PORTRAIT. "Ce que je vis maintenant, je ne le vivrai pas deux fois" : Justine Martel, championne de France d'enduro

À l'occasion de la journée du sport féminin, nous avons retrouvé Justine Martel, la Brivadoise couronnée cinq fois championne de France d'enduro. Montée sur une moto à l'âge de 5 ans, elle n'a jamais cessé de progresser dans sa discipline. La jeune femme a les championnats du monde en ligne de mire.

Justine Martel. Ce nom ne vous est peut-être pas inconnu. Il s’agit bien de la championne de France d’enduro 2023. À 28 ans, Justine est cinq fois championne de France de sa discipline et une fois d’Europe. Issue d’une famille dans laquelle son père et ses oncles faisaient de la moto, elle a toujours baigné dedans. À l’âge de 5 ans, elle monte sur l’engin pour la première fois. Et du plus loin qu’elle se souvienne, c’était que du plaisir. "Depuis, ça ne m’a jamais quittée", rie-t-elle

La moto au-dessus des autres sports

Elle s’est essayée à d’autres sports (rugby, foot) mais rien n’a égalé les sensations que lui procure cette discipline. Sur sa moto, ses pensées lui échappent. "

Les sensations que j’ai en modo, je ne les retrouve dans aucun autre sport. C’est un sport individuel, où pendant 7 heures on est seule face à soi-même. C’est moi contre moi et c’est ce qui me plaît. Avec le défi d’être toujours meilleure.

Justine Martel, championne d'enduro

Comme une évidence, à 16 ans, elle passe son permis moto et à 18 ans, dès lors qu’elle a un travail pour financer ses inscriptions, elle commence la compétition. "J’ai commencé par des petites courses de ligues d’Auvergne, puis j’ai été repéré par le motoclub lozérien en 2016. À partir de là, je me suis lancée sur le championnat de France", explique Justine. Si elle se blesse en 2016, impactant ainsi la saison suivante, la sportive ne perd pas de vue ses objectifs. À partir de 2018, elle sera sacrée trois fois championne de France, et en 2021 elle remportera aussi le titre de championne d’Europe.

Son premier titre reste d’ailleurs le plus beau souvenir de sa carrière. "C’est le tout premier titre, je revenais d’une année de blessures, de galères. Et puis j’étais jeune, je faisais des choix de vie et j’étais devenue une sportive de haut niveau. C’était la récompense des sacrifices, de voir que je n’ai pas fait tout ça pour rien", se souvient la jeune femme avec émotion.

Une mentalité de guerrière

Les blessures ont rythmé le début de sa carrière et la saison 2022.

Les blessures, ça fait partie du jeu. Ça m’embête, c’est sûr, mais il faut les accepter. Il faut vraiment avoir beaucoup de mental dans le sport et l’enduro encore plus. C’est très physique, c’est de l’endurance, et il y a souvent des coups durs, des casses mécaniques ou des blessures, qui interfèrent. Il faut être fort dans sa tête.

Justine Martel, championne d'enduro

C’est grâce à cette mentalité de guerrière que Justine Martel intègre l’équipe de France. "C’est une grande fierté de porter le t-shirt bleu, blanc, rouge. On est sélectionné parmi plusieurs sportifs pour représenter son pays, c’est énorme. C’est le résultat de beaucoup de travail et d’investissement, raconte-t-elle, la voix remplie de fierté. Avoir des titres, c'est bien, mais être sélectionné en équipe de France, c’est autre chose. Ça fait partie de l’aboutissement d’un sportif dans une carrière."

La différence femme/homme

Celle qui a connu les remarques sexistes quand elle a commencé l’enduro a aussi un esprit revendicatif. "Au début, c'était compliqué. J’évolue dans un milieu masculin et ma présence était critiquée. Ils disaient qu’une femme n’avait pas sa place en enduro. Mais c’est aussi ce qui a construit ma force mentale. Ça m’a fait grandir, car il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds". Pour elle, une femme a totalement sa place dans cet univers. Elle constate une démocratisation avec une féminisation de la discipline qui lui donne le sourire.

Mais elle le perd rapidement quand elle aborde l’égalité femme/homme dans le milieu du sport ? Ou plutôt l’inégalité. Et c’est quelque chose qui la fait "rager". "On est moins reconnu que les gars : nos contrats sont moins bons, et on n’est pas rémunéré. Pourtant, on a autant, si ce n’est plus, de mérite qu’eux, s’insurge la jeune femme. On ne part pas avec les mêmes avantages (force physique) et pourtant, on fait les mêmes résultats, voire mieux. J’espère que ça va changer, mais pour l’instant ça n’avance pas assez vite." Pour elle, cette différence est "inacceptable".

Parce que s’il y a bien une chose dont elle est sûre, c’est que si sa pratique de l’enduro était rémunérée, elle consacrerait sa vie entière à la moto. Si aujourd’hui, elle est réceptionniste dans un garage automobile, le rêve de faire de la moto à temps plein est présent. "Si j’en avais la possibilité, je le ferais ! Le travail rajoute une charge mentale supplémentaire que la plupart des filles pro n’ont pas, car elles ne travaillent pas. Ça leur facilite la tâche, développe Justine avant de se plonger dans ses pensées. J’aimerais bien avoir au moins une année ou deux à faire que de la moto."

"C’est mon choix, et je ne le regrette pas"

Tout cela n’était pas forcément prévu dans le cheminement de Justine. "Quand j’ai attaqué la compétition, je n’étais pas dans l’optique d’être sportive de haut niveau. À cette époque, je pensais plutôt à m’amuser, à faire la fête et sortir avec mes amis. Mais quand j’ai vu que les résultats commençaient à payer, j’ai commencé à faire des sacrifices. Ce statut de haut niveau, c’est une vie plus stricte, avec beaucoup de concessions. C’est une vie à part, le soir, je vais faire du sport au lieu d’aller voir mes amis. Mais c’est mon choix, et je ne le regrette pas. J’aurais tout le temps, après, de profiter de la vie. Mais ce que je vis maintenant, je ne le vivrai pas deux fois."

Pour cette saison, Justine va essayer de conserver son titre de championne de France. Elle va aussi prendre la route des championnats du monde. "Le sacre de championne du monde, c’est ce qui me manque. Mais je vais déjà viser le podium, ça sera déjà très bien". Un titre mondial qui manque au palmarès déjà très riche de Justine Martel.