Rencontre : Jean-Pascal Thomasset, ambassadeur de la défense des victimes

Il a le sens du partage, de l’engagement et du collectif, Jean-Pascal Thomasset est le directeur de l’association AVEMA France victimes 01 qui soutient les personnes victimes de violences, d’escroqueries, d’accidents à la circulation, ou d’agressions sexuelles. Des causes qui lui tiennent à cœur et pour lesquelles il agit avec détermination !

Quand avez-vous décidé de venir en aide aux victimes en vous engageant dans cette association ?

En 1993 c'est grâce à une rencontre avec le procureur de la République locale Gilles Bertrand.

Le feeling passe, l'émotion se fait. Je n'ai pas de compétences particulières en droit pénal, pour preuve : il me parle durant tout l'entretien de collaborer avec le parquet. On est dans le magnifique tribunal de Bourg-en-Bresse. Il y a un magnifique parquet en chêne. Je ne comprends pas ce qu'il me dit.

Les rencontres, c'est quelque chose d'essentiel pour moi. Cette rencontre avec Gilles Bertrand, c'est le démarrage de l'association d'aide aux victimes en 1993.

Qu'est-ce que vous faisiez à cette époque avant de vous engager dans cette association ?

J’ai d’abord fait mes études à Dijon et puis j’ai suivi des formations essentiellement basées sur le social mais aussi une formation en gestion des entreprises. Puis je suis rentré dans le milieu de la justice avec ces premières rencontres et ce cheminement depuis maintenant 30 ans.

Quels types de victimes accompagnez-vous ?

Tous types de victimes où les prémices de l'infraction pénale se dessinent, que ce soit des victimes de cyber harcèlement, de violences sexuelles, d'accident de la route, d'escroquerie. Tout ce qui touche le droit commun et qui à un moment donné va peut-être faire l'objet d'une infraction pénale avant, pendant l'accompagnement et après l'infraction mais aussi ce qui touche à l'indemnisation et la réparation.

Allô victimes 04 74 32 27 12

Plusieurs prises en charge sont proposées, comment se traduit ce soutien ?

Il s'agit plutôt de travailler sur l'idée d'un concept global de l'aide aux victimes, avec bien sûr tout ce qui touche à l'accès au droit, l'accès aux avocats, l'accès aux huissiers, aux assureurs…

Il y aussi bien évidemment, le soutien psychologique avec des psychologues formés à la victimologie  qui vont accompagner, soit dans le cadre d'entretiens individuels, soit dans le cadre de travail de groupe ou collectif, à la reconstruction, à la mise en mots, au travail sur ce qui fait trauma, ce qui a fait douleur et tout ce qui va permettre d'être reconstruit.

Qu'est-ce que vous faites pour rendre les démarches des procédures pénales plus faciles ?

L’AVEMA et les services d’aides aux victimes, c'est un peu le fil d'Ariane, ce fil rouge conducteur que l'on va découvrir et que l'on va appréhender nous aussi au travers d'une procédure qui est très compliquée mais qui est au complexe pour les magistrats.

Prenez le harcèlement aujourd'hui, c'est une nouvelle législation qui arrive, il y a un an de ça, rien n'existait en matière de harcèlement depuis quelques jours, il y a des nouveaux textes législatifs qui arrivent, des nouvelles dispositions légales qu'il nous faut appréhender et qu'il nous faut vulgariser avec nos juristes. C'est tout le travail que l'on fait dans l'accompagnement des victimes.

La justice restaurative est l’une des aides que vous proposez, qu'est-ce qu'elle permet ?

Les dispositions du 14 août 2014, la loi Taubira, permettent cette rencontre entre mise en cause d'une victime, quelle que soit l'issue d'un procès, notamment dans le cadre de procédures où l'infraction n'est pas caractérisée, notamment dans le code de procédures prescrites où l'on peut s'autoriser, avec l'accord du mise en cause et de la victime un temps rencontre. Un temps d'élaboration, un temps de compréhension d'un événement qui peut remonter parfois à 10 ou 15 ans et qui va permettre cet échange, cette restauration du dialogue et puis cet apaisement, cette compréhension parfois de faits inexpliqués, qui remontent parfois à plusieurs années.

Comment vous collaborez en tant qu'association avec les instances judiciaires ?

En permanence, le parquet est notre interlocuteur majeur. D'ailleurs, il est la locomotive des parties civiles des victimes, donc nous sommes en lien constant avec le parquet de Bourg-en-Bresse ou les autres parquets des ressorts. Nous avons des instances de concertation, de travail d'élaboration, notamment sur l'unité médico judiciaire qui concerne les mineurs victimes de violences à caractère sexuelles.

Une prise en charge groupale est notamment possible par le biais de la psycho boxe, qu’est-ce que c’est ?

Alors il y a l'esprit, il y a du travail autour de la mentalisation des agressions mais il y a aussi le corps.

La psycho boxe permet de faire un face à face où l'expression du corps au travers de mouvements de boxe va permettre d'être élaboré, démontré, pour que cette violence interne, vécue ou subie, puisse s'exprimer, puisse être analysée au travers de plusieurs heures ou d'une journée, parfois avec les psycho boxeurs que nous avons.

Il y a aussi les mises en cause ou les victimes qui acceptent un temps donné de se mettre en mouvement, de se mettre en scène afin de permettre l'analyse au travers de mouvements de boxe, de ce que cela manifeste, de ce que cela nous fait vivre, nous fait imaginer. Et surtout un feedback avec le psychologue qui est là pour écouter ce que l'on vit et ce que l'on ressent.

D’autres méthodes sont aussi proposées : le photolangage, le groupe défense personnelle, bien-être / reconstruction de l’image de soi. Comment ont-elles été conçues ?

Ces méthodes ont été conçues avec notre expérience de terrain et avec des professionnels qu'on a recrutés. Des gens qui font effectivement de la défense personnelle, des gens qui font de l'esthétisme, qui travaillent avec nous sur ces sujets-là, qui ont élaboré des protocoles de groupe.

Le groupe va soutenir et, au travers de quelques éléments sur le maquillage, sur la parole, sur la verbalisation, sur la défense personnelle, peut exprimer ce qui a été vécu dans le cadre d'une agression qui est parfois commune, qui est parfois la même agression et sur lesquels les uns et les autres vont se soutenir et vont élaborer des protocoles de réparation.

Vous connaissez particulièrement les comportements et gestes à adopter lorsqu’il s’agit de se défendre, quels conseils pourriez-vous nous donner ?

Le premier des conseils, l’évaluation de la situation, dans quelle situation je suis, si je suis en Afghanistan ou si je suis ici dans les locaux apaisants et bienveillants de France 3.

C'est pas la même approche, ce n’est pas la même définition, donc d'abord l'évaluation de la situation est la priorité des priorités, se préserver, rester en vie. Et là on décline plusieurs protocoles qui vont de courir, se cacher, parler, s'apaiser, retrouver les mots, remettre l'autre dans l'humanité, remettre l'agresseur dans l'humanité. Le meilleur exemple, c'est Guy Georges, tueur en séries dans le 10e arrondissement de Paris, 10 victimes tuées et assassinées et violées, la 11e qu'il laisse envie, c'est celle qui lui dit arrête, tu ressembles à mon petit-fils.

Dans le département de l'Ain, quelle est la situation des violences intrafamiliales ?

Aujourd'hui, c'est 1800 situations suivies dans notre service de femmes victimes de violences conjugales, suivi dans le cadre des intervenants sociaux, en gendarmerie et en commissariat. Mais surtout la problématique majeure qui nous inquiète aujourd'hui, ce sont les enfants témoins de violences. Aucune procédure légale et juridique ne permet de les encadrer ou de les accompagner. Et si vous faites le prorata de 1800 femmes battues, abîmées, agressées sur l'année 2022. Si ces femmes on ne serait-ce qu’un ou 2 enfants vous avez 2 à 3000 enfants qui ont vu leur maman humiliée, frappée et qui sont dans la nature, ce sont des caisses enregistreuses.

Qu'est-ce qu'ils ont retenu de ces violences ?

Comment se comporteront-ils plus tard lorsqu’ils seront adultes ?

C'est tous les enjeux des violences conjugales aujourd'hui.

La lutte contre les violences sexuelles sur les mineurs est l’un de vos combats, toutes les 3 minutes, 1 enfant est agressé sexuellement en France. Que faut-il faire face à cela ? 

Aujourd'hui, c'est un plan Marshall qu'il nous faut sur les violences sexuelles. 200 000 enfants chaque année sont victimes de viol ou d'agressions sexuelles en France.

Il faut donc développer ce que le gouvernement est en train de faire à savoir des unités d'accueil en milieu pédiatrique, mais aussi créer tout un socle d'accueil, de soutien, d'orientation, de travail autour de la parole de l'enfant.

Pour que cette parole, même si elle n'a pas de suite en justice, puisse être crue, entendue et organisée.

Signalez les violences sexuelles faites aux enfants : composez le 119

Tout connaitre sur les violences sexuelles

Votre association va acquérir un chien d’assistance judiciaire pour soutenir les 650 mineurs victimes de violences que vous recevez chaque année au sein de l’Unité Médico Judiciaire de l’AVEMA. Comment sera-t-il utile ?

Il est actuellement en formation avec « Handi'chiens » et nous allons travailler avec lui pour tout ce qui touche à la mise en place de la parole et l'écoute de cette dernière.

Ce chien est un animal transitionnel pour que les enfants de 2,3,4 ans que nous accueillons aussi dans ce service puisse être dans un lieu apaisant. Ce chien est formé à venir se frotter et à manifester de l'empathie sur l'enfant pour que la parole de cet enfant puisse être recueilli.

On a cette très belle phrase du philosophe Paul Ricœur qui guide un petit peu notre service : « D'ailleurs, la clameur de la victime se cache moins vengeance que récit. » C'est le récit qui nous écoute, qui nous importe de l'enfant et dans son parcours après, au sein de l'instant judiciaire, au travers de l'Unité Médico Judiciaire et de l'AVEMA.

Vous êtes membre du Conseil économique social et environnemental dans lequel vous représentez l’association France Victimes. Vous siégez dans : la commission environnement, la commission temporaire « canabis », la commission temporaire « fin de vie » et enfin vous êtes membre de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité.

Des sujets d’actualité complexes pour lesquels vous menez des travaux, quelle vision souhaitez-vous apporter à ces thèmes ?

C'est la vision de la société civile qui est représentée par 170 personnes qui appartiennent à différentes organisations professionnelles ou associatives ou autres et qui vont se positionner sur des sujets d'actualité, sur des saisines du gouvernement sur le cannabis, sur la fin de vie.

C'est vraiment l'émanation de la société civile qui vient dans le débat public, dans le débat parlementaire, amener un avis, amener des recommandations, amener des plaidoyers au travers de consensus ou de dissensus que nous menons en permanence dans nos travaux au palais d'Iéna à Paris.

Est-ce que votre mandat de Maire dans une petite commune vous permet aussi de prendre le pouls de l’opinion de la population sur ces sujets ?

C'est le plus beau mandat, le mandat de Maire, c'est en permanence ce contact avec la population. Demain, je recevrai 3 habitants de Nantua pour des problèmes de stationnement, pour des problèmes de poubelles, pour des problèmes de vitesse, pour des problèmes d'incivilité. C'est le cœur de l'actualité d’un Maire, c'est passionnant, même si ce sont des sujets un peu récurrents. C'est passionnant de pouvoir travailler sur la qualité de vie de nos habitants, d'améliorer celle-ci et de voir la ville, où je suis né et où j'ai grandi, évoluer et puis se transformer, je dis toujours maintenant Nantua c’est "The place to be !"

Plus d’informations : avema01.fr

Retrouvez "Vous êtes formidables"

Une émission présentée par Jérémy Allebée

Du lundi au vendredi à 10h30 sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

Revoir l'émission avec Jean-Pascal Thomasset

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