Coronavirus COVID 19 : en Auvergne, le thermalisme face à la crise

Après les annonces du président de la République au sujet du confinement lié au coronavirus COVID 19, les exploitants d’établissements thermaux sont encore dans le flou au sujet d’une possible réouverture. En Auvergne, la perspective d’une année blanche aurait de lourdes retombées.
Une curiste arpentant les allées des thermes de Néris-les-Bains, dans l'Allier : une image que les professionnels du thermalisme en Auvergne voudraient bien revoir.
Une curiste arpentant les allées des thermes de Néris-les-Bains, dans l'Allier : une image que les professionnels du thermalisme en Auvergne voudraient bien revoir. © F. LAGUET / MAXPPP
Pour la quatrième fois depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus COVID 19, Emmanuel Macron s’est adressé aux Français le lundi 13 avril, lors d’une allocution télévisée. Le président de la République a déclaré qu'il fallait permettre "au plus grand nombre de retourner travailler [pour] redémarrer notre industrie, nos commerces et nos services". Des discussions auront lieu avec les partenaires sociaux pour établir des règles et protéger les salariés. Il a toutefois mentionné des exceptions : les cafés, restaurants, hôtels, cinémas, théâtres, salles de spectacle et musées. Ces lieux qui accueillent du public resteront fermés après le 11 mai.

Pas d'ouverture avant le 14 juillet ?

Dans cette liste d’établissements qui accueillent du public, pas un mot sur les thermes. Eric Brut, directeur du GIE Auvergne Thermale, indique : « Certains ont vu un message de clarté. Mais il y a beaucoup d’inconnues : un déconfinement à quelle date, dans quelles conditions, à quel rythme…Peut-être que la date du 11 mai est un trompe-l’œil. On n’y voit pas beaucoup d’opportunités pour rouvrir nos établissements. D’autant que les personnes âgées et fragiles devraient rester confinées. Or ce public fragile constitue l’essentiel de notre clientèle ». Il ajoute : « Mi-avril, après un mois de fermeture des thermes, le Conseil National des Etablissements Thermaux a consulté les différents établissements. Il devrait communiquer dans les prochains jours et annoncer qu’une réouverture des thermes est difficile, illusoire, voire dangereuse avant le 14 juillet ». Avec les thermes fermés, c’est toute une économie qui est touchée.

La ville de Vichy pas épargnée

En Auvergne-Rhône-Alpes on compte 24 stations thermales qui accueillent environ 130 000 curistes chaque année. C’est la 3e région thermale de l’hexagone. Avec un chiffre d’affaires annuel de 100 millions d’euros, les thermes ont également des retombées économiques : pas moins de 275 millions d’euros par an. A Vichy, dans l’Allier, le maire de la commune ne cache pas ses inquiétudes. Frédéric Aguilera, élu LR, explique : « Les thermes sont fermés depuis le début de la crise. Cela a des conséquences dramatiques, avec une centaine de personnes au chômage. Mais ce qui est préoccupant c’est que nous  n’avons aucune perspective. La période estivale ne pourra pas être rattrapée cet hiver. Chez nous, le secteur touristique pèse énormément et il va beaucoup souffrir. Vichy ne fera pas exception ».

Les contingences financières

A Châtel-Guyon dans le Puy-de-Dôme, les thermes du XIXe siècle venaient d'être fermés pour laisser place à un nouvel espace de cure flambant neuf de 35 millions d'euros, avec une ouverture prévue fin avril. Un coup dur pour France Thermes, le propriétaire. Sylvain Serafini, PDG de France Thermes, déclare : « Evidemment on décale la montée en puissance de l’activité et le démarrage. Pour nous, ce sont des impacts financiers extrêmement lourds. Comme la plupart des sites français on essaie de négocier avec nos partenaires financiers, de retarder finalement l’endettement et le remboursement que l’on a été obligés de contracter pour financer cette opération ».

Des aides sollicitées

Les établissements thermaux ont placé leur personnel permanent en activité partielle et les saisonniers, qui devaient être embauchés à l’ouverture de la saison, sont pris en charge par un dispositif de chômage. En Auvergne-Rhône-Alpes, le secteur thermal représente 18 000 emplois, dont 2 200 directs. Eric Brut, directeur du GIE Auvergne Thermale, précise : « Certains établissements ont renégocié avec leur banque le report ou l’étalement du remboursement des emprunts. Un certain nombre ont eu recours au prêt garanti par l’Etat, à hauteur de 25 % maximum du chiffre d’affaires de l’année précédente. Mais nos membres ont surtout besoin d’assurer les questions de trésorerie. La Région doit aussi temporairement prendre en charge les projets d’autofinancement ».

Une ouverture espérée

A Bourbon-l'Archambault dans l'Allier, l’ouverture des thermes était prévue le 19 mars. L'établissement est désert comme en plein coeur de l'hiver, avec déjà 500 000 euros de chiffre d'affaires perdus. Pour sauver le reste de la saison, la direction a prévu d'innover, dès que le démarrage sera possible. Benoît Livertout, directeur des thermes de Bourbon-l'Archambault, souligne « On va ouvrir l’après-midi, le soir, à partir de mi-août jusqu’à fin novembre. On ouvre jusqu’à début décembre. On a augmenté de 15 jours la durée d’exploitation. On fait le maximum pour se réorganiser et accueillir les personnes que l’on n’a pas pu recevoir au début de la saison ».

Je ne vois pas qui pourrait tenir à une année blanche

Ouvrir à nouveau cet été, telle est la perspective qui anime les directeurs d’établissements thermaux. Eric Brut conclut : « Je ne vois pas qui pourrait tenir à une année blanche. Le ratio pour les retombées économiques est de 1 à 3. Il n’y a pas un hébergeur, pas un restaurateur qui pourra se relever. Ca va être une zone anesthésiée économiquement ».
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