L'écrivain Michel Butor s'est éteint à l'hôpital de Contamine-sur-Arve, en Haute-Savoie

Michel Butor / © AFP
Michel Butor / © AFP

"Ecrire c'est détruire les barrières", affirmait l'écrivain, poète et essayiste Michel Butor, dernière grande figure du Nouveau Roman, décédé à l'âge de 89 ans, laissant derrière lui une oeuvre prolixe et inclassable toujours étudiée en France comme à l'étranger.

Par AFP

L'écrivain qui n'avait jamais cessé d'écrire et de publier s'est éteint à l'hôpital de Contamine-sur-Arve (Haute-Savoie), mercredi 24 août.

Les débuts du Nouveau Roman

Au milieu des années 50, aux côtés d'auteurs comme Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Claude Simon, tous publiés aux éditions de Minuit, Michel Butor tente de casser les codes de la littérature traditionnelle. L'intrigue perd de son importance au profit de tout ce qui entoure l'histoire principale. Un mouvement littéraire, surnommé le Nouveau Roman, est né.

"Figure du Nouveau Roman, il n'aura jamais cessé d'expérimenter diverses formes d'écriture, souvent dans le dialogue avec d'autres arts, toujours avec le même esprit de liberté et de découverte", écrit François Hollande dans un communiqué où il rend hommage à ce "grand explorateur de la littérature".

Une oeuvre inclassable

L'oeuvre de Michel Butor, prix Renaudot en 1957 pour "La Modification", était immense et inclassable, allant bien au-delà des seuls quatre romans qu'il ait jamais écrits, le dernier en 1960.
 
Dans "La Modification", il emploie notamment la deuxième personne du pluriel, un procédé stylistique qui force le lecteur à s'impliquer dans le récit et sera beaucoup imité.

Poète, essayiste, il était familier de Baudelaire, Rimbaud, Balzac et venait de publier une anthologie de Victor Hugo qu'il considérait comme "un oncle" qui "m'a mis la main sur l'épaule et m'a beaucoup aidé pendant toute ma vie parce qu'il a pratiqué des formes très variées d'écriture".

Outre la littérature, il était tout aussi passionné par la musique et la peinture. Il avait notamment publié de nombreux livres d'artistes dont Alechinsky ou Jiri Kolar. Fasciné par les langues, il s'est également essayé à la traduction.

En 2006, la Bibliothèque nationale de France lui avait consacré une exposition baptisée "L'écriture nomade".

L'expérimentateur de la littérature

Né le 14 septembre 1926 à Mons-en-Baroeul (Nord), il fut tout autant écrivain que professeur. Il a sillonné les continents donnant en Europe, aux Etats-Unis, en Asie ou en Australie de multiples cours et conférences, qui seront réunis en plusieurs séries de recueils. De ces incessants va-et-vient naît une oeuvre protéiforme et abondante, qui compte plus de mille titres (toujours en cours de publication aux Editions de la Différence). Il restera comme l'un des plus grands expérimentateurs de la littérature. Des écrivains, comme le prix Nobel Jean-Gustave Le Clézio, se sont inspirés de son oeuvre.

En 2013, il avait reçu le grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre.

"Il faut lire et relire Butor, l'écouter encore, toujours. Dans son art de la mise à distance, dans sa jubilation littéraire, dans son goût pour une +écriture nomade+ et l'objet livre", a réagi la présidente de la BnF, Laurence Engel. L'écrivain avait confié une partie de sa correspondance, de ses manuscrits, des livres qui lui étaient chers à la BnF.

Interrogé par le magazine Lire en juin dernier, l'écrivain confiait avoir "plusieurs livres d'artistes en gestation". "J'ai envie de raconter l'histoire de Jack et le Haricot magique à ma manière. Et un autre texte pour un concert avec un ami pianiste, Jean-François Heisser", le directeur musical de l'orchestre Poitou-Charentes, disait-il.

Parmi ses titres les plus marquants de ces dernières années, il y a "Description de San Marco" (à propos de Venise), "Portrait de l'artiste en jeune singe", un ensemble d'essais baptisé "Répertoire", où il se penche notamment sur La Princesse de Clèves, Rabelais, un de ses auteurs de prédilection, mais aussi Ezra Pound, Chateaubriand, Giacometti, Hokusaï et les paysages japonais.

En 1996, il confiait à Libération: "Mes livres ont, je le vois bien, un côté médusant; les gens ont peur de rentrer dans ce labyrinthe de plus en plus énorme. Moi-même, j'ai du mal à les ranger, je ne parviens pas toujours à m'y orienter".

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