Neuf mandats, 55 ans à porter l'écharpe tricolore. Georges Combel est maire du petit village de Cornillac dans la Drôme, depuis mars 1971. L'ancien facteur ne se représentera pas aux prochaines élections municipales de mars 2020. Et il ne souhaite pas désigner son successeur. Portrait.
Dans le petit village de Cornillac, dans la Drôme, 85 habitants, l'écharpe tricolore va changer de mains. Georges Combel, maire depuis 55 ans, ne se représentera pas pour un dixième mandat en mars 2020. "J'arrête", nous a-t-il confié. "A 77 ans bientôt, je tourne la page. J'ai gardé les clés de la mairie pendant 55 ans".
Le secret de sa longévité ? "L'entente avec les gens". Georges Combel est heureux de la bonne ambiance qui a perduré dans ce petit village de la Drôme. "Pas comme dans une des communes d'à-côté, qui change de maire à chaque nouvelle élection".La mairie, c'est ma seconde maison. C'est comme chez moi.
Premier mandat en 1965
Facteur de profession, "ce qui ne lui a pas permis de devenir riche, mais d'être au contact et proche des gens", Georges Combel nous raconte sa première élection. C'était en 1965. A l'époque, le conseil municipal devait compter onze élus. "Le maire est venu me chercher. J'étais très jeune, j'allais avoir 23 ans dans l'année, l'âge minimal requis." Premier mandat pour Georges Combel, en tant que conseiller municipal.Elu maire en 1971
En 1971, la commune comptant désormais moins de 100 habitants, il n'y a plus que neuf conseillers à élire. "Le maire a alors décidé d'enlever les deux plus jeunes de sa liste. On ne comprenait pas pourquoi. On a claqué la porte, et on a monté notre liste avec que des jeunes, et on a été élu".Restait alors à désigner celui qui endosserait l'écharpe tricolore, et s'installerait dans le fauteuil de maire. "On a eu une grande discussion entre nous. Moi, j'avais mon certificat d'études". Et Georges Combel nous confie qu'à ce moment-là, quelqu'un dans le groupe a dit :
Tu parles le plus, tu sauras dire des mensonges, c'est pour toi !
Premier mandat de maire. Huit autres suivront.
Les plus et les moins de la fonction
A la question de savoir ce qu'il a le plus et le moins apprécié dans l'exercice de sa fonction de premier édile, Georges Combel n'évoque quasiment que du positif. "En tant que maire, j'ai eu une vie plus agréable. Dans le sens où j'ai rencontré beaucoup de monde. Je suis allé à Paris..."
Et il évoque la réalisation de grands travaux, dont il se dit "particulièrement fier" : raccordement de toutes les maisons à l'eau potable, l'assainissement, l'enfouissement des lignes électriques, et la voirie avec la réouverture à la circulation de chemins communaux. "Chantiers importants quand on sait que la commune s'étend sur 2000 hectares, avec des petits quartiers de partout".
Désigner un successeur ? Non, je tiens à garder mes amis !
Les combats à venir, selon Georges Combel : "les services publics qui foutent le camp comme la poste, la trésorerie". Des dossiers qu'un autre va gérer. Arrière grand-père depuis quelques jours, "ce qui ne me rajeunit pas", Georges Combel va laisser le fauteuil de maire. Et refuse de désigner son successeur potentiel.
"Je sais que ce n'est pas bien de partir comme cela, sans préparer ma succession. Mais je tiens à garder mes amis à Cornillac. Et puis, c'est trop dur pour moi de dire : faut prendre celui-ci ou celui-là".
L'une de ses deux filles est la secrétaire de mairie. Elle ne veut pas prendre la suite ? "Pour moi elle est la mieux placée. J'aurai bien aimé. Mais elle ne veut pas, elle préfère poursuivre ses permanences. Et puis, il ne faut pas que cela devienne une monarchie quand même !" conclut Georges Combel avec humour.
Dimanche 19 janvier, c'était un dimanche de fête à Cornillac avec l'organisation d'un repas de présentation des voeux. Georges Combel en a profité pour "remercier tout le monde car tout le monde met la main à la pâte dans un petit village comme Cornillac".
A la fin du mois, le maire devrait organiser une dernière réunion publique, "pour informer les jeunes, les mettre au parfum, leur dire qu'être maire, c'est de plus en plus difficile. Une grande responsabilité".
En mars 2020, Georges Combel rendra l'écharpe tricolore. Et pourra s'adonner à la chasse, son plus grand hobby. Ce dont il ne se privait déjà pas. "Faut voir ici comment ça bouge tous les week-ends. C'est pas les gilets jaunes mais les gilets rouges de partout !"