Quand le café-théâtre perd le sourire... exemple dans l'Ain

Sans public, point de salut ! Les théâtres privés souffrent à l'heure de la Covid. Particulièrement les cafés-théâtres. Ce sont des entreprises qui ont beaucoup de charges de fonctionnement et peu d'aides, à tel point que leur avenir est compromis. Exemple près de Bourg-en-Bresse, dans l'Ain.

Ils ne voient plus l'originalité de leur implantation. Raphaël et Loëtitia ont appris à vivre entre un vendeur de cuisines et un magasin de spas, sur une zone artisanale de Péronnas, à l'entrée de l'agglomération de Bourg-en-Bresse. "La salle correspondait à ce qu'il nous fallait pour faire du théâtre et des concerts et avoir un bel espace de restauration, on a foncé", explique Raphaël Porcherot. 

"On aurait dû fêter les 5 ans des 'Arts dans L'R' pendant le premier confinement", détaille Loëtitia Giroud. L'associée ne cache pas sa fierté d'être à l'origine d'un lieu désormais renommé. Les Bressans ont rapidement trouvé le chemin de cette salle de 120 places où l'on boit un coup, où l'on mange une planche de charcuterie avant de déguster une pièce de boulevard.

Les humoristes de la France entière sont aussi ravis de faire une halte aux Arts. Quand on n'est pas encore célèbre, trouver un lieu pour se produire en région est un souvent une gageure. Les artistes laissent toujours une preuve de leur attachement à cette scène, en griffonnant un mot dans le bureau des gérants. C'est le mur des remerciements.

Tout allait donc pour le mieux jusqu'à l'arrivée de la satanée Covid.

"Au début on a fait comme tout le monde, on s'est occupés en faisant des travaux côté bar. Après, faut avouer que le premier confinement est tombé dans une période creuse pour nous. Les quatre salariés étaient en chômage partiel et nous on a bénéficié de l'aide aux entrepreneurs de 1500 euros pour deux", racontent Loëtitia et Raphaël.  

"On est donc repartis en septembre avec une jauge divisée par 2. C'est pas très rentable mais on avait tous besoin de ça, que les spectacles, les concerts reprennent. Il y a aussi les cours de théâtre. Et patatras, reconfinement et fermeture alors que les réservations avançaient bien pour la fin d'année."

La suite, Raphaël l'a écrite dans un post sur Facebook, le 13 décembre. En voici un extrait.

"Une fois de plus, l'ascenseur émotionnel a fait son oeuvre. Nous voilà brisés, à genoux et le coeur blessé... Réduits au silence, emprisonnés dans le noir. Seul le bruit de nos larmes tombant sur le plancher de la scène résonnent dans notre salle. Elle même ne respire plus. Elle attend, elle a peur. L'inéluctable devient possible. Comment pourrait-il en être autrement après 8 mois de fermeture totale sur l'année (plus 2 mois d'exploitation en moitié de jauge) ?"

Raphaël Porcherot

"(...) Pourtant, dans un monde totalement bousculé par une nouvelle maladie entraînant l'humanité dans le doute, l'angoisse, le découragement, la démoralisation, nous aurions été, et sommes toujours, le plus efficace et le plus beau des médicaments. La magie du spectacle vivant, ses capacités artistiques, sont une arme incroyable pour accompagner, expliquer, dédramatiser une situation inédite et incontrôlable. Mais voilà. Les troubadours modernes doivent rester à la porte de vos sens." 

"(...) Nous nous battons pour que chacun comprenne à quel point nous sommes essentiels et que notre voix est une ode à la vie. Nous tentons de trouver des solutions pour exister encore. Nous espérons que vous, public, sans qui nous ne sommes plus rien, continuez et continuerez à nous soutenir, à venir en nombre dès que nos portes s’entrouvriront. Notre coeur ne peut battre sans l'oxygène que vous êtes."

Les théâtres privés fédérés

Les Arts dans L'R adhèrent aujourd'hui à l'association des Théâtres Privés en Régions. Il s'agit de défendre des entreprises qui ont un rôle public important, qui luttent certaines fois contre le désert culturel. Car, selon Raphaël, "le pire est à venir"

"Si on prend notre cas, on a 14.000 euros de charges mensuelles fixes dont notamment la location. Mais il y a une bombe à retardement, ce sont les charges sociales. Pour l'instant, elles sont reportées mais elles représentent déjà près de 60.000 euros. Comment on va faire quand il va falloir payer l'ardoise alors qu'on n'a pas de rentrée d'argent ?"

Et Loëtitia d'ajouter : "Le problème, c'est qu'on n'a rien prévu pour les cafés-théâtres comme nous, on n'est pas vraiment des théâtres, pas vraiment des restaurants, on est entre les deux et on risque d'être les grands oubliés."

"La menace est réelle. On pourrait mettre la clef sous la porte si personne ne bouge." 

Reportage Franck Grassaud et Maryne Zammit

 

 

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