Coronavirus COVID 19. Le gouffre économique du confinement pour les hôtels et restaurants en Auvergne

Les hôtels-restaurants, bars et brasseries resteront fermés après le 11 mai. Le confinement lié au coronavirus COVID 19 sera prolongé jusqu'à une date encore inconnue. L'heure est grave pour certains établissements en Auvergne. 

Bruno Vesval est propriétaire de l'hôtel-restaurant Les Mouflons à Besse-Saint-Anastaise, dans le Puy-de-Dôme. Et comme beaucoup, il est très impacté par le confinement.
Bruno Vesval est propriétaire de l'hôtel-restaurant Les Mouflons à Besse-Saint-Anastaise, dans le Puy-de-Dôme. Et comme beaucoup, il est très impacté par le confinement. © Les Mouflons
Le bout du tunnel est encore loin pour l'hôtellerie-restauration. Si le déconfinement devrait commencer à partir du 11 mai pour certaines entreprises, pour d'autres comme les bars, brasseries ou restaurants, il sera prolongé. L'épidémie du coronavirus COVID 19 ne sera pas sans conséquence sur les trésoreries et sur la survie de certains établissements en Auvergne. 
 

"Le matin on ouvre pour la saison comme prévu, le soir, on ferme et c'est terminé"

Retour quelques semaines en arrière. Pour Emmanuel Estival, propriétaire du restaurant L'Escale, à Châteauneuf-les-bains, dans le Puy-de-Dôme, la saison avait bien commencé à la fin du mois de février. Le 2 mars, il embauche un cuisinier et deux serveurs. L'ouverture est prévue pour le vendredi 13 mars. "Le matin, on ouvre pour la saison comme prévu, le soir, on ferme et c'est terminé", raconte le propriétaire. Le confinement commence quelques jours plus tard, et le restaurant ne rouvrira pas ses portes. "La situation est vraiment difficile à tenir, si c'était arrivé à la fin du mois d'août ça aurait été moins grave"

Installé depuis 17 ans dans ce petit village de 300 habitants, Emmanuel Estival ne sait pas comment ça va évoluer. "Le problème, c'est qu'on ne sait pas quand on va rouvrir et dans quelles conditions. Je doute que les gens reviennent en masse dans les restaurants. Il y aura la terrasse, mais à l'intérieur, il y aura sûrement moins de monde. On a embauché du personnel pour faire 60 couverts à midi et 60 le soir. Mais si on nous dit de faire la moitié, la rentrée d'argent sera donc moins importante".
En moyenne, le restaurateur fait 190 000 euros de chiffre d'affaires par an, entre le mois de mars et le mois de septembre. "On a des emprunts en cours, et même en faisant des emprunts à taux 0, il faudra les rembourser avec de l'argent qu'on n'a pas. Le jeudi après le début du confinement, ma banque a autorisé le report de mes crédits"
 

"Il faudra attendre 2021 pour reprendre des forces"

En attendant, comme il n'y a pas de boulangerie dans la commune, trois matins par semaine, il va chercher du pain à Loubeyrat, à une vingtaine de minutes de Châteauneuf-les-bains, qu'il vend aux habitants. Et depuis vendredi, il fait de la vente de plats à emporter. "Je vais le faire une fois par semaine, ça fait une toute petite rentrée d'argent, ça permet de garder un lien social et de penser à autre chose", ajoute Emmanuel Estival.
"L'année 2020, on ne fera pas de chiffre d'affaires, il faudra attendre l'automne 2021 pour éventuellement reprendre des forces. Ce qui pourrait nous aider un peu, c'est que l'Etat annule les charges fiscales pour l'année"
  

"Les assurances sont les seules absentes de cette crise dans le pays, on se sent abandonnés"

Si certaines charges ont pu être reportées, les assurances, elles, doivent toujours être payées. "On paie une ligne "perte d'exploitation" mais comme c'est une pandémie, les indemnisations ne rentrent pas dans cette case. On a l'impression d'être roulés dans la farine", termine le restaurateur. 
 
Un sentiment que partage Alain Grégoire, président de l'UMIH (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) sur la région Auvergne-Rhône-Alpes. "Les assurances sont les seules absentes de cette crise dans le pays, on se sent abandonné. Pourtant, il faudrait qu'elles remboursent les charges fixes. On veut que les assurances prennent en compte dans la perte d'exploitation le risque d'épidémie comme elles l'ont fait pour d'autres catastrophes. Si on disparaît, les assurances n'auront plus de clients".
Depuis le 17 mars, il constate une détérioration de la situation dans la filière, et depuis lundi 13 avril, les entrepreneurs sont dans le désarroi le plus complet. "On a fait un sondage, sur les 8 000 entreprises de l'Union, 25 % ont répondu. Sur ces 1 600 réponses, 25 % disent qu'elles ne passeront pas le mois d'avril, indique Alain Grégoire. Ce sont des dizaines de milliers de salariés qui sont actuellement sans travail, et qui seront licenciés. L'heure est grave".
 

Des entrepreneurs en détresse

Depuis le 15 mars, 98 % des hôtels, restaurants, bar, et brasseries sur la région Auvergne-Rhône-Alpes sont fermés. Une grande majorité des entreprises sont des TPE (moins de deux salariés). "On a 12 représentants sur la région et tous reçoivent une centaine d'appels par jour. Des gens qui appellent à l'aide et qui sont en détresse", ajoute Alain Grégoire. 
À la chambre de commerce du Puy-de-Dôme, le président fait le même constat. "Au début, on avait des appels sur des questions pratiques, maintenant, on est devenus une cellule psychologique pour les entrepeneurs", explique Claude Barbin. 
 

"Déjà que la saison hiver a été chaotique avec le manque de neige"

Bruno Vesval est propriétaire de l'hôtel-restaurant Les Mouflons à Besse-Sainte-Anastaise, dans le Puy-de-Dôme. Sans être en détresse, depuis le 15 mars, la situation est difficile pour le propriétaire installé depuis 15 ans. "Physiquement, on est fatigué, et on est perdu avec toutes les annonces, évoque l'hôtelier. Tout a été annulé. Même s'il y a quelques reports de réservations, on est inquiet pour la suite. Déjà que la saison hiver a été chaotique avec le manque de neige"
En moyenne, chaque année, l'hôtel-restaurant fait 500 000 euros de chiffre d'affaires. Chaque mois, il y a 30 000 euros de charges diverses. Depuis le début du confinement, la perte est de 70 % sur le chiffre d'affaire. "On adore notre boulot, mais le gros problème, c'est la trésorerie. J'ai neuf salariés qui sont au chômage, il faudra aussi payer les assurances qui n'ont pas été annulées. J'ai un loyer de 5 000 euros par mois que j'ai pu reporter, mais il faudra bien payer à la fin, et on ne sait pas comment"
 

"Certains ne passeront pas le cap de cette crise"

Une reprise au mois de juillet ? Bruno Vesval n'en est pas sûr. "On ne va pas reprendre tout de suite, ça se fera progressivement. Notre saison est déjà un peu perdue. Il n'y aura pas les touristes étrangers, les personnes âgées se déplaceront moins. On a peur que ce soit une année blanche. J'ai peur pour mon établissement".

"On est les premiers impactés dans cette crise et on sera les derniers à en sortir, explique Alain Grégoire. Certains ne passeront pas le cap de cette crise : il y en a qui se sont endettés pour survivre. C'est dramatique comme situation. Moi, j'ai un petit établissement avec 22 salariés. Quand on va reprendre, je sais déjà qu'on ne repartira pas à 22".

Tous les professionnels du secteur sont unanimes : si la reprise se fait début juillet, la saison estivale sera malgré tout compromise. 
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