Lancée pendant le confinement à Trévoux, la plateforme d'entraide Bip-Pop permet aux personnes âgées de vivre à domicile plus longtemps

A Trévoux, dans l'Ain, la plateforme d'entraide Bip-Pop a été mise en place pendant le confinement en 2020. Elle met en lien des personnes âgées isolées et des bénévoles prêts à les aider, permettant ainsi le maintien à domicile des seniors.

Bip, comme je donne l'alerte, Pop comme population. La plateforme Bip-Pop a été développée pour mettre en relation des personnes ayant besoin de services et des bénévoles prêts à les aider. De la solidarité 2.0 qui a connu un véritable engouement au moment du confinement.  

Aujourd'hui, environ 1000 villes en France profitent cet outil numérique d'entraide. Elle est notamment en place à Trévoux, dans le département de l'Ain, depuis le premier confinement. Dans cette commune de 7000 habitants, elle permet d'aider au maintien à domicile des plus âgés. C'est un service gratuit d'entraide aux habitants. 

"Autrement, je serais dans une maison" (Marinette, 98 ans)

Comment rester chez soi lorsque l'on vieillit et que l'on perd en autonomie? Bip-Pop offre peut-être un début de réponse. Marinette, bientôt 99 ans, a de plus en plus de mal à se déplacer. Faire ses courses s'est révélé compliqué, notamment au moment de la crise sanitaire. Elle est alors devenue l'une des utilisatrices de ce service d'entraide. Comment ça marche : Marinette compose un numéro de téléphone, explique sa demande. La "mission" est ensuite rentrée dans un logiciel qui sollicite les habitants. Libre à eux de répondre. 

Une véritable chaîne de solidarité et surtout un coup de main appréciable pour la nonagénaire : "toutes les semaines j'ai quelqu'un qui m'apporte mes commissions. On vient me chercher ma liste". A ce jour, le système fonctionne avec 80 bénévoles et autant de personnes bénéficient de ce service gratuit.

"Il y a deux ans, je marchais, je prenais le bus...". Avec le confinement, la retraitée a adopté Bip-Pop pour la gestion de ses courses du quotidien. Aujourd'hui, c'est même devenu une routine : "elle me téléphone ou elle vient. On parle 5 minutes, elle prend la note. Elle apporte les commissions tout de suite ou le lendemain", explique la nonagénaire en parlant de la bénévole qui l'aide chaque semaine. 

C'est un coup de main régulier. Sans cela, la retraitée en a bien conscience, elle serait obligée de quitter son domicile et de trouver une place en maison de retraite. Les bénévoles viennent aujourd'hui chez elle chaque semaine pour les courses, pour la conduire chez le coiffeur ou chez le médecin. "Comme ça je suis plus libre. Quand mes filles viennent le dimanche tout est fermé", constate Marinette. "Ça participe que les gens puissent rester chez eux. C'est bien", conclut la Trévoltienne. 

Des liens entre bénéficiaires et bénévoles

Pour le maire LR de Trévoux, Marc Péchoux, ce dispositif basé sur l'entraide et la solidarité est très positif : "Quand on nous a proposé cet outil, ça nous a paru être une bonne manière de renouer le contact entre générations."

Les gens arrivent à se regrouper par affinités. On est très satisfaits du dispositif. La plateforme permet de cibler les besoins.

Marc Péchoux, maire LR de Trévoux

Et le maire de Trévoux précise : "on avait besoin de cette structure qui permet de mettre les bénévoles et les bénéficiaires en contact et ça a bien fonctionné. On a eu une grosse activité durant le Covid. Et certains bénévoles sont même bénéficiaires. Il y a des liens qui se sont créés." Et l'élu ajoute que le dispositif n'est pas réservé aux personnes âgées. "Certains n'ont pas de moyens de locomotion et utilisent aussi Bip-Pop", explique-t-il. 

Côté sécurité, les bénévoles signent une charte. Le dispositif est encadré par la Ville grâce à la Maison des Cèdres, un centre d'animation et des services pour adultes. Une manière de "protéger" les bénéficiaires d'éventuelles malveillances. 

Pour Sandrine Meyer, responsable de la plateforme à Trévoux, cette aide permet surtout à la personne âgée de "se sentir mieux". La formule est une aide concrète au maintien à domicile : la personne âgée peut faire ses courses, aller chez le médecin ou sortir, "sans être un poids pour la société et pour elle-même".

"Oser demander" ou comment est née l'idée de Bip-Pop...

Cet outil d'interaction on le doit à Anne Guénand, enseignante-chercheure. Une idée qui est née d'une expérience personnelle malheureuse. "J'ai été accidentée en 2015. J'ai passé plusieurs mois alitée et bien que mes voisins me proposaient leur aide, je n'osais pas leur demander. Le fait d'oser demander touche à l'intime, à cette estime de soi difficile de maintenir... je me suis demandée comment aider à oser demander", explique-t-elle. 

Elle en a conclu qu'il était plus "facile" de demander "à la cantonade" plutôt qu'à une personne en particulier. "La première démarche a été de mettre en place un système qui implique la collectivité". Une dynamique numérique qui s'appuie sur l'humain. 

Mais quid des bénéficiaires peu à l'aise avec l'outil numérique, ou plus âgés ? Il faut dans un premier temps une information "sur papier", puis "un numéro de téléphone en local pour appeler une vraie personne, capable de transmettre la demande à l'ensemble de bénévoles", explique Anne Guénand. "Les personnes bénévoles vont être sollicitées seulement sur les missions qu'elles ont choisies". Le système profite à tous. C'est une aide ponctuelle ou régulière pour les bénéficiaires. Une solution "flexible" pour faire du bénévolat.