Congrès des Alcooliques Anonymes dans l'Allier : “On veut essayer de lutter contre les peurs, contre les a priori”

Les Alcooliques Anonymes (ici, lors d'une convention à Toulouse en 2016) organisent leur congrès national 2019 à Montluçon / © XAVIER DE FENOYL / MaxPPP
Les Alcooliques Anonymes (ici, lors d'une convention à Toulouse en 2016) organisent leur congrès national 2019 à Montluçon / © XAVIER DE FENOYL / MaxPPP

Les “Alcooliques Anonymes” tiennent leur congrès national à Montluçon (Allier) les 9 et 10 novembre. Présents depuis 59 ans en France, ces groupes de parole permettent aux personnes dépendantes de l’alcool de s’exprimer et parfois de s’en sortir.

Par Fabien Gandilhon

Le 9 et le 10 novembre, les “Alcooliques Anonymes” vont tenir leur congrès national au centre Athanor de Montluçon (Allier). Cette année, pour le 59ème anniversaire de l'association en France, les 600 participants attendus vont se concentrer sur le premier pas, celui qui consiste à franchir la porte d’un de ces groupes de parole où des alcooliques écoutent d’autres alcooliques pour les aider à s’en sortir. Le pas le plus difficile.

“On veut essayer de lutter contre les peurs, contre les a priori” explique Janphi, un pseudonyme qu’il a lui-même choisi. “Certains pensent que les Alcooliques Anonymes, c’est une association fermée, repliée sur elle-même alors que c’est tout l’inverse. C’est une association universelle qui est présente dans 180 pays du monde. Chez nous, vous pouvez rentrer et sortir quand vous voulez, il n’y a pas de contribution obligatoire, pas d’attache. La seule condition pour faire partie des Alcooliques Anonymes, c’est uniquement le désir d’arrêter de boire.”

Avancer "24 heures à la fois"

Une fois la démarche entreprise, commence le parcours en 12 étapes. Les réunions se font sous le regard bienveillant d’un modérateur. Passés la lecture du préambule et le rappel du but à atteindre (“Vivre sans alcool mais heureux”), la discussion s’ouvre. “Ça n’est pas un dialogue, pas un échange, c’est autre chose” explique Janphi. “Le modérateur donne la parole à une personne, cette personne va s’exprimer sur le problème qui la tracasse et sur le thème de la réunion. Ensuite, les autres membres vont partager à leur tour leur expérience sur ce thème-là. Parce que la vie ne devient pas toute rose parce qu’on a arrêté l’alcool, les gens peuvent aussi s’exprimer sur d’autres choses qui les tracassent, le décès d’un parent proche par exemple … Le fait d’en parler, ça permet de poser son fardeau et de continuer à avancer “24 heures à la fois”. C’est un terme qu’on emploie beaucoup aux Alcooliques Anonymes : “24 heures à la fois”. ça rend l’objectif plus proche, plus accessible.”

La clé de voûte des Alcooliques Anonymes, c’est l’écoute et le soutien émotionnel que peuvent apporter ceux qui ont vécu des situations similaires. Selon la philosophie AA, les alcooliques ou anciens alcooliques sont susceptibles de mieux se comprendre mutuellement, sans porter de jugement. “Quand un nouveau arrive, il me reflète un petit peu ce que j’ai été au tout début quand j’ai rencontré les AA. Quand je vais partager sur mon expérience ou mon témoignage, peut-être que cette personne qui vient juste d’arriver, elle va reconnaître certaines choses qui lui sont similaires par rapport à sa souffrance physique ou psychique, ou sur les étapes à franchir. Elle va plus facilement s’identifier, se reconnaître. Ça ne veut pas dire que les autres personnes ne peuvent pas comprendre, mais je crois qu’on est complémentaires.” 

Au fil des réunions, Janphi a changé sa façon d'interagir avec les autres : “Avant, j’entendais les choses mais je ne les écoutais pas. Là, vraiment, j’ai pris conscience que j’étais à l’écoute des autres. En écoutant les autres, j’ai appris à m’écouter moi-même et à pouvoir parler de moi-même. Il y a une affiche nationale qui dit que pour se libérer de l’alcoolisme, il faut en parler, mais avant d’en parler, il faut apprendre à écouter.”

“C’est un programme d’honnêteté”

Mais avant tout cela, il faut passer la première étape : admettre “qu’on a perdu la maîtrise de sa consommation et la maîtrise de sa vie”. “C’est un programme d’honnêteté” explique Janphi. “Au début, avec mes potes, c’était vraiment l’alcool festif, les sorties en boîte. A chaque virée, on se mettait à l’envers. Et petit à petit, dans le travail, dans la relation avec les collègues, il manquait un tout petit peu de “pulse” et c’est dans l’alcool que je l’ai trouvé. Au départ c’était un verre par-ci par-là le matin, le soir, un apéro … Dans mon métier (la restauration), l’alcool, je l’avais à portée de main à tout moment. Au bout d’un moment, c’était devenu du n’importe quoi .Je ne buvais pas pour une raison, ni pour fêter quoi que ce soit … J’étais alcoolique. Mais le temps de reconnaître que j’étais alcoolique, ça a été beaucoup plus long. Je me disais que j’arrêterais à n’importe quel moment, alors qu’en fait pas du tout.”

Peu à peu, la situation se dégrade. “Je crois que le plus dur qu’a vécu ma femme, ça a été l’impuissance face à la maladie. Je me rappelle de plein d’anecdotes, une ou j’étais devant le comptoir et elle était devant le bistro, et elle me disait “tu rentres ou j’appelle les gendarmes !” Je pense que quand j’étais dans ces états-là, je devais énormément la faire souffrir, mes enfants aussi, ils comprenaient ce qu’il se passait. L’alcool détruit beaucoup de choses...”

Finalement, c’est sa femme qui va le faire hospitaliser. “Elle voyait que j’étais en danger. Après cette hospitalisation, ça a été pour moi le début d’une post-cure, et quand je suis sorti de là, je n’ai pas arrêté tout de suite. Ça a pris un certain temps … Il y en a qui s’arrêtent d’un coup, d’autres, ça fait plus de 10 ans qu’ils sont encore dans le produit et qu’ils n’arrivent pas à arrêter durablement. Ils arrêtent deux ou trois mois et ils reprennent le cubi. C’est une maladie sournoise.” 

Si j’avais pas eu les AA, j’aurais peut-être replongé

Janphi finit par apprendre l’existence des Alcooliques Anonymes chez un psychiatre. Selon lui, c'est ce qui l'a sauvé. “Moi, je sais que si j’avais pas eu les AA, j’aurais peut-être replongé. J’étais pas loin d’une tentative de suicide. L’alcool m’avait mis dans une profonde dépression, je n’avais plus goût à la vie. Il n’y avait plus rien qui m’arrêtait, plus rien qui me retenait, ni mes enfants, ni ma femme …”

Aujourd’hui, Janphi s’investit pour faire connaître les Alcooliques Anonymes auprès de ceux qui en ont besoin. “On essaie d’aller dans des centres de post-cure, des centres d’addictologie, des centres de réinsertion sociale, auprès de la justice et de parler du mouvement et de la manière dont on a franchi la porte pour aller dans un groupe. C’est le thème du congrès : comment on a réussi à faire ce premier pas en levant les a priori.” C’est pour cela que seront présents à Montluçon des soignants, des acteurs sociaux, des entreprises et des institutions.
 

Informations pratiques

Ceux qui voudraient mesurer leur addiction à l’alcool peuvent répondre (anonymement) aux quelques questions du test mis en ligne par l’association, ou appeler le numéro d’écoute ouvert sept jours sur sept, 24h/24 au 09 69 39 40 20. Le congrès annuel est quant à lui ouvert à tous.

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