Abus sexuels dans l'Eglise : "J'avais une tendance à l'autodestruction", témoigne Pierre-Marie, abusé par un prêtre en Haute-Savoie

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Écrit par Margot Desmas avec Ingrid Pernet-Duparc
Pierre-Marie Périllat a été abusé par un prêtre au petit séminaire de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) lorsqu'il était enfant.
Pierre-Marie Périllat a été abusé par un prêtre au petit séminaire de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) lorsqu'il était enfant. © France 3

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) a révélé dans son rapport que 216 000 personnes ont été abusées sexuellement par des religieux depuis les années 1950. Parmi elles, Pierre-Marie Périllat a subi des attouchements lorsqu'il était enfant.

Il avait 12 ans lorsqu'il a été abusé par un prêtre au petit séminaire à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie. Pierre-Marie Perrillat-Bottonex venait tout juste d'intégrer l'internat lorsqu'un prêtre a abusé de lui. Il a subi ces violences pendant plus d'un an et n'a pu en parler qu'une trentaine d'années plus tard.

"J'ai été abusé par un prêtre qui était en autorité dans cet établissement puisque c'était le directeur. Il abusait régulièrement de jeunes élèves. J'ai subi des attouchements. Je l'ai très mal vécu, donc j'ai essayé d'en parler à la personne qui m'aimait le plus à ce moment, ma maman. Pour elle, c'était inaudible", se souvient-il.

Un cheminement loin d'être isolé pour les enfants victimes d'abus sexuels dans l'Eglise. Michel Henry, diacre et responsable de la cellule d'accueil du diocèse d'Annecy, parle de "double peine""Un enfant qui en parlait à ses parents était très rarement cru et parfois puni pour avoir osé mettre en accusation le prêtre", explique-t-il.

Pierre-Marie, lui, est resté dans le déni après une lente descente aux enfers. "Ce qui m'a bouleversé, c'est que cet homme était devenu évêque. Ca m'a révolté contre l'Eglise. Il ne fallait plus m'en parler. Ca m'a aussi fait tomber dans l'alcool parce que j'avais une tendance à l'autodestruction. On avait abusé de moi, j'abusais de moi", raconte le Haut-Savoyard.

Un rapport "salvateur"

Il quitte sa région à 27 ans, lorsqu'il rencontre son épouse. Toujours dans le déni, Pierre-Marie ne raconte à personne ce qu'il a subi étant adolescent, jusqu'à une messe en 2003 où il voit un prêtre s'agenouiller et demander pardon aux victimes de l'Eglise. "C'est comme s'il me le demandait à moi personnellement devant tout le monde. A partir de ce jour, j'ai été libéré." Depuis, il a témoigné et participé activement au rapport Sauvé. Selon cette enquête, 216 000 personnes ont été victimes d'abus sexuels par un membre du clergé depuis 1950.

"Ce rapport est salvateur pour les victimes et pour l'Eglise. Elle va être obligée de se passer au crible, de se poser des questions, se remettre en cause et de changer", estime Pierre-Marie Perrillat. La publication du rapport a fait l'effet d'un électrochoc à certaines victimes. Vingt personnes ont contacté la cellule d'écoute du diocèse d'Annecy en 5 ans d'existence, dont sept depuis sa publication, il y a un mois.

"Le fait de pouvoir témoigner, dans la quasi-totalité des cas, permet de libérer la personne et d'avancer sur un chemin de reconstruction", affirme Michel Henry qui accompagne les victimes en les écoutant, mais aussi en les aidant dans leur démarche judiciaire lorsque les faits ne sont pas prescrits. Libérer toutes les paroles pour avancer, c'est aussi le credo de Pierre-Marie. Aujourd'hui âgé de 68 ans, il tente d'accompagner les autres victimes qui ont subi les mêmes violences que lui.

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