CHASSE. L'association One Voice tire à boulet rouge sur un ball-trap organisé dans l'Ain

Le week-end du 1ᵉʳ et 2 juillet, un ball-trap était organisé sur la commune de Douvres, dans l'Ain. Un événement pour les chasseurs locaux, un scandale pour les écologistes de l'association One Voice qui dénonce une pollution des sols et des cours d'eau. En cause : la grenaille de plomb utilisée par les pratiquants.

Le plomb utilisé par les chasseurs est dans le collimateur de One Voice. L'association de défense de l'environnement pousse un coup de gueule quelques jours après la tenue d'un ball-trap à Douvres, dans le département de l'Ain. L'activité consiste à tirer sur un plateau d'argile avec de la grenaille de plomb.

Ball-trap à Douvres : le couac ?

Le combat de l'association de défense de la nature contre la chasse, bien connu, porte aussi sur l'usage de la grenaille de plomb. Il s'agit de minuscules billes rondes contenues par centaines dans les cartouches. La grenaille est utilisée par les chasseurs pour tirer sur les oiseaux et autres petits animaux.

C'est un événement organisé depuis plusieurs années à Douvres qui a mis le feu aux poudres tout récemment : "Dans l’Ain, la société de chasse de Douvres organise depuis au moins vingt ans un ball-trap annuel à proximité immédiate d’un cours d’eau. Autant dire que, depuis toutes ces années, le sol et les nappes phréatiques sont criblés de ce métal lourd", s'émeut l'association dans un communiqué daté du 6 juillet.

Le ball-trap qui s'est tenu le premier week-end de juillet à Douvres a provoqué l'ire de l'association. Cette dernière affirme qu'elle avait obtenu de la préfecture de l'Ain le remplacement de la grenaille de plomb par des munitions d'acier. Contactée, la préfecture de l'Ain confirme : "les services de l'État et la Fédération départementale des chasseurs se sont accordés pour que seules des billes d'acier soient utilisées lors de cet évènement".

Mais, pour l'association, l'événement n'aurait tout simplement pas dû avoir lieu en raison de l'interdiction émise par la préfecture de l'Ain, dans le cadre des récentes violences urbaines survenues dans le département. La préfète de l'Ain avait "interdit le port et le transport d’armes dans le département entre le 30 juin et le 3 juillet en raison de l’actualité nationale." 

La préfecture de l'Ain répond et apporte une justification : "les personnes qui disposent d'une qualité ou d'un titre, et qui sont en capacité d'en apporter la preuve lors d'un contrôle de police ou de gendarmerie, peuvent transporter leurs armes".

Un poison dans la nature et la chaîne alimentaire

D'après la LPO, Ligue de Protection des Oiseaux, ce sont environ 250 millions de cartouches qui sont tirées chaque année en France, dont un quart pour le ball-trap.

Pour One Voice, l'activité de ball-trap "conduit à elle seule à la dispersion de 1500 tonnes de plomb dans la nature chaque année". Elle explique : "des milliers de plombs imprègnent alors les sols et les cours d'eau, rendant ceux-ci potentiellement infertiles et toxiques, notamment pour nous, humains. Lorsque des animaux s’en nourrissent, c’est la mort quasi assurée : un canard qui ingère quatre billes de ce métal lourd à 99% de chances de mourir dans les vingt jours qui suivent".

Pour l'association de protection de l'environnement, le risque de contamination de la chaine alimentaire par la grenaille de chasse est aussi à craindre lorsque des animaux sont "touchés sans être tués". "Ils devront vivre avec de la grenaille plein le corps, causant maladies et infections — corps qui sera ensuite ingéré par leurs prédateurs naturels (...). D’animal en animal, ce métal lourd, véritable poison, gagne du terrain." Le plomb est responsable de saturnisme. À Douvres, l'association parle d'une activité "délétère depuis deux décennies".

Ball-trap en zone humide : que dit la loi ? 

Le règlement européen publié le 25 janvier 2021 qui est entré en vigueur ce 15 février 2023 dans les 27 pays membres, prohibe enfin l’usage de la grenaille de plomb pour chasser dans les zones humides de l’Union Européenne. Une période de deux ans avait été accordée pour la préparation de l'application de cette nouvelle règle.

"En France, l’utilisation de grenaille de plomb à moins de 30 mètres des zones humides (marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves, deltas, baies, berges de lacs et de rivière) est déjà interdite depuis le 1ᵉʳ juin 2006. Mais plus de 15 ans après l’interdiction, les infractions demeurent très fréquentes", déplore la LPO sur son site internet. 

Le nouveau règlement européen renforce la législation en vigueur en France, en étendant la zone d'interdiction à 100 mètres. Il élargit aussi la définition d’une zone humide aux étendues naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres.

Chasse ou ball-trap : vers l'interdiction du plomb ?

De son côté, la Ligue de Protection des Oiseaux demande l’interdiction totale dès 2024 de toutes les munitions au plomb en France, en application du règlement européen. Ce dernier prévoit que lorsque 20% de son territoire total comporte des zones humides, un État membre peut interdire la mise sur le marché et l’utilisation de grenailles de plomb sur l’ensemble de son territoire national à partir du 15 février 2024.