pluriel avait été soutenu par l’opération 1000 Cafés, première entreprise sociale en Europe. Elle lutte depuis 35 ans contre toutes les formes d’exclusion et s’investit pour revitaliser l’économie et la dynamique sociale des communes rurales.

Cette action concrète gère la création et la reprise de cafés en France, dans des communes recensant moins de 3 500 habitants, avec le partenariat du Ministère de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les collectivités territoriales. Au-delà du simple débit de boisson, ces petits commerces se révèlent multi-services.

Attention, 1000 Cafés n’offre pas d'aide financière : il ne s’agit que d’une assistance technique complétée, si besoin, par un appui pour aller à la pêche aux subventions. Une sorte d’avance sur salaire sous forme de prêts est possible pour les démarrages périlleux, à rembourser une fois les comptes équilibrés.

"On vit très bien à la campagne"

Après la fermeture des services publics puis celle des petits commerces, la spirale de la désertification rurale est difficile à freiner.

Malgré tout, les ruraux le répètent : "on vit très bien à la campagne". Il faut savoir se passer des cafés à l’ancienne où les locaux venaient boire le café le matin, l’apéro le midi, ponctués d’une belote l’après-midi.

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