Il y a deux semaines, un détenu en semi-liberté a été violenté par un groupe devant la prison. Quelques jours plus tôt, on découvrait bombes lacrymogènes et couteaux dans les espaces verts de l'établissement. Et puis dimanche 16 novembre, deux surveillants ont été agressés par un détenu.
Une prison au quotidien tourmenté, c'est le moins qu'on puisse dire concernant Saint-Quentin-Fallavier. Régulièrement, l'établissement est le théâtre de drames ou tout du moins de tensions de plus en plus importantes entre détenus et personnel pénitentiaire.
Les dernières en date ne sont pas piquées des vers. Pour le fait le plus récent, il s'agit d'une échauffourée entre un détenu du centre de détention et plusieurs surveillants. Plutôt classique a priori. Enfin, pas tout à fait.
Dimanche 16 novembre vers 11h30, l'homme a insisté pour aller prendre une douche, alors que c'était le moment du déjeuner en cellule. Face au refus du surveillant, il a fait mine de faire demi-tour, puis l'a agrippé violemment au cou et au bras. Un autre gardien a été lui frappé au visage et à l'oreille.
Au moment de conduire le forcené dans le quartier disciplinaire, "le trou", l'homme a dit vouloir se suicider. Il a alors été ramené en cellule, ce qui peut paraître étonnant. Pire, il aurait ensuite nargué le personnel pénitentiaire... comme s'il leur avait joué un bon tour.
Une situation qui agace le syndicat UFAP-UNSa. Il dénonce une perte d'autorité croissante du personnel sur la population carcérale, une "peur de l'incident"...
Des suicides, il y en a eu deux en 2014 à Saint-Quentin-Fallavier. Mais d'après le syndicat, il y aurait surtout énormément de tentatives de suicide. Il n'est pas rare que le personnel sauve des vies. Il y aurait aussi fréquemment des simulations.
Quant aux deux surveillants, ils ont porté plainte pour violence.
Un parking de tous les dangers
Il y a trois semaines, un détenu en semi-liberté a été violemment agressé à coups de battes de baseball sur le parking même de la prison. Alors qu'il rentrait de sa journée de travail à l'extérieur, quatre individus cagoulés sont sortis d'une voiture qui stationnait depuis un moment et se sont jetés sur lui.Cela parait fou, mais personne n'a pu voir arriver le coup, ni même n'a pu identifier les agresseurs. Devant la prison, deux caméras seulement, mal orientées d'après les syndicats. Pas de parking privatif pour les visiteurs, les familles comme les avocats. Les voitures vont et viennent sans réelle surveillance.
Des suicides, il y en a eu deux en 2014 à Saint-Quentin-Fallavier.
Bombes lacrymo et couteaux cachés sur fond de guerre des gangs
Peu de temps après, le 14 novembre, le personnel a fait une découverte pour le moins inquiétante, des bombes lacrymogènes et des grands couteaux cachés dans les espaces verts, aux abords de la prison. L'établissement est équipé de systèmes de détection thermique et la zone est totalement interdite aux détenus. Les armes ont pu être envoyées là de l'extérieur ou placés grâce à un système de "yoyo" (un élastique et une fourchette au bout) qu'utilisent souvent les prisonniers.
Les couteaux, il y en a souvent à la prison. Surtout en céramique, indétectables pour le portique métallique, et très tranchants. "C'est une des conséquences du fait qu'on ne peut plus fouiller à corps les détenus", explique Alain Chevallier du syndicat UNSA-UNFAP.
Ces armes sont aussi le reflet du phénomène accru de gangs dans la prison depuis un an. Ambiance à l'Américaine sur fond de trafic. Tout est bon pour se remplir les poches, pour preuve la destruction des cabines téléphoniques de la prison pour "doper" la vente de portables sous le manteau.
Le syndicat UFAP-UNSa dénonce une pression de la direction qui accuse son personnel de ne "pas faire le boulot". A la prison de Saint-Quentin-Fallavier, un gardien a la responsabilité d'un étage de 70 à 80 détenus. Alors qu'il devrait n'en surveiller qu'une cinquantaine.