TÉMOIGNAGE. «On a été dupés » : la fille d’une victime du glyphosate alerte sur les dangers de l’herbicide

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La justice française qui avait condamné le géant Bayer, ex-Monsanto, pour avoir intoxiqué un agriculteur, vient de lui accorder 11 000 euros d'indemnités. Pour Elise Lajarrige, c’est l'occasion, à nouveau, «d’alerter» sur l'usage des pesticides, responsables, en 2016, de la mort de son père, éleveur de bovins dans l’Allier.

« Il n’y croyait pas. Il faisait confiance ». En 2016, le père d’Elise Lajarrige, exploitant agricole dans l'Allier, à Deneuille-les-Mines, décède d’un lymphome non hodgkinien. Jean-Marc, élevait des charolaises et cultivait 20 hectares de céréales. C’est en 2013 que les premiers symptômes de la maladie apparaissent. A cette époque, personne ne soupçonnait les pesticides.

« C’est l’omerta dans le milieu agricole »

De la fièvre, des boutons, une grande fatigue… Jean-Marc et ses proches étaient dans l’incompréhension lorsqu'ils constatent les premiers symptômes de l’agriculteur : « Le médecin pensait que c’était de la brucellose. Le diagnostic a mis plusieurs mois à tomber ». Près de quatre mois plus tard, le couperet tombe : il s’agit du lymphome non hodgkinien. Personne dans l’entourage de l’éleveur n'avait idée de la cause de la maladie, jusqu’au moment où le corps médical établit un lien entre les produits phytosanitaires utilisés par Jean-Marc et la maladie  : « Personne n’y croyait. Même pas mon père »

« Ils ont fait confiance. Pendant des années, les marchands de produits ne les ont jamais alertés. Ça a été le choc aussi parce qu’il s’en servait à dose infime. Infime. On n'est que sur 20 hectares de cultures pour élever une centaine de bêtes. Ce n’est pas grand-chose par rapport aux  exploitations de la Limagne ». Elle regrette la négligence des grands groupes qui ont tardé à voir le danger : « Aucune prévention n'a été faite sur la protection nécessaire ou sur les risques. Rien. Ils ont dû attendre les années 2000 pour être prévenus des risques de ces produits. Quelque part, ils ont été dupés. Et il n’est pas le seul malheureusement », déplore-t-elle.

« Il a fallu se battre »

Le père d’Elise entame alors son long combat contre la maladie : chambre stérile, transfusions, traitements par chimiothérapies très lourds. Une période douloureuse pour l’agriculteur : « Ça a été des moments très durs psychologiquement et physiquement ».

Aujourd’hui, Elise se bat aux côtés de l’association Phyto-victimes pour éviter d’autres drames : « J’essaie de sensibiliser les agriculteurs que je connais autour de moi. J’espère une interdiction du glyphosate ». Pour Elise, il est grand temps d’alerter sur les dangers des pesticides  : « J’ai vu l’évolution de l’agriculture à travers mon père et mon grand-père qui était lui aussi agriculteur. Les pesticides étaient, à l'époque, l'assurance d’avoir des cultures saines puis peu à peu ils garantissaient un revenu, mais à quel prix ? »

Ils ont été poussés, dupés par les grands groupes qui se dédouanent aujourd’hui d’avoir conçu des produits toxiques pour l’homme et l'environnement

Elise

fille d'une victime du glyphosate

« Il est possible de faire autrement »

La question de la fin du glyphosate a beaucoup animé le débat public ces dernières années, et pour Elise, il faut franchir le cap : «  Il est possible de faire autrement. On a fait rentrer les agriculteurs dans un système qui fait qu’il est difficile d’en sortir. La peur de l’échec, de perdre leurs récoltes les maintient dans ce système. La peur de perdre une grande partie de ses revenus, qui ne sont déjà pas très conséquents, à cause d’une baisse de rendement »

L’exploitation a été reprise par son frère qui aborde peu à peu les cultures autrement : «Il fait les choses différemment. Il aborde l'agronomie et cultive des variétés plus adaptées. Il faut réfléchir autrement, comme le faisaient les anciens ».

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