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La fin du Hadra Trance Festival à Lans-en-Vercors: ce qu'ils en pensent

La municipalité refuse d'accueillir le festival en 2015. Si aucun lieu n'est trouvé d'ici là, le Hadra pourrait s'arrêter. Une incompréhension pour les organisateurs, une vraie déception pour le public et les bénévoles, mais aussi un sérieux manque à gagner pour les artistes locaux qui exposent.  

Par Raphaëlle Besançon

 / © "Ingratitude,démagogie, appelez ça comme vous voulez, toujours est-il que la nouvelle municipalité ne veux plus de nous!". Benoit Allirol, directeur du festival regrette la décision du maire, Michael Kraemer, qui avait fait de l'arrêt du Hadra Trance Festival un de ses arguments de campagne lors des dernières élections.

Le festival a toujours été bien organisé, "de mieux en mieux même", observent Laurelie et Anaïs, deux inconditionnelles. Des policiers en civil arpentent le site, des bénévoles sont assignés au tri des déchets, à la gestion des parking. L'an passé, le Hadra a même remporté le Greener Festival Award grâce à ses initiatives environnementales.

La mairie et la préfecture bluffées

Lorsque les agents préfectoraux et municipaux -dont le maire en personne- se sont rendus au point sécurité à la veille du festival, tous ont trouvé qu'il n'y avait rien à redire. "Je pense surtout que la municipalité a rejeté le Hadra sans savoir de quoi il s'agissait vraiment, juste en s'appuyant sur l'image qu'ils s'en faisaient, déplore Benoit Allirol, "et maintenant, ils ne peuvent plus faire marche arrière."

Reportage Joëlle Céroni, Jean-Pierre Rivet et Jean-Pierre Ardito
Hadra Trance Festival, dernière édition

Les drogues

La Trance, cette musique électro aux origines indiennes, véhicule une mauvaise image de son public assimilé à une bande de "teufeurs" juste venus pour se droguer. Si tous reconnaissent que des drogues circulent, le discours est souvent le même: il n'y en a pas plus que dans d'autres festivals, beaucoup n'y touche pas et l'état d'esprit reste festif quoiqu'il arrive. Ecstasy, champignons hallucinogènes, cannabis, peut-être, mais pas de drogues comme l'héroïne, l'opium, la méthadone... considérées comme des drogues plus dangereuses. Une bénévole explique: "les gens sont là pour passer un bon moment, pas pour être HS pendant trois jours. En boîte, il y en a qui se butent à l'alcool et personne ne dit rien."

L'amalgame

Le Hadra Trance Festival n'a jamais connu de débordements. Les deux personnes qui sont décédées là-bas en 2012 ne sont pas victimes d'une mauvaise gestion du festival, comme l'explique Benoit Allirol: "l'un s'est suicidé et l'autre est morte d'hypothermie dans la montagne, une semaine après le festival, mais comme on a retrouvé un bracelet Hadra à son poignet, les gens ont fait l'amalgame."

Lieu de fête, lieu d'expo, lieu de vente

Le Hadra, un lieu de fête mais aussi un tremplin. "L'action du Hadra ne se limite pas à organiser ce festival, c'est un collectif qui, toute l'année, organise des événements de musique trance et électro ou une place de choix est accordée aux artistes locaux", vante son directeur.
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C'est aussi l'occasion pour des artistes, des artisans, des commerçants de se lancer. Sarah (en haut à gauche) vient expérimenter son nouveau concept: une caravane sauna ouverte aux festivaliers en journée et une bonne partie de la nuit. Ici, elle espère se faire connaître, trouver une clientèle. Nicolas (en bas à gauche) a déjà trouvé la sienne. Il est perlier de verre filé. Il n'a pas peur que le festival s'arrête car il exerce aussi son activité dans sa propre boutique à Die, mais il est attaché à l'ambiance du Hadra. Il est là depuis la première édition et c'est l'un des deux seuls événements pour lequel il se déplace chaque année en tant qu'artisan. "En général, le public aime bien mes créations mais ici, les gens accrochent complètement. On discute, c'est vraiment agréable. Et puis je suis toujours scotché par les décors, ils sont magnifiques!"

Non loin du stand de Nicolas, assailli par son petit fan club, Séverine (en bas à gauche), créatrice de la marque Fluodélik, vend ses vêtements et pose des plumes dans les cheveux. Elle est venue au Hadra alors qu'elle se lançait dans la création. "Le festival m'a offert une visibilité et ça ne s'est pas arrêté là", se rappelle-t-elle émue. "Les bénévoles ont exposé quelques unes de mes créations lors d'autres événements dans l'année, comme ça, pour m'aider." La jeune femme n'a pas de boutique et si le Hadra s'arrête, son activité est sérieusement menacée. "Au moins, le Hadra Trance a lieu chaque année, c'est sûr. Je voulais me rendre à d'autres événements récemment, mais ils ont été annulés."

Urgent: cherche 20 hectares

La municipalité de Lans-en-Vercors suit la tendance actuelle, malmenant les festivals électro. En 2014, comme le résume Le Monde, deux festivals ont été annulés et deux autres devront trouver un autre lieu pour leur prochaine édition.

Le Hadra Trance a besoin de 20 hectares. Pas évident à trouver. "Et avec un cadre aussi extraordinaire, ça l'est encore moins", admet un bénévole. Situé dans le massif du Vercors, à 1400 mètres d'altitude, le site charme tous les visiteurs.

Jacques Chiron, sénateur de l'Isère, a fait savoir qu'il soutenait le Hadra et ce n'est pas le seul. "Beaucoup de gens, y compris des élus, nous ont manifesté leur soutien", se félicite Benoît, "mais rien n'est encore joué."
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