De matelot à capitaine, le bac pro transport fluvial a le vent en poupe

Loin de parcours sup, certains élèves de terminale finalisent au cœur de l'été leur formation. C'est le cas pour les bac pro transport fluvial, la filière méconnue offre pourtant de beaux débouchés.

Dernier jour de cours pour Marwan, Jean-Philippe et Kilian. Ils sont tous les trois en terminale et utilisent un outil pédagogique singulier : une péniche école.
Sous le regard de leur professeur, ils répètent les gestes appris pendant les trois années de bac pro transport fluvial.

Un métier en extérieur

Pour ses futurs navigateurs, la découverte de leur métier se fait dans un cadre privilégié, au fil de l'eau.

Assis aux commandes du bateau, Jean-Philippe Cilue devrait décrocher d'ici peu son diplôme. C'est justement ce cadre de travail qui l'a convaincu. "D’abord, dit-il, c’est la passion d’être sur un bateau et d’avoir un tel paysage qui m'a poussé à choisir cette voie. C’est un métier manuel et ça me va, c’est plaisant d'être en extérieur, le travail avec les coéquipiers aussi," ajoute-t-il.

Sur le pont, muni d'un gilet de sauvetage, Killian Janos, 17 ans, est arrivé dans cette filière, car aucune autre ne l'attirait. "Quand j’étais en seconde, je ne savais pas trop quoi choisir. Je suis arrivé, cela m'a plus assez vite. Aujourd’hui, je suis content, dit-il en désignant les rives, on n'a pas ça dans une salle de classe."

Une formation très complète

La formation mêle théorie et pratique comme le confirme Guillaume Grozannes, leur enseignant. "Tout se fait en situation réelle, comme dans une entreprise. Certains sont en conduite et les autres vont s’occuper des opérations extérieures, comme faire de la peinture ou réparer le bateau. Les taches sont très variées : entretien du bateau, cuisine, chargement et déchargement du bateau, ça, c’est tant qu’ils sont matelots. Après, ils accèdent à l’aptitude de commandement. Mais c'est un métier qui demande beaucoup de temps disponible. Ils travaillent 7 jours sur 7 à l’extérieur. C’est un métier qui demande de l’investissement personnel", précise-t-il.

Des emplois prisés avec de bons salaires

Navigateur fluvial reste une profession méconnue qui peine à attirer les jeunes, pourtant les débouchés sont nombreux. Les emplois y sont bien rémunérés. "Aujourd’hui, explique Patrick Coudray, enseignant en navigation fluviale, la profession est en manque de navigants. Il y a une grosse pénurie dans la profession suite à un changement de réglementation, car depuis 2022, il faut avoir un certain nombre de diplômes pour travailler sur un bateau."

Les jeunes sortent de leur pro en étant "matelot". Dès leur diplôme en poche, ils sont embauchés. Il y en a actuellement trois formations en France, une à Montélimar, une à Strasbourg et une à Paris."Financièrement, ils vont avoir un salaire au-dessus du SMIC, mais attention, le travail est contraignant, précise l'enseignant. Ils seront embarqués en alternance à bord et à terre, sur des rythmes d’une semaine à bord, une semaine à terre ou 15 jours à bord, 15 jours à terre."La profession souffre d'un déficit d’image, on parle beaucoup du transport routier, moins du transport fluvial."Le transport fluvial, au niveau écologique, présente des atouts, ajoute Patrick Coudray, c’est un métier d’avenir. Cela va se développer et on a besoin de monde."

Les salaires s'échelonnent de 1 800 € en début de carrière et jusqu’à 5 000 pour un capitaine. Un grade qui s'obtient seulement quatre ans après la sortie du lycée professionnel.