"Travailler sur cet instrument était un rêve" : le violon le plus célèbre du monde analysé par les scientifiques du Synchrotron de Grenoble

Pendant deux jours, les scientifiques du Synchrotron de Grenoble ont analysé l'un des violons les plus célèbres du monde, "Il Cannone". L'objectif, en examiner les moindres détails pour permettre sa conservation.

Ils ont travaillé jour et nuit ce week-end des 9 et 10 mars. Les scientifiques du Synchrotron de Grenoble ont analysé l’un des violons les plus célèbres du monde, l'emblématique violon "Il Cannone", aux rayons X. Un violon qui compte parmi les plus importants de l’histoire de la musique occidentale.

La ville de Gênes, où est conservé l’instrument depuis 1851, et le concours international de violon Premio Paganini ont souhaité mettre en place un programme de recherche avec l’ESRF de Grenoble (European Synchrotron radiation facility) pour mieux comprendre l’état de conservation du violon et permettre sa mise en valeur. 

Un réel défi pour les scientifiques 

"Il s’agit d’un événement exceptionnel dans lequel la culture et la science, l'histoire et la musique se rencontrent, s'entrelacent, autour du violon le plus célèbre du monde. Un instrument que Paganini lui-même a voulu confier à notre ville pour qu'il soit perpétuellement préservé. Nous continuons à œuvrer pour la conservation de 'Il Cannone' et, en même temps, pour sa mise en valeur", confie Marco Bucci, le maire de Gênes. 

Un défi pour les scientifiques de Grenoble qui ont œuvré pendant 48 heures à analyser les moindres détails de l’instrument. "Travailler sur ce violon était une sorte de rêve. La ligne de lumière BM18 peut être considérée comme le meilleur endroit au monde pour mener une telle expérience. Nous avons dû relever quelques défis logistiques et techniques, mais l'équipe de l'ESRF a fait un travail incroyable pour faire de ce rêve une réalité", déclare Paul Tafforeau, scientifique à l'ESRF, responsable de la ligne BM18.

Un violon de plus de deux siècles 

Fabriqué en 1743 par le luthier Bartoloméo Giuseppe Guarneri, le violon avait été confié à la ville de Gênes un siècle plus tard par Niccolò Paganini, célèbre violoniste, "afin qu'il soit perpétuellement préservé". 

Depuis, jouer de ce précieux instrument relève du privilège. Il n’est utilisé que tous les deux ans par le lauréat du concours international de violon Premio Paganini, qui a lieu à Gênes.

Une technologie non-destructive 

Alors pour analyser l’objet sans l’abîmer, il a fallu être consciencieux. Les scientifiques du Synchrotron ont utilisé une technique développée initialement en paléontologie : la micro-tomographie à rayons X sur la nouvelle ligne de lumière BM18 de l'ESRF. Il s’agit de reconstruire l’image du violon en 3D, jusqu’au niveau de la structure cellulaire du bois, pour ensuite zoomer dans le violon jusqu’à l’échelle micrométrique et en examiner les moindres détails.

"Les recherches micro-tomographiques entreprises à l'ESRF représentent l'un des événements les plus importants de la seconde vie de 'Il Cannone' ; pour nous, conservateurs, travailler avec une telle équipe de scientifiques et avec un équipement aussi fantastique est une expérience inoubliable. C'est un point de départ pour une meilleure compréhension de ce violon unique mais encore mystérieux", ont déclaré Bruce Carlson et Alberto Giordano, conservateurs du violon "Il Cannone".

Avec cette technique, les scientifiques ont analysé l’état de conservation du violon et ont pu réaliser une représentation précise des détails de la structure de l’instrument. Ils ont pu faire une cartographie complète de toutes les réparations effectuées par des luthiers dans le passé. 

Travailler sur des instruments beaucoup plus grands

Cette expérience représente une avancée pour le monde scientifique, mais également pour le monde de la culture.  

"Cette expérience fantastique, à la croisée de la science, de la musique et de l’histoire, ouvre de nouvelles possibilités pour étudier la conservation d'instruments de musique anciens d'intérêt culturel", explique Luigi Paolasini, scientifique à l'ESRF et chef de projet.

D’ici quelques mois, les scientifiques du Synchrotron confient qu’ils pourront travailler sur des instruments beaucoup plus grands pouvant aller jusqu’à la taille d’une contrebasse.