VIDEO. Comment, en Auvergne, un conservatoire unique en France vient en aide au saumon sauvage

A Chanteuges, en Haute-Loire, un conservatoire unique en France contribue au renouvellement des saumons. Le saumon sauvage de la rivière Allier est un sportif de haut niveau, capable de parcourir plusieurs milliers de kilomètres pour se nourrir et se reproduire. Mais il est menacé.

Saumon atlantique dans la rivière Allier.
Saumon atlantique dans la rivière Allier. © Stéphane Granzotto

Des jeunes saumons par centaines, tous à peine âgés de 2 petits mois, d'un poids de 0,4 gramme, sont plongés dans le grand bain de la vie. Les eaux de cette rivière Allier devraient être leur berceau mais ne le sont plus vraiment. Car dans ses eaux, il y a bien longtemps, hélas, que le saumon peine à s'y reproduire sans l'intervention de l'homme. Les petits saumons sont nourris 6 fois par jour. La frayère, la nurserie, la pouponnière, a un nom : le conservatoire national du saumon sauvage de Chanteuges, en Haute-Loire. Dans ces bassins remplis d'eau de l'Allier, des saumons adultes s'y reproduisent et des naissances ont lieu. Des centaines de milliers d'alevins y sont élevés. Céline Bérard, directrice du conservatoire national du saumon sauvage de Chanteuges, en Haute-Loire, explique : « Voilà les poissons sauvages que l’on capture à leur retour de migration pour les amener au conservatoire, pour qu’ils se reproduisent. On relâche après leurs enfants et les jeunes alevins dans la rivière. On arrive à faire reproduire les adultes plusieurs fois, contrairement à la rivière, où après la reproduction, ils vont mourir d’épuisement. Car la migration est très longue sur l’Allier. On arrive à les faire reproduire 2 ou 3 fois et comme cela, ils participent encore plus à la sauvegarde de l’espèce ».

Un parcours du combattant

Elle ajoute : « On sait que ces saumons sont des poissons de l’Allier par leur taille et leur capacité. Ils ont cette taille d’1 mètre et pèsent en moyenne 5-6 kg, pour pouvoir faire ce grand parcours en rivière. Des saumons d’autres souches ne seraient pas capables de venir jusqu’ici sur le haut de la rivière pour se reproduire ».  Malgré toute sa bonne volonté et ses capacités physiques hors normes, c'est un parcours du combattant auquel est confronté le saumon sauvage de l'Allier : il s’agit de franchir pas moins de 15 barrages avant de regagner l'océan et d'aller se nourrir dans les eaux du Groenland, pendant 2 à 3 ans.

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Haute-Loire : comment le conservatoire national du saumon sauvage met tout en oeuvre pour préserver cette espèce unique


 

Des milliers de kilomètres parcourus

Le saumon parcourt des milliers de kilomètres pour revenir se reproduire dans ces eaux qui l'ont vu naître. Cette année, seuls 250 saumons ont pu être capturés au pont-barrage de Vichy. Céline Bérard poursuit : « Cette année est une année où on compte le moins de poissons sauvages qui remontent au niveau de Vichy. Cela s’explique par différents phénomènes, que ce soit au niveau de l’hygrométrie, la température de l’eau qui augmente à cause du réchauffement climatique. Le saumon est un poisson d’eau froide donc il est friand en oxygène. Que ce soit l’augmentation de la température ou la pollution, ça réduit l’oxygène dans l’eau, donc c’est problématique pour lui. A cela s’ajoutent des problèmes de continuité écologique, de passage, pour remonter la rivière ou la descendre au niveau des barrages. On a aussi tous les équilibres entre tous les différents prédateurs dans la rivière, notamment avec l’apparition et le développement du silure : à ce sujet, on est très inquiets de l’évolution de la situation ».
 

   

             La part de ceux qui vont survivre est infime 

Cette année, entre les mois de mai et juin, pendant 3 semaines, 300 000 alevins ont été déversés dans l'Allier. Ce jour-là à Chilhac dans le Haut-Allier, le berceau originel du saumon sauvage endémique, 1 500 alevins sont mis à l’eau. Fabrice Flandin, pisciculteur au conservatoire national du saumon sauvage, indique : « Ils se préservent un peu du courant. Ils vont essayer de s’acclimater doucement, pour ne pas se faire emporter trop rapidement par le courant. Ils se mettent derrière les pierres pour se protéger un peu. Ils vont chercher à s’alimenter petit à petit et ils vont grossir. La part de ceux qui vont survivre est infime, elle est de l’ordre de 1 ou 2 %. C’est minime, mais c’est le jeu. On sait que dans la nature c’est comme ça. On ne fait que renforcer cette nature qui est bouleversée par les causes humaines ».

Selon les cas, les alevins resteront 1 ou 2 ans dans ces eaux où la pêche aux saumons est interdite depuis plus de 20 ans. Pour ces jeunes saumons devenus adolescents, viendra ensuite le temps de la grande migration : 12 000 kilomètres entre eau salée et eau douce, la grande odyssée semée d'embûches d'un poisson hors du commun qui force le respect.

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