Dauphins échoués sur les plages. L'arrêt de la pêche pendant plusieurs semaines, une solution efficace ?

Face à la recrudescence de cadavres de dauphins échoués sur la côte atlantique, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) appelle à arrêter la pêche pendant plusieurs semaines dans le golfe de Gascogne. Une mesure remise en cause par la filière.

C'est un triste spectacle, pourtant devenu habituel ces dernières années entre les mois de janvier et mars. Le début d'année 2023 n'y échappe pas : des cadavres de dauphins sont retrouvés échoués sur les plages de la côte atlantique, notamment en Vendée. 

En décembre 2021, 138 dauphins échoués ont été dénombrés, contre 350 sur le mois de décembre 2022.

Cette "odieuse hécatombe" est insupportable aux yeux d'Alain Bourgrain-Dubourg, président de la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux.

Il invite à signer un courrier-pétition adressé à l'Élysée, qui mentionne une mesure recommandée par les scientifiques du Conseil international pour l'exploration de la mer* (CIEM) : arrêter la pêche en mer pendant plusieurs semaines. 

"On assiste à une hécatombe comme rarement on a pu en voir".

Alain Bougrain-Dubourg

Président de la Ligue pour la protection des oiseaux

La capture accidentelle de dauphins dans les filets de pêche est responsable d'une partie de la mortalité des mammifères, en particulier au début de l'année, période où pêcheurs et dauphins traquent les mêmes poissons.

Longs de plusieurs kilomètres, les filets emprisonnent dans leur sillage les dauphins, qui ne peuvent plus remonter à la surface pour respirer et finissent par mourir noyés.  

Réduction insuffisante de la capture accidentelle

Parmi les méthodes utilisées pour éviter le problème, les chalutiers installent des émetteurs d'ultrasons (pingers) pour repousser les dauphins. La filière pêche travaille aussi à l'élaboration de filets réfléchissants pour qu'ils soient plus visibles aux yeux des mammifères marins.

Insuffisant, selon les données enregistrées entre 2019  et 2021 et analysées par le CIEM. Ses scientifiques recommandent d'arrêter les activités de pêche dans le golfe de Gascogne sur une période allant de deux semaines à quatre mois, tout en maintenant les émetteurs d'ultrasons. 

Moins de bateaux en mer, moins de données récoltées selon les professionnels

Une façon de couper le problème à la racine, mais "la réalité est plus nuancée", selon le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), qui oppose deux arguments.

Le premier : "la mesure n'est pas adaptée, c'est un pansement qui ne règlera pas le problème. On n'améliore pas les connaissances et on n'avance pas vers une solution technique". 

L'organisme professionnel affirme que les pêcheurs sont conscients du problème et engagés pour trouver des solutions, notamment en participant à des programmes de recherche via l'installation d'observatoires et de caméras embarquées sur leurs navires. 

"La filière pêche sait qu'il faut trouver une solution, et elle le sait depuis longtemps. Aucun pêcheur n'est content d'avoir un dauphin dans ses filets."

Comité national des pêches maritimes et des élevages marins

Selon le CNPMEM, si les bateaux restent à quai, c'est autant de données récoltées en moins pour avancer vers une connaissance scientifique du phénomène.

Le raisonnement n'est pas tout à fait partagé par les scientifiques du Conseil international pour l'exploration de la mer, qui estiment que la qualité des données enregistrées n'est pas toujours au rendez-vous.

Un impact potentiel sur toute la filière

Le second argument du CNPMEM se fonde sur les conséquences potentiellement délétères d'un arrêt temporaire de la pêche sur l'ensemble de la filière. Le président de la LPO s'est pourtant prononcé en faveur d'un soutien aux pêcheurs.

"Il est légitime, si on suspend l'activité des pêcheurs, qu'ils soient indemnisés en conséquence. Ça coûtera peut-être moins cher que les mesurettes mises en place actuellement", affirme Alain Bougrain-Dubourg.

Indemnisés, d'accord, "mais avec quel argent ?", s'interroge le CNPMEM. Et même si les pêcheurs sont dédommagés pour rester à quai : "Qu'est-ce qu'on fait du reste de la filière et du tissu économique lié à la pêche, comme les poissonniers, ou les restaurateurs ? S'il faut aussi les indemniser, on ne parle pas des mêmes montants".

Le Comité se pose aussi la question de l'approvisionnement et craint qu'il ne faille se tourner vers l'importation, et donc "un poisson avec un impact carbone important"

Les associations de défense de l'environnement reçues par le ministre de la Transition écologique

Le Conseil international pour l'exploration de la mer précise dans son avis qu'il n'a pas évalué les conséquences de la mesure "en termes d'impacts socio-économiques". 

Sur ce point, à la croisée de ces enjeux environnementaux, sociaux et économiques, c'est aux pouvoirs publics de prendre le relai.

Le ministre de la Transition écologique Christohpe Béchu reçoit d'ailleurs ce vendredi 27 janvier la LPO, l'ONG Sea Shepherd et France Nature Environnement pour entendre leurs revendications.

*Le Conseil international pour l'exploration de la mer est un organisme inter-gouvernemental créé en 1902 qui coordonne la recherche sur les ressources et l’environnement marins dans l’Atlantique nord-est.