Grenoble : "On veut juste travailler dans des conditions qui nous permettent de soigner", les soignants à bout se mobilisent

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Écrit par J.M avec Daniel Despin

Neuf syndicats et collectifs hospitaliers appellent, ce mardi 7 juin, à une mobilisation pour dénoncer leurs conditions de travail et réclamer une hausse de salaire. A Grenoble, des centaines de soignants étaient réunis pour cette mobilisation.

Fermeture de lits, manque de personnel, suractivité… Les personnels hospitaliers sont à bout. C’est pourquoi, à quelques jours du premier tour des élections législatives, neuf syndicats et collectifs hospitaliers ont appelé à une mobilisation nationale. Ils réclament principalement des hausses de salaire et davantage de recrutement. Devant les urgences de Grenoble, ils étaient plusieurs centaines à s’être réunis.

Conditions de travail dégradées

À Grenoble, ils déplorent l'inefficacité de la loi Segur, mais aussi les trop nombreuses fermetures de lits et des conditions de travail qui ne leur permettent pas de pratiquer leurs métiers convenablement. Ils décrivent une situation très critique avec plus de 120 lits fermés sur l’ensemble de l’hôpital, conséquence de la pénurie du personnel médical. "Nous sommes 29 temps pleins pour 52 postes nécessaires aux urgences et au Samu. Il est courant d’accueillir une centaine de patients la nuit avec seulement 3 médecins de garde. Dans ces conditions, beaucoup d’entre nous préfèrent quitter l’hôpital. Rien qu’au mois de mai, 15 de nos collègues ont démissionné", a confié un médecin démissionnaire à France 3 Alpes. "Au CHU Grenoble Alpes, 33% du personnel médical a quitté l’établissement ces derniers mois, les nouvelles embauches n’équilibrent pas ces départs", ajoute la CGT. Et ça ne s’arrête pas là, Sara, soignante syndiquée à la CGT confie que "de plus en plus au niveau syndical, on reçoit des appels et des courriers pour nous demander comment démissionner et comment se mettre en disponibilité. Ça devient une fuite, c’est une hémorragie, on est presque à l’arrêt."

Ce que réclament ces soignants aujourd’hui : travailler dans des conditions qui leur permettent de soigner. "La demande essentielle est très simple, on demande une réouverture des lits avec les professionnels qu’il faut pour les prendre en charge convenablement. On ne veut plus avoir des ratios soignants/patients trop élevés. Il y a des études qui montrent que plus on augmente le ratio soignants/patients, c’est-à-dire plus de patients pour un binôme de soignants par exemple, plus il y a de risques pour les patients. On demande juste à travailler dans des conditions de travail qui nous permettent de soigner."

Ne pas passer à côté de l'urgence vitale

Une situation qui fait craindre aux soignants un éventuel tri des patients. Une infirmière de l’hôpital de Saint-Egrève ajoute : "Il faut que tout le monde puisse aller aux urgences, il ne faut pas qu’il y ait un tri. Le problème de ce tri, c’est que l’on passe à côté de l’urgence vitale, et si l’on passe à côté de l’urgence vitale, c’est que l’on est défaillant. On ne peut pas se permettre ça. La réponse est que l’on va trier les patients."

Dans la région, d’autres hôpitaux sont concernés. Les syndicats dénoncent une situation tendue au CH de Voiron où les urgences sont fermées la nuit du vendredi au dimanche. Ailleurs, les services sont dégradés comme à Vienne, Rives, Saint-Egrève ou encore Chambéry où une mobilisation doit avoir lieu ce mardi à 14 heures.

"Mission flash"

Pour pallier cette situation, mais surtout "apporter une solution avant l’été", Emmanuel Macron a annoncé mardi dernier, lors d’un déplacement à l’hôpital de Cherbourg, la mise en place d’une "mission flash" visant à répondre à la crise des urgences. Il s’agit d’une mission d’un mois pour dresser le bilan au sein des urgences et ainsi "apporter dès cet été des réponses très fortes pour pallier le manque".

Une mesure inutile et dangereuse pour Michel Soulie, infirmier à l'hôpital psychiatrique de Saint-Egrève et membre de la CGT, "parce que toutes les données, le gouvernement les a. Il suffit d’ouvrir les tiroirs pour en trouver plein. Il y a eu une mission d’information parlementaire, il suffit de la reprendre. Puis il suffit de nous entendre aussi. On n’arrête pas de le dire. Aujourd’hui, on assiste à l’effondrement de l’hôpital public et il faut croiser les doigts pour qu’ils ne se passent rien de grave". Avant d’ajouter : "Ca fait 30 ans que l’on prévient, on alerte, on crie, on manifeste, on rencontre. Les gouvernements se sont succédé et rien n’a changé."

En France, 120 services d’urgences "au bord de la rupture" sont concernés. D'autres actions sont annoncées, souvent devant les hôpitaux, à Marseille, Nantes et Toulouse, mais aussi dans de plus petites localités comme Aurillac et Epernay.