Saint-Calais, en Sarthe : 2 ans et demi ferme de prison pour un mari qui avait séquestré et privé de nourriture sa femme

Un homme originaire de Saint-Calais, en Sarthe, a été condamné lundi à 5 ans de prison dont deux ans et demi ferme pour avoir enfermé et affamé sa femme pendant plusieurs mois.

Le palais de justice du Mans
Le palais de justice du Mans © CC Franck BARRE Flickr
C’est une personne chétive, titubante qui s’approche de la barre.  
"Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter ?"  lui demande la présidente.
"Oui, la durée, la durée de la famine. Même pas de pain, rien" répond Fatima Yazidi.

Le silence de la présidente est aussi pesant que les mois de calvaire subis par la victime.

L’enfer commence peut-être dès 2003, lorsqu’elle épouse Mohammed Ouhlmain. De leur union naissent quatre enfants. Des années de bonheur avant de sombrer dans l’horreur.

Dès 2014, Fatima tente de divorcer alors qu’elle subit de multiples agressions sexuelles et des violences physiques. Elle porte plainte, mais l’emprise de son mari est trop prégnante.

Il la force à rédiger des lettres recommandées aux gendarmes stipulant qu’elle renonce à toute poursuite. La procédure est classée sans suite le 5 décembre 2014.
 

Enfermée dans sa propre maison

Deux ans plus tard, le voisin des Ouhlmain découvre un mot dans ses rosiers, un appel à l’aide de Fatima. Les gendarmes interviennent et découvrent une mère enfermée avec ses quatre enfants. Elle confesse aux enquêteurs des coups de poing au visage, les cheveux tirés, mais aucune violence contre les enfants.

"Il voulait la faire disparaître", racontera une des filles de Fatima Yazidi.

Mais, depuis juillet, Mohammed Oulhmain n’est pas le seul bourreau. Il loue la maison mitoyenne à Réquia Bakrim.

Une "locataire"comme le répète le prévenu, qui va avoir un rôle de plus en plus important dans la famille.
 

Une mystérieuse locataire

Deux mois après son installation, Réquia Bakrim emmène seule les enfants à l’école. Les voisins ne voient plus aucune trace de Fatima Yazidi. Pour cause, elle est enfermée dans la maison sans clés pour sortir, sans poignée pour ouvrir les fenêtres.

Fatima Yazidi dort dans le grenier, elle est privée de nourriture.

 C’est un fantôme que j’ai reçu dans mon bureau

Maître Isabelle Ambrois, avocate de la victime

Un cadenas bloque l’accès à la cuisine. Un dispositif pour empêcher les enfants d’y accéder, se hasarde Mohammed Ouhlmain. Finalement sa seule défense se résume à une seule phrase répétée inlassablement au cours de l’audience : "Je travaille tous les jours de 4h à 20h ". Une tentative pour dire qu’il ne savait pas, qu’il n’a rien vu, qu’il n’a rien fait.

"Vous êtes pris pour des idiots", scande le procureur en s’adressant aux magistrats.

Mais quel rôle a joué Réquia Bakrim dans cette affaire ?
Elle avait visiblement remplacé Fatima Yazidi. Elle pose sur les photos de famille avec les enfants, au restaurant en tête à tête avec monsieur. La mère des enfants n’apparaît sur aucun cliché.

"Elle me surveillait, rapportait tout à mon mari. Ils couchaient dans le lit conjugal", explique la victime.

Quand la cour interroge Réquia Bakrim sur son nouveau rôle dans la famille, elle botte en touche : "Je suis locataire".
"Il fait bon d’être locataire chez vous M. Oulhmain", ironise amèrement le procureur.

Une étrange locataire condamnée par le tribunal à 18 mois de prison dont 6 mois ferme. Mohammed Ouhlmain a été condamné lundi à 5 ans de prison dont deux ans et demi ferme.
Les deux prévenus sont privés de leurs droits civiques, civils et familiaux pour cinq ans.

 
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