Documentaire : " Dansons tant qu'on n'est pas mort", ou l'impérieuse nécessité d'écrire de la cantalienne Marie-Hélène Lafon

Du Cantal à Paris, de l'estrade du collège où elle enseigne aux plateaux télé, Marie-Hélène Lafon, auteure multirécompensée, se livre à Cécile Lateule. La réalisatrice l'a suivie pendant plusieurs années, le temps de la réflexion et de l'écriture de son dernier ouvrage. " Dansons tant qu'on n'est pas mort " est un film confidentiel au cœur de la création littéraire.

Elle parle d'une manière ciselée, avec précision ne mettant jamais un mot à la place d'un autre et détachant presque les syllabes. Elle joue avec les mots, les fait twister avec cet accent un peu rocailleux. Il sonne comme un écho aux paysages du Cantal qui l'ont vue naître. Ils sonnent dans son verbe, à l'écrit comme à l'oral.

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Marie-Hélène Lafon devant ses lecteurs ©France Télévisions

Alors Marie-Hélène Lafon danse de livres en livres, de prix littéraires en prix littéraires. Ça a l'air facile et pourtant... Le dernier, "Les sources", dont on suit dans le film le processus de création se fait dans la douleur. Entre la nécessité absolue de raconter, de se raconter et la forme à trouver. De ce chemin-là, la caméra de Cécile Lateule ne rate rien. Du Cantal à Paris, de jour comme de nuit et quelle que soit la saison, la réalisatrice est présente. Mais c'est Marie-Hélène Lafon qui mène la danse au rythme de ses humeurs, de son cheminement intérieur, de ses doutes et de cette envie de faire sortir, quoiqu'il lui en coûte, ce qu'elle a au fond de la gorge. 

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Marie-Hélène Lafon dans le film " Dansons tant qu'on n'est pas mort" de Cécile Lateule ©France Télévisions

Le film est presque une confidence face caméra et les confidences c'est parfois gênant. Mais rares sont les auteurs qui acceptent de se livrer ainsi dans leurs chantiers artistiques : "  Je vois la phrase. Elle s'incarne. C'est la clôture de barbelés que les hommes tendent entre deux piquets de châtaignier ou de chêne fortement équarris. "

Marie-Hélène Lafon écrit des romans. Elle enseigne aussi dans un collège parisien parce qu'elle ne veut pas dépendre des aléas de la vie littéraire. Agrégée de grammaire, elle avertit : " L'agrégation, je n'en avais pas besoin. C'est par orgueil que je l'ai passée."

L'orgueil de la fille de paysans, qui a grandi dans le Cantal, au bord de la Santoire. Cette rivière qu’elle qualifie de "séminale", coule au fond du pré de ses parents et irrigue la plupart de ses textes. Son attention se porte sur les simples, les invisibles : "Ces histoires qui seraient les nôtres, la nôtre. Celles de nos lignées non inscrites au cadastre de la culture officielle mais soudain portées au pinacle de la langue." 

Si vous aimez les mots, la langue française, les histoires de vies et de terroir, si vous voulez entrer dans les affres de la création littéraire, ce film est pour vous. Et si vous n'aimez rien de tout cela, vous pouvez aimer la rencontre. Car c'est bien de ça dont il s'agit. D'une rencontre.

"Dansons tant qu'on n'est pas mort" de Cécile Lateule. Une coproduction Tripode productions/France Télévisions à découvrir le jeudi 21 décembre à 22H50 sur France3 Auvergne-Rhône-Alpes dans la case documentaire La France en vrai.

Le film est disponible sur la plateforme france.tv