Plan chasse du gouvernement. "On progresse, mais pas assez vite", les associations de protection de l'environnement déçues

Le gouvernement a officialisé son plan "Sécurité à la chasse" lundi 9 janvier. Ses 14 mesures sont fustigées par plusieurs associations de protection de l'environnement, qui regrettent qu'un jour sans chasse n'ait pas été instauré.

Les chasseurs ne sauront pas chasser sans leur dimanche. Publié ce lundi 9 janvier,  le plan "Sécurité à la chasse" élaboré par le gouvernement ne prévoit pas le jour sans chasse réclamé par 8 Français sur 10 selon un sondage IFOP réalisé pour plusieurs association de protection de l'environnement

Pas de surprise pour la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et pour France Nature Environnement (FNE) Pays de la Loire, mais une forte déception vis-à-vis des "mesurettes" énoncées par le plan.

Ce dernier se concentre sur le renforcement de la formation et des règles de sécurité pendant la chasse, ainsi qu'une meilleure information pour le "partage des espaces entre usagers de la nature"

Il n'y a pas de grande surprise, hélas.

Xavier Métay

Coordinateur à France Nature Environnement Pays de la Loire

Pas de jour sans chasse

"On progresse, mais pas assez vite au regard de la demande sociétale", affirme Xavier Métay, coordinateur à FNE Pays de la Loire. Président de la LPO, Alain Bougrain-Dubourg qualifie l'abandon du dimanche sans chasse de "mépris inacceptable à l'égard des Français qui attendent un cessez-le-feu".

Denis Dabo, directeur de la Fédération départementale des chasseurs de Loire-Atlantique, rétorque que le dimanche n'est pas un jour plus accidentogène qu'un autre, et qu'il s'agit d'un jour important de "transmission de la passion et du savoir aux jeunes adultes"

Il lui paraît aussi compliqué d'interdire aux chasseurs de pratiquer le dimanche sur leurs terrains privés. "Mais la fédération de Loire-Atlantique est favorable à l'interdiction de la chasse le dimanche dans les forêts publiques", précise-t-il. Sans pour autant mentionner de chiffres sur la proportion d'accidents sur des domaines privés et publics. 

Pour Xavier Métay, il faudra encore attendre cinq ans pour voir émerger des mesures plus fortes. "Le gouvernement ne veut pas un changement trop brutal. Ce sera sûrement différent dans cinq ans, mais entre temps, ça implique d'autres victimes, et des familles qui ne sortent plus de peur de recevoir une balle", affirme-t-il.

L'application, une fausse "solution miracle" 

Parmi les mesures décriées, le plan "Sécurité à la chasse" annonce la création prochaine d'une application numérique destinée à indiquer les "lieux et les temps de chasse".

Son but est que les gens qui souhaitent se rendre en pleine nature puissent identifier les "zones et horaires non chassés" pour aller se balader en toute tranquillité d'esprit. 

Alain Bougrain-Dubourg critique une "solution miracle mensongère", notamment car "une multitude de chasses (gibier d'eau par exemple) ne sont pas concernées"

Le coup de l'application est une pure blague.

Xavier Métay

Coordinateur à France Nature Environnement Pays de la Loire

"L'application n'est pas obligatoire, donc toutes les associations de chasse ne vont pas forcément jouer le jeu, sans compter qu'on parle d'endroits où on ne capte pas toujours", renchérit Xavier Métay chez FNE Pays de la Loire.

Denis Dabo est lui aussi sceptique, mais pas pour les mêmes raisons. "Ça me semble illusoire de demander à des propriétaires privés de signaler ce qu'ils font sur leurs propres terrains. C'est toujours bien d'améliorer la communication, mais il faudrait plutôt le faire dans les domaines publics", avance-t-il.

Pour Xavier Métay, le problème n'est pas là. "On contraint une majorité de gens qui veulent profiter de la nature à prendre leur portable et à vérifier, pour qu'une minorité de gens pratiquent leur activité de loisir, s'indigne-t-il, Et il y a des gens qui sont tués et blessés non pas en forêt, mais dans leur voiture ou chez eux. L'application ne servira pas à améliorer la sécurité de ces gens-là".

Évolution des techniques de chasse

"Ces gens-là" , précise-t-il, sont menacés par un élément que le plan "Sécurité à la chasse" omet de mentionner : l'évolution des techniques de chasse et de la puissance de tir.

"La portée des fusils a augmenté depuis 30 ans, explique Xavier Métay, avant, le chasseur pouvait tirer à 500 mètres, mais maintenant, les balles peuvent partir à 1 kilomètre. Il faudrait réglementer les techniques de chasse en prenant en compte la puissance de ces armes".

Selon Denis Dabo, c'est par la formation que passe la gestion du risque associé aux munitions et au tir. La moitié des chasseurs devront être formés aux règles élémentaires de sécurité et aux manipulations pratiques d'ici 2025.

Ce sont des choses que les chasseurs ont déjà mis en place, et qu'on nous demande de renforcer et d'accélérer.

Denis Dabo

Directeur de la Fédération des chasseurs de Loire-Atlantique

Le directeur de la Fédération des chasseurs de Loire-Atlantique pose toutefois la question qui fâche : "La formation représente un budget de 38 millions d'euros et ma question, c'est où va-t-on trouver cet argent ?"

Chasser sobre, "la moindre des choses"

Malgré l'amertume, FNE Pays de la Loire reconnaît certaines avancées, comme l'interdiction de la pratique de la chasse sous l'emprise de l'alcool et de stupéfiants. 

Le gouvernement prévoit de créer une contravention "début 2023" pour "sanctionner l'acte de chasse sous l'emprise excessive de l'alcool".

Une grande partie des chasseurs sont dans les clous, mais ça permet d'avoir un outil juridique en cas d'accident. 

Xavier Métay

Coordinateur à France Nature Environnement Pays de la Loire

Selon Xavier Métay, "c'est la moindre des choses, et ça va renforcer la responsabilité des fédérations et des associations de chasse". Un moyen de remédier à la "légèreté du traitement judiciaire des accidents de chasse", explique-t-il.

Mais encore faut-il que les contrôles soient faits. La LPO en doute et pointe que le plan ne fait pas mention "des moyens supplémentaires qui seront nécessaires pour que l'Office français de la biodiversité assure ces nouvelles missions de contrôle"

Opportunité de réforme manquée

Si la chasse est revenue sur le devant de la scène en raison des accidents causés aux humains, la LPO n'en oublie pas pour autant les dégâts qu'elle peut faire dans le monde animal. 

Son président Alain Bougrain-Dubourg déplore que cet aspect n'ait pas été pris en compte par le plan "Sécurité à la chasse" : "Le gouvernement ne s'intéresse toujours pas aux chasses des espèces en mauvais état de conservation, ni aux pratiques d'un autre âge comme le déterrage des blaireaux".

Pour la LPO comme pour FNE Pays de la Loire, le gouvernement a posé un lapin à l'opportunité de réforme qui se profilait.