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Fuite de tritium au Tricastin en 2013: les vrais enjeux du procès

La centrale nucléaire du Tricastin. Photo d'archive. / © France 3 Rhône-Alpes
La centrale nucléaire du Tricastin. Photo d'archive. / © France 3 Rhône-Alpes

Une audience au tribunal de Valence a eu lieu jeudi 7 mars pour connaître l'ampleur de la fuite de tritium en 2013 à la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme). Derrière ce procès, l'ensemble du parc nucléaire français pourrait être concerné.

Par Renaud Gardette

L'audience a duré près de 2h30 à Valence, jeudi 7 mars, avec une très forte présence d'EDF représenté par les 2 directeurs successifs de la centrale du Tricastin, le responsable juridique de l'opérateur et plusieurs ingénieurs.  


Quelle dangerosité du tritium ?


Selon EDF, le tritium serait un élément "inoffensif" pour la santé à faible dose. L'avocat a expliqué à l'audience que 2 ou 3 Becquerels par litre ressemblait à de l'eau pétillante.

Mais Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Criirad, cité par les parties civiles comme témoin, conteste. "Il n'y a pas de seuil d'innocuité en terme de radioactivité. Le tritium présente une dangerosité certaine. L'hydrogène radioactif provoque des dommages à l'ADN même à faible dose."
 

Un retard après la découverte de la fuite ?
  

Le 6 août 2013, EDF a déclaré une fuite de tritium à l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Un incident classé "intéressant" mais sans gravité selon l'opérateur. La fuite venait d’un joint défectueux entre le réacteur numéro 3 et un bâtiment voisin. La découverte a eu lieu quand des employés ont retrouvé des flaques d'eau suspectes dans ce bâtiment. Les joints défectueux ont depuis été changés.

Mais pour le Réseau Sortir du Nucléaire, la fuite de tritium au Tricastin a eu lieu près d'un mois avant, le 8 juillet, ce qui représenterait un grave retard. 

Quant aux causes précises de cette fuite, elles restent encore aujourd'hui inconnues.
 

Quelle pollution à l'extérieur du site ?


EDF a toujours déclaré que la fuite avait été contenue à l'intérieur de l’enceinte géotechnique, c'est-à-dire à l'intérieur de parois en béton de 12 mètres construites sous terre pour enfermer la partie de nappe qui se trouve sous les réacteurs. A l'audience, l'opérateur a confirmé une nouvelle fois que la pollution n'avait pas été en contact avec l'extérieur, la fuite étant restée dans le confinement en béton. 

Mais Bruno Chareyron a précisé que le béton ne peut pas retenir le tritium: de la radioactivité a forcément pu s'échapper, notamment dans les eaux d'irrigation. 

Le tritium est l'un des isotopes de l'hydrogène. Les centrales nucléaires en produisent toutes, en quantité, avec des rejets autorisés selon la réglementation.
 

Quelle pollution réelle ?


EDF a présenté des mesures de 180 Becquerels / litre, au niveau d'un piézomètre (instrument qui mesure la perssion des liquides), le numéro 26.

Or, selon le réseau Sortir du Nucléaire, d'autres piézomètres ont mesuré des taux de radioactivité bien supérieurs, notamment au niveau du radier (la plate-forme de béton sur laquelle repose la centrale): jusqu'à 690 Becquerels / litre. 

La fuite de tritium aurait été pompée par EDF puis rejetée dans un canal pour que la pollution se dilue naturellement. Pour l’OMS l’eau potable devient dangereuse à partir de 10.000 Becquerels / litre, et la norme de qualité est fixée à 100 Becquerels / litre.
 

Un enjeu crucial pour l'ensemble du parc nucléaire français


Selon le réseau Sortir du Nucléaire, l'enjeu serait bien supérieur à un simple évènement anecdotique: "On n'est pas étonnés. Les effets du tritium ont toujours été minimisés par EDF. Car toutes les centrales nucléaires sont concernées. Reconnaître que cette fuite était une pollution, ce serait s'engager à des travaux colossaux pour que tout le tritium soit retenu dans tous les sites français."


Le tribunal de Valence rendra son jugement le 19 mars à 13h30.

 
 

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