Reprise de SITL : Pourquoi "Cenntro motors" tient la corde ?

Le sort de la SITL (Ex "Fagor") sera scellé officiellement le 18 juin par le tribunal de commerce. Mais elle sera sans doute reprise par le groupe américain Cenntro Motors, constructeur de véhicules électriques. L'activité devrait reprendre avec 150 salariés fin 2014.Les syndicats sont prudents.  

Pour les 395 salariés de SITL, ex-usine lyonnaise du groupe FagorBrandt, la perspective d'une reprise par le constructeur américain de véhicules électriques Cenntro Motors s'est confirmée vendredi, même s'ils devront patienter jusqu'au 18
juin.Le tribunal de commerce de Lyon, qui examinait les trois offres de repriseencore sur la table, a mis sa décision en délibéré à cette date, le temps que le Grand Lyon devienne propriétaire du terrain, mais celle-ci ne semble faire guère de doutes,de l'avis de tous les participants. Toutes les parties à la procédure ont d'ailleurs voté pour Cenntro, sauf deux abstentions, dont celle des salariés.

L'Etat, par la voix du commissaire régional au Redressement productif,Simon-Pierre Eury, a affirmé que l'offre de Cenntro était la "seule" qui "permet d'assurer des perspectives industrielles crédibles à ce site et de sauvegarder la totalité des emplois".

A la sortie de l'audience, les dirigeants de Cenntro, venus en force au tribunal, leur PDG Peter Wang en tête, ne cachaient pas leur satisfaction. "Nous sommes très satisfaits du résultat d'aujourd'hui, même s'il n'est pas ferme et
définitif", a déclaré à la presse Marianne Mc Innerney, vice-présidente en charge de la communication."Nous avons maintenant deux ans pour réussir", assurait de son côté  Didier Verriest, vice-président en charge des opérations Europe, qui devrait prendre la tête de la nouvelle entité de Cenntro à Lyon.

En reprenant SITL et son activité de fabrication de véhicules utilitaires électriques, le groupe américain, basé dans le Nevada et implanté en Chine, qui emploie 5.000 personnes dont près de 3.000 sous-traitants, entend "devenir le leader
mondial du secteur", selon M. Verriest.

Le projet déposé par Cenntro prévoit pour cela d'investir 15 millions d'euros d'ici la fin 2014, dont la moitié tout de suite.La même somme serait consacrée, sur la même période, à développer la fabrication et la commercialisation de batteries au lithium.


650 emplois envisagés en 2016

Selon un business plan présenté aux représentants des salariés, l'objectif à plus long terme serait très ambitieux, avec la perspective de créer 650 emplois à l'horizon 2016, a dit à l'AFP Jean-Yves Michallet, un délégué CFE-CGC.Pour l'instant, si Cenntro s'engage à reprendre la totalité des 395 salariés, seuls 40 postes seront immédiatement productifs. Pour les autres, des formations, du chômage technique sont prévus.

Selon l'avocat lyonnais de Cenntro Charles Croze, "150 salariés devraient avoir repris le travail d'ici la fin de l'année, et tout le personnel d'ici 18 mois". En outre Cenntro s'est engagé à conserver 300 salariés au moins pendant cinq ans.
Du côté des salariés, dont plusieurs dizaines s'étaient rassemblés devant le tribunal, le soulagement était tempéré par les incertitudes entourant encore cette reprise."Durant sept mois, il ont vécu dans la peur du lendemain, le chômage technique... 200 sont au SMIC et 300 ont perdu en moyenne 10 à 15% de leur revenus", a expliqué M. Michallet.

Sur cette "dette sociale" de six millions d'euros au total, prise en charge en partie par Cenntro mais surtout par la collectivité publique, 900.000 ne seraient toujours pas financés, selon les syndicats. Ils attendent du repreneur qu'ils fassent aujourd'hui un geste pour "gagner la confiance" des salariés. "Pas question de perdre un euro de plus", a lancé Philippe Goguillot (Sud), secrétaire du CE.

La Société d'Innovation et de Technologie (SITL) a été créée en avril 2011 par l'industriel Pierre Millet qui avait racheté l'usine à FagorBrandt. Tout en restant sous-traitant pour le montage de lave-linge (95% de son chiffre d'affaires), la
société s'était tournée vers la production de véhicules utilitaires 100% électriques. La faillite de la maison mère espagnole FagorBrandt avait précipité la mise en redressement judiciaire de SITL en janvier.
Le reportage de J.Perrier et P.Lachaux (montage : F.Bernès) - Intervenants : Didier Verriest (Probable futur directeur de site) / Philippe Goguillot (Secrétaire du CE) -06/06/14