"Il faut clairement changer de vision" : un rapport de la Cour des comptes étrille la gestion des stations de ski face au changement climatique

Dans un rapport publié ce mardi 6 février, la Cour des comptes étrille le gouvernement pour ses politiques d'adaptation au changement climatique jugées insuffisantes. Sans transformation majeure du mode de fonctionnement des stations de sports d'hiver, déjà menacées, seules quelques-unes pourraient subsister au-delà de 2050.

Pourra-t-on encore skier en France à l'horizon 2050 ? Rien n'est moins sûr. À quelques jours des vacances d'hiver, la Cour des comptes a alerté, ce mardi 6 février, sur le modèle économique du ski français "à bout de souffle" et dont les politiques d'adaptation face au changement climatique "restent en deçà des enjeux".

Deuxième destination mondiale pour le tourisme hivernal, la France se classe juste derrière les États-Unis. À l'échelle de l'Hexagone, le tourisme montagnard représente 22,4 % des nuitées touristiques.

"À compter des années 2000, la diminution de l'activité ski et l'inadaptation croissante du patrimoine immobilier des stations ont commencé à fragiliser l'équilibre financier des remontées mécaniques et l'économie locale qui en découle pour partie, avance la Cour des comptes. Un phénomène accentué par le changement climatique."

La neige, une solution non durable

Selon le rapport, "toutes les stations de ski seront plus ou moins touchées à l'horizon de 2050" et seules "quelques stations pourraient espérer poursuivre une exploitation au-delà de cette échéance". Mais pour l'heure, "les politiques d'adaptation menées par les acteurs de la montagne reposent essentiellement sur la production de neige", qui a "un effet à court terme", car "son coût est important et son efficacité tend à se réduire avec la hausse des températures".

Sans oublier "l'impact de la production de neige sur les ressources en eau", qui paraît "sous-estimé dans de nombreux territoires", souligne le rapport. Ce dernier estime qu'"il serait nécessaire que les autorisations de prélèvement d'eau destinées à la production de neige tiennent davantage compte des prospectives climatiques".

Les stations doivent envisager un autre mode de fonctionnement, basé sur "de vrais projets", et "se projeter sur les 20, 30 années futures". "La production de neige reste une solution à courte période, mais pas sur une longue durée", a expliqué à la presse Bernard Lejeune, président de la Chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes.

Trouver un modèle "quatre saisons"

La Cour des comptes estime que les actions de diversification d'activités "sont rarement adossées à un véritable projet""Réalisées au fil de l'eau, elles tendent souvent à reproduire le modèle du ski, fondé sur des investissements importants et une forte fréquentation sans plan d'affaires permettant d'établir leur pertinence économique" et "les initiatives des collectivités territoriales, sont peu coordonnées entre elles".

Il faut très clairement changer de vision.

Pierre Moscovici, le président de la Cour des comptes.

La planification écologique de l'État, "peu opérationnelle pour le secteur touristique en montagne", selon le rapport, "ne permet pas d'impulser une réelle dynamique de changement". "Une réorientation fondamentale de la dépense publique en fonction de la réalité climatique et économique de chaque territoire doit être envisagée", précise la Cour des comptes.

"Il faut très clairement changer de vision, mettre en place une nouvelle gouvernance, élargir la focale, trouver des ressources - car il faut quelque 92 millions par an d'investissement qui ne sont pas tous des investissements dans la production de neige - pour arriver à un modèle plus diversifié, qui soit un modèle "quatre saisons" et pour tout type de station", a expliqué à la presse Pierre Moscovici, le président de la Cour des comptes.

"Il ne s'agit pas de condamner"

Parmi les leviers évoqués par Pierre Moscovici : les prix des remontées mécaniques, qui "sont chers mais moins chers que dans d'autres grands pays de ski" et les taxes qui "sont assez basses". "Il ne s'agit pas de condamner, il s'agit de connaître la situation pour pouvoir réagir plus vite", a-t-il ajouté, rappelant que le rapport "est soumis à contradiction, nous sommes bien conscients de la réaction que cela peut provoquer".

Les Domaines skiables de France (DSF) accusent la Cour de "formulations généralistes" qui "renvoient à une formulation grossière voire tapageuse de l'analyse", dans leur réponse publiée dans le rapport. Si les DSF reconnaissent que le changement climatique "assombrit" l'avenir des stations de montagne, elles jugent aussi qu'"il en existe de nombreuses autres dont les marchés, la santé financière, les perspectives d'enneigement et les stratégies donnent confiance en l'avenir".

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