Le curé doyen des Sables d’Olonne démis : nouveau malaise en Vendée

Monseigneur Castet et le Père Lautram ensemble à l'occasion de l'inauguration des "Belles Anglaises", le 23 septembre 2017 / © DR
Monseigneur Castet et le Père Lautram ensemble à l'occasion de l'inauguration des "Belles Anglaises", le 23 septembre 2017 / © DR

La démission, par le diocèse de Luçon, de l’abbé Lautram, curé doyen de la paroisse Sainte-Marie-des-Olonnes, fait rejaillir une vieille querelle au sein de l’église, celle opposant les conservateurs, partisans d’un retour à la liturgie et des progressistes favorables au Pape.

Par Thierry Bercault

Le 23 septembre, le père Lautram et Monseigneur Castet venaient de concert soutenir les dix ans de la manifestation "A nous les belles anglaises" aux Sables d’Olonne. En témoigne cette photo prise par un spectateur. Rien ne laissait donc présager cette décision, prise par le diocèse de Luçon de relever, le père Lautram de sa fonction, deux semaines plus tard. 

Officiellement, ce qui est reproché au père Lautram semble dérisoire : une mauvaise administration de sa paroisse, des dossiers mal suivis, une direction de ses équipes contestable. En réalité, le malaise est plus profond et il émeut de nombreux paroissiens de Sainte Marie d’Olonne qui viennent de lancer une pétition pour demander à l’évêque de reconsidérer sa position. Pour eux, l’abbé Lautram est un "homme ouvert,  le représentant d’une église bien avec son temps".

Dans un communiqué de presse, le diocèse de Luçon reconnaît volontiers "les grandes qualités  missionnaires" de l’intéressé notamment  "la venue de Notre-Dame de Rocamadour, les liens avec le monde profane sur la ville de Sables et l’approche des médias". Mais il annonce son remplacement par trois curés dont l'un semble déjà contesté, en l’occurrence Jean Yves Poulailleau, l’ancien curé de Mouilleron, qui avait provoqué un boycott de ses ouailles en avril 2016. Les paroissiens lui reprochaient d’être revenu 50 ans en arrière.

Monseigneur Castet, une personnalité clivante


De son côté, le démissionné, très affecté semble-t-il par cette mise à l’écart, préfère se réfugier dans son silence en attendant des jours meilleurs. Reste que la personnalité de Monseigneur Alain Castet est contestée depuis son arrivée à Luçon en 2008.  Manque de communication de cet ecclésiastique qui a exercé comme prêtre pendant 33 ans à Paris avant de débarquer dans un diocèse rural, diront les uns. Autoritarisme mal compris d’un hiérarque qui vient avec son équipe et entend bousculer les habitudes, diront les autres. Toujours est-il que les paroissiens se divisent et que beaucoup ne se retrouvent plus dans les prises de position de Monseigneur Castet, très proche des idées de Philippe de Villiers.

Le 12 mai 2012, l’évêque de Luçon se rend à Wigratzbad en Allemagne, à l’invitation de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre,  pour ordonner six diacres. Cette initiative déclenche la colère de nombreux fidèles vendéens, ce mouvement étant considéré comme ultra-traditionnaliste. L’évêché tente de minimiser la portée de cet acte. "Un non évènement" dit-on dans l’entourage du prélat qui préfère garder le silence pour apaiser les tensions.

Le 20 novembre 2014, une centaine de fidèles catholiques organisent une conférence de presse dans une église de La Roche-sur-Yon pour pour dénoncer les dérives liturgiques de l’évêque de Luçon : permission de célébrer la messe selon le rite tridentin, absence de femmes à l’autel, communion sur la langue et à genoux. Les partisans de Monseigneur Castet pointent du doigt ce groupe qu’ils qualifient de "gauchistes" et qui se revendique "sans culotte 85".

La résistance des martyrs vendéens


Dernier coup d’éclat en date : la venue cet été à Luçon du préfet de la Congrégation du culte divin et de la discipline des sacrements, le cardinal Robert Sarah.  Celui qui dénonce la crise morale de l’Occident et le massacre des chrétiens d’Orient n’y est pas allé par quatre chemins lors de son homélie du dimanche 13 août célébrant les 700 ans de l’évêché :
 
"Aujourd’hui encore, plus que jamais peut-être, les idéologues de la révolution veulent anéantir le lieu naturel du don de soi, de la générosité joyeuse et de l’amour. Je veux parler de la famille ! L’idéologie du genre, le mépris de la fécondité et de la fidélité sont les nombreux slogans de cette révolution. Les familles sont devenues comme autant de Vendée à exterminer. On planifie méthodiquement leur disparition, comme autrefois celle de la Vendée. Ces nouveaux révolutionnaires s’inquiètent devant la générosité des familles nombreuses. Ils raillent les familles chrétiennes, car elles s’incarnent tout ce qu’ils haïssent. Ils sont prêts à lancer sur l’Afrique de nouvelles colonnes infernales pour faire pression sur les familles et imposer stérilisation, avortement et contraception. L’Afrique, comme la Vendée, résistera! Partout, les familles chrétiennes doivent être les joyeux fers-de-lance d’une révolte contre cette nouvelle dictature de l’égoïsme!"

Pour l'heure, la messe semble dite. Le camp des conservateurs l'a provisoirement emporté. Mais les progressistes n'ont pas livré leurs dernières paroles.

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