Festival d'Ambronay (Ain): l'épidémie de Covid impose une partition en mode mineur

Pour le festival d'Ambronay (Ain), l'un des rendez-vous majeurs de la musique baroque, l'épidémie de Covid-19 est l'occasion d'explorer de nouvelles voies, en organisant un festival vraiment pas comme les autres.
 

Jauge réduite et concerts raccourcis d'un côté; tarif libre et innovations de l'autre. Pour le festival d'Ambronay (Ain), l'un des rendez-vous majeurs de la musique baroque, l'épidémie de Covid-19 est l'occasion d'explorer de nouvelles voies.
Jauge réduite et concerts raccourcis d'un côté; tarif libre et innovations de l'autre. Pour le festival d'Ambronay (Ain), l'un des rendez-vous majeurs de la musique baroque, l'épidémie de Covid-19 est l'occasion d'explorer de nouvelles voies. © J. Pachoud / AFP
Jauge réduite et concerts raccourcis d'un côté; tarif libre et innovations de l'autre. Pour le festival d'Ambronay (Ain), l'un des rendez-vous majeurs de la musique baroque, l'épidémie de Covid-19 est l'occasion d'explorer de nouvelles voies.

Cette 41e édition lancée vendredi soir dans l'Ain aurait pu être annulée, comme nombre d'événements culturels depuis le printemps.
 

"On ne sait pas si l'on va aller au bout"



"On a retenu la brochure du programme initial le soir où elle devait être imprimée", raconte à l'AFP Marina Roche Lecca, secrétaire générale du festival, maintenu finalement sous une forme adaptée, avec une note d'incertitude persistante.

"On sait qu'on démarre dans deux heures mais on ne sait pas si l'on va aller au bout (jusqu'au 4 octobre)", ajoute la responsable avant le concert d'ouverture dans l'abbatiale romane du village, qui accueille depuis quatre décennies les plus grands noms du genre, français et étrangers.

Coronavirus oblige, la jauge y est tombée de 990 à 218 personnes, avec une scène recentrée pour écarter les chaises. La durée du festival a été rognée, tout comme la programmation, l'effectif des formations invitées et la durée des concerts - une heure maximum.

"Il a fallu tout recommencer à zéro, des artistes ont été annulés (moyennant indemnisation, ndlr), d'autres reportés. Mais les contraintes ont permis d'inventer plein de choses", affirme Pierre Bornachot, directeur artistique.

Impossible de distribuer à la main le livret de la soirée ? Place aux crieurs publics. "On a prévu quatre points d'entrée dans l'église et pour chaque file d'attente, un comédien présentera le programme de façon vivante."

Autre expérience: la tarification libre, avec des billets à 10, 20 ou 40 euros, selon les moyens et la volonté de chacun - les recettes de billetterie ont fondu mais les mécènes, publics et privés, ont maintenu leurs aides.

De quoi diversifier l'assistance ? Les organisateurs l'espèrent. Des concerts gratuits dans la rue, les écoles ou des Ehpad - si possible - doivent également élargir le public d'un rendez-vous qui ne se veut surtout pas élitiste.

Dans le même esprit participatif, le public a pu choisir, en votant durant l'été, le contenu du récital de la soprano argentine Marina Flores, une habituée des lieux avec son époux Leonardo Garcia Alarcon, claveciniste et compositeur.
 

"Extrêmement pop"


C'est le jeune ensemble Jupiter de Thomas Dunford et la mezzo-soprano Lea Desandre qui ont ouvert le bal avec huit pièces de Vivaldi, passion commune de ce couple de moins de 60 ans - à eux deux - à l'origine d'un premier disque encensé par la critique l'an dernier.

Ce "All Stars Band baroque", dixit le magazine Diapason, et l'artiste lyrique "révélation" des Victoires de la musique classique en 2017 ont livré un concert d'une grande virtuosité, avec une fougue et une décontraction rafraîchissantes.

Jusque dans les tenues, cassant les codes: "les robes longues, ça fait musée", considère Léa Desandre, en pantalon coupé aux chevilles, tee-shirt et baskets sur la scène.

Joueur de luth aux faux airs de rocker anglais, Thomas Dunford voit dans le baroque le jazz de l'époque - "harmoniquement, c'est très proche", dit-il en comparant un passage de Purcell à un morceau de Chet Baker.

Et il l'interprète comme tel, sans baguette de chef d'orchestre mais "au milieu de musiciens qui s'écoutent et se répondent les uns les autres en improvisant", les ornements de la basse continue faisant office de "vibes".

Une complicité manifeste dans les sourires et les coups d'oeil échangés tout au long de ce programme Vivaldi, qui a toujours semblé "extrêmement pop" à Lea Desandre. Elle danse d'ailleurs volontiers en le chantant et plus d'un, parmi le public de l'abbatiale vendredi soir, marquait le rythme avec elle, du pied, de la main ou de la tête.

De quoi en oublier son masque. (AFP)
 
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