Confinement : les capacités physiques et intellectuelles des enfants diminuées, selon une étude menée en Auvergne

Prise de poids, perte d’attention et baisse de capacité intellectuelle : les conséquences du confinement chez les enfants seraient multiples. Une étude a été menée en Auvergne chez des élèves de CE1 et CE2 de Vichy, dans l'Allier et de Riom, près de Clermont-Ferrand.
La sédentarité et le manque de stimulation pendant le confinement ont eu des conséquences sur le développement des enfants, d'après une étude menée à Clermont-Ferrand
La sédentarité et le manque de stimulation pendant le confinement ont eu des conséquences sur le développement des enfants, d'après une étude menée à Clermont-Ferrand © Chloe Sharrock / MAXPPP

Le confinement aurait eu un impact physique et intellectuel « très inquiétant » sur les enfants, selon une étude de l'Observatoire national de l’activité physique et la sédentarité (Onaps), basé à Clermont-Ferrand. Issus d'écoles de Vichy, dans l’Allier et de Riom, dans le Puy-de-Dôme, 80 élèves de CE1 et CE2 ont participé à des tests sur deux années consécutives. « Le confinement a fait diminuer l’activité physique et augmenter la sédentarité. Il y a également eu une baisse des interactions sociales et de la stimulation intellectuelle, expose le Professeur Martine Duclos, cheffe du service de médecine du sport au CHU, à la tête de l’Onaps. Les résultats de l’étude nous ont vraiment surpris, qu’ils soient aussi édifiants sur tous ces paramètres. »

Deux écoles de l’Allier et du Puy-de-Dôme

Deux écoles de Vichy et de Riom prenaient déjà part à une étude avant la pandémie. Equipées de vélos-bureaux à la rentrée 2019, les établissements expérimentaient l’activité physique pendant les cours. « L’endroit où les enfants passent le plus de temps assis est en classe, développe Martine Duclos. Ces vélos-bureaux permettent de lutter contre la sédentarité, sur des classes de CE1 et CE2. Les enfants pédalent pendant les cours. » Pour évaluer le changement que pouvaient constituer les vélos-bureaux, l'Onaps avait mené une batterie de tests avec les élèves en septembre 2019, à t-0.

Mais le confinement de mars 2020 a perturbé le déroulement de cette étude. A la place, les chercheurs ont décidé de renouveler les tests à t-0 avec une nouvelle classe de CE1, à la rentrée 2020, pour mesurer l’impact du confinement entre ces deux classes successives. Les CE1 de 2019 n’ayant pas subi le confinement avant les tests, les CE1 de 2020, oui.

Et les premiers résultats ont sidéré Martine Duclos : « Les enfants ont déjà un niveau d’activité bien insuffisant d’habitude, avec un temps passé assis trop important. C’est mauvais pour leur santé. Le confinement a conforté ces mauvaises habitudes, les a aggravées. » En tout, 80 élèves ont participé à cette étude.

« Je n’ai jamais vu ça »

Le travail mené révèle une diminution des capacités physiques évaluée à 30 % environ, « que ce soit la capacité motrice [sur un parcours, ramper, sauter], l’endurance, la force ou la souplesse. » La sédentarité liée au confinement a également engendré une prise de poids estimée à 5  à10 kg, même chez des enfants en forme. « Sur le test de la navette, qui mesure l’endurance, les enfants devaient courir entre un plot A et un plot B et le temps entre les deux diminue au fur et à mesure, ils doivent accélérer. Certains enfants qui ont vécu le confinement n’arrivaient même pas à effectuer le premier temps de course. Je n’ai jamais vu ça », se désole Martine Duclos.

Du côté des capacités cognitives, même constat. Via un test sur ordinateur, chronométré, les élèves devaient relier les lettres de l’alphabet au numéro qui lui est associé : A1, B2, C3 et ainsi de suite. « Les enfants qui n’avaient jamais subi de confinement ont tous terminé l’exercice en temps et en heure. Les autres, pour beaucoup, ne l’ont pas fini. » Au-delà d’un manque de concentration, accentué par les mois à la maison, le Professeur assure une baisse de capacité cognitive d’environ 40 % chez les élèves après confinement. « Les enfants de cet âge sont à une période de leur vie où ils ont besoin de stimulation pour développer les connexions cérébrales. Ils disposent d’une grande plasticité cérébrale, ce qui favorise l’apprentissage. »

Un fort impact socio-économique

Parmi les deux écoles prenant part à l’étude, celle de Vichy est un établissement placé en Zone d’éducation prioritaire (ZEP). Les élèves sont donc en moyenne moins favorisés que dans l’école de Riom. « Dans les niveaux socio-économiques les plus bas, les résultats de cette étude sont pires. C’est un fardeau encore plus élevé », déplore Martine Duclos. Accès à un extérieur, temps de disponibilité des parents, écrans disponibles pour suivre les cours en ligne, nutrition : beaucoup de facteurs expliquent la différence de résultat. « Ceux qui avaient accès à un jardin pendant le confinement, par exemple, bougeaient plus que les autres. »

Une compensation « très incertaine »

Si quelques mois de confinement ont suffi à diminuer les capacités des enfants, il faudra certainement une période plus longue encore pour les recouvrer. « Pour ce qui est du poids, nous espérons qu’ils le perdent progressivement. Pour le reste, la compensation des effets du confinement est très incertaine, alerte la cheffe du service. Il va vraiment falloir stimuler les enfants bien plus, sur le plan physique notamment. » S’il devait y avoir de nouveaux confinements, la cheffe de service de medecine du sport espère que le gouvernement pourra « laisser la possibilité aux enfants d’aller dehors et de faire du sport, que ce soit à l’école ou en club. » Privilégier un retour à l’école lui semble également primordial.

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