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Écoliers au pain et à l’eau dans une cantine : “Nous voulions faire un électrochoc aux parents” se justifie le maire

(Photo d'illustration) En raison des impayés de leurs parents, deux enfants de l'école de Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier) se contenter de pain et d'eau à la place d'un repas servi à la cantine. / © Stephane Marc/MaxPPP
(Photo d'illustration) En raison des impayés de leurs parents, deux enfants de l'école de Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier) se contenter de pain et d'eau à la place d'un repas servi à la cantine. / © Stephane Marc/MaxPPP

Dans l’Allier, parce que leurs parents ne payaient pas la cantine, deux écoliers de Saint-Pourçain-sur-Sioule ont eu, en guise de repas, du pain et de l’eau. Un choix assumé par le maire qui souhaitait "faire un électrochoc aux parents". Une décision qui suscite beaucoup d’émoi.

 

Par D.Cros

La réunion entre la municipalité de Saint-Pourçain-sur-Sioule et l’association des parents d’élèves de Michelet Berthelot s’est déroulée, comme prévu, lundi 16 septembre. "Nous avons été très transparents. Nous avons fait un point. Nous étions une dizaine de personnes." explique Emmanuel Ferrand, maire LR. 

Ensemble, ils ont évoqué les faits survenus la semaine précédente. Lundi 9 septembre, deux frères ont eu en guise de repas du pain et de l’eau. Une décision prise par la municipalité car leurs parents n'avaient pas payé la cantine depuis plus d’un an et parce qu’ils n’avaient répondu à aucun appel téléphonique, mail et courrier de la mairie. "C’est la seule famille qui nous laisse sans réponse. Avec les autres nous avons trouvé des solutions via le CCAS ou les services sociaux. Nous avons voulu faire un électrochoc aux parents de ces deux enfants" a expliqué le maire.  
 

"Ce n’est pas la méthode qu’il aurait fallu utiliser mais nous avions tout tenté"

Au lendemain de la réunion, Emmanuel Ferrand, déclare : "J’aurai pu appeler les gendarmes car les enfants ne sont pas inscrits à la cantine et que personne ne vient les chercher. Je ne me voyais pas les appeler. J’ai préféré cette solution. Je reconnais que ce n’est pas la méthode qu’il aurait fallu utiliser mais nous avions tout tenté, nous étions allés au bout du bout. Dans pareille situation que faut-il faire? Rien, peut-être laisser filer".

Il précise que la situation était particulière et rappelle que la facture a été réglée le jour même par les parents. "Si les parents n’avaient pas payé, je me serais dit que nous avions tapé à côté de la plaque. Mais le soir même, la mère réglait l’intégralité des impayés et inscrivaient ses deux fils à la cantine". Il ajoute : "C’est une famille qui n’a répondu à aucune de nos sollicitations mais c’est une famille qui a des revenus. Ils ont les moyens, ils pouvaient payer. Ce sont seulement des personnes à problème".

Il souligne qu’en tant que maire, il se sent démuni face aux mauvais payeurs. "Les impayés s’accumulent. Nous n’avons pas le droit de prélever sur les salaires. Nous ne pouvons pas mandater un huissier. Les lois sont faites pour protéger ceux qui ne payent pas. Il n’y a aucun moyen d’agir tant que la dette n’atteint pas 1500 euros par famille. Vous imaginez le nombre de repas à moins de 3 euros qu’il faut? Quand on atteint 1500 euros de dette, c’est déjà trop tard". 

"J’ai voulu faire mon travail honnêtement. Certains ne paient pas et profitent du système et en contrepartie on en demande toujours plus à ceux qui paient. Un jour les bons payeurs finiront pas dire qu’ils ne veulent plus payer" ajoute-t-il. Emmanuel Ferrand conclut en disant qu’il reçoit de nombreux appels de maires. "Ils me soutiennent me disent qu’eux aussi doivent faire face aux mauvais payeurs et se sentent dépassés". 

Contactée, l'association des parents d'élèves a déclaré ne pas vouloir s'exprimer sur cette affaire.  

"Ne vous en prenez pas aux enfants en les laissant sans manger"

Une affaire qui fait énormément réagir les internautes sur les réseaux sociaux et sur la page Facebook de France 3 Auvergne. Les commentaires sont très nombreux et divers. Certains dénoncent purement et simplement cette façon de procéder de la municipalité. D’autres n’approuvent pas la méthode mais nuancent leurs propos en critiquant le comportement des parents et en se réjouissant du paiement de la facture.

Le commentaire de Carmen est assez représentatif des premières réactions. Elle écrit : "Depuis quand les enfants sont responsables des agissements de leurs parents? Hein?". Béatrice ajoute : "Quelle honte! Ce sont des affaires d'adultes, qui doivent se régler entre adultes sans y mêler des enfants!".

Gabrielle indique : "Non mais on va où, prendre des enfants pour cible alors qu’ils n’y sont pour rien, honteux. On devrait punir ce genre de chose. Mettez une amende aux parents ou des majorations mais ne vous en prenez pas aux enfants en les laissant sans manger". Comme Amélie, plusieurs internautes indiquent qu’une autre solution aurait dû être choisie : "Il me semble qu'il y a des services sociaux et des possibilités de faire des saisies sur la CAF mais je ne pense pas que faire subir ça a des enfants soit la solution".

Si certains incriminent la mairie, d’autres nuancent et se tournent vers les parents en indiquant qu’ils auraient du répondre aux appels et courriers de la municipalité et qu’ils ont attendu "cet électrochoc" pour payer. Annick écrit : "Moi je trouve ça triste que des parents puissent en arriver là. Car au départ ce sont quand même eux les responsables de cette situation". Sylvia ajoute : "Pas la bonne solution. Il n'empêche que les parents se sont manifestés et ont réglé le soir même".

Danièle élargit le propos. Elle fait référence aux impayés dans les cantines et aux dettes laissées dans les municipalités : "Certes les enfants ne doivent pas payer pour le laisser aller des parents, mais peut-on raisonnablement laisser une dette de 5000 € s'aggraver au risque que d'autres parents se disent qu'il n'y a aucune raison qu'ils n'en fassent pas autant, c'est la mort des cantines".

"Ce n’est pas le rôle du maire, c’est le rôle du Trésor Public"

Pour le président de l’association des maires ruraux de l’Allier, Dominique Bidet, c'est également l'incompréhensible quant à la méthode utilisée, même s'il ne minimise pas les difficultés qu'engendrent les impayés. "De plus en plus de maires se plaignent. Cela fait partie de leurs lassitudes. Il y a ceux qui ne peuvent pas payer et il y a ceux qui ne veulent pas payer et profitent du système" déclare-t-il. 

Puis il ajoute : "Mais donner du pain et de l’eau à des enfants en guise de repas n’est pas acceptable pour moi. Ce n’est pas une méthode compréhensible. Elle est radicale. Les enfants n’ont rien avoir avec le non règlement de la cantine" .

"Ce n’est pas aux maires de gérer. Ce n’est pas notre rôle. Le règlement de la cantine scolaire est fait à l'ordre du Trésor Public. C’est donc son rôle, c’est à lui d’aller chercher les mauvais payeurs et de faire le nécessaire" explique Dominique Bidet. Selon lui, le problème vient du fait que "les trésoreries manquent de moyens humains". Il explique qu’avant les trésoreries réagissaient rapidement, faisaient régulièrement des retours aux mairies alors qu'aujourd’hui les délais sont beaucoup trop longs ce qui rend les recouvrements plus compliqués. Il conclut en disant : "C’est tout un fonctionnement qu’il faut revoir. Il faut donner les moyens au système, c’est tout". 

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