Il y a 80 ans, l'armée allemande envahissait la moitié sud de la France, restée zone libre depuis juin 1940. Toute la France était désormais occupée. Et sans la ligne de démarcation, Bellegarde retrouvait son unité.
Le 25 juin 1940, l'Armistice à peine signé, une longue frontière balafre la géographie de la France. Filant sur 1.200 kilomètres à travers départements et villages, bois et prairies, la ligne de démarcation scinde le pays en deux. Au nord, la zone occupée par l'armée allemande, au sud-est la zone libre restée sous l'autorité du gouvernement français replié à Vichy.
Sur le plan économique ? Un désastre. Parfois, les ouvriers ne peuvent pas aller à l'usine, les collégiens ne peuvent pas rentrer à la maison le soir. Tout dépend du bon vouloir de l'occupant
Eric Toiseux, Valserhône
Bellegarde coupée en deux
De tous les départements qui composent aujourd’hui la région Auvergne Rhône-Alpes, seul le département de l'Ain est alors traversé par la ligne de démarcation. Elle longe d'abord le Rhône puis la Valserine. A Bellegarde, elle coupe carrément la ville en deux.
Un reportage de sylvie Cozzolino et Béatrice Tardy, 80 ans plus tard...
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Pour passer d'une zone à l'autre, il faut montrer un Ausweis, un laisser passer. Chaque jour, à chaque passage. Même si l'on va juste travailler de l'autre côté du pont. "Sur le plan économique ? Un désastre. Parfois, les ouvriers ne peuvent pas aller à l'usine, les collégiens ne peuvent pas rentrer à la maison le soir. Tout dépend du bon vouloir de l'occupant" rappelle Eric Toiseux, de l'association Valserhône qui, 80 ans plus tard, a documenté cette vie autour de la ligne de démarcation.
Il y avait des heures autorisées entre 8 heures du matin et 8 heures du soir, on en profitait pour se voir...
Lili
La fin de la ligne de démarcation
Au nord de Bellegarde, le village de Lelex est lui aussi traversé par la Valserine. En 1942, Lili et Marcel avaient 20 ans. Deux amoureux, chacun d'un côté de la ligne. Lili côté allemand, Marcel en zone libre. "Il y avait des heures autorisées entre 8 heures du matin et 8 heures du soir, on en profitait pour se voir..." se souvient Lili. Ses parents tenaient un café épicerie, au coeur du village. Elle ne se rappelle plus très nettement ce 11 novembre 1942, sauf l'affolement de sa mère devant les convois allemands et son obsession de mettre l'argenterie à l'abri. Il faut dire que les deux amoureux sont aujourd'hui centenaires. Leurs souvenirs tout comme leur audition sont un peu floutés par le temps...
Curieusement, à Bellegarde, cette fin de la ligne de démarcation a été plutôt appréciée dans un premier temps, parce qu'elle simplifiait finalement le quotidien. Mais quelques mois plus tard, la répression envers les maquis de l'Ain devenait féroce, faisant voler en éclats le calme relatif autour de la Valserine.
Ce 11 novembre 2022, France 3 Rhône Alpes propose dans le 19/20 une page spéciale sur l'entrée des Allemands en zone libre en 1942.