TEMOIGNAGE. De plus en plus nombreux, ces mineurs étrangers qui se retrouvent à la rue en Isère

Publié le Mis à jour le
Écrit par YG avec Céline Aubert-Egret.

Les mineurs étrangers sont de plus en plus nombreux en France. En Isère, leur nombre a été multiplié par 10 en 3 ans. Le département de l'Isère fait partie des 3 départements de France qui en accueillent le plus, mais beaucoup d'entre eux ne sont pas pris en charge, et se retrouvent à la rue.

La journée de Souleymane (prénom modifié) débute, comme celle de la plupart des jeunes migrants à Grenoble, au petit déjeuner du Secours Catholique. Tous les matins l’adolescent vient prendre une boisson chaude, échanger, prendre des tickets de transport.



"Je suis né le 15 mai 2003 à Conakry dans la région de Basse-Guinée… Mon papa était paralysé c'est ma maman qui prenait soin de nous... En 2014 elle est décédée du virus Ebola. »



La famille de Souleymane est dès lors mise à l’écart, par peur de la maladie. Le garçon est ensuite recueilli par sa belle-mère, puis sa tante. Mais très vite il est forcé de partir.





Son zodiaque a coulé en Méditerranée





Avant d'arriver par hasard à Grenoble, Souleymane est passé par l'Algérie, puis la Libye. Au cours de son périple il a été battu, exploité, volé. Le zodiaque sur lequel il est monté pour se rendre en Italie a coulé. Une quinzaine de passagers sont morts. C'est par chance qu'il a échappé à la noyade.



En janvier il débarque en France, en train. D’abord à Cannes, puis à Marseille, Lyon et finalement Grenoble, par pur hasard. Rapidement il est pris en charge par le département, mais il ne sera pas évalué comme mineur par l’institution. Alors que Souleymane affirme avoir 15 ans.



Comme lui, nombreux sont les jeunes migrants qui ne sont pas reconnus comme tels.



Pourtant le Département de l’Isère fait partie des départements français qui les prennent le plus en charge. Ils sont tous accueillis, et mis à l’abri dans des familles d’hébergement. C’est ensuite que les choses se compliquent. Seuls 40% sont reconnus mineurs isolés et peuvent alors bénéficier de l’Aide à l’Enfance.





Le nombre de mineurs étrangers a explosé





C’est que l’évaluation est complexe pour ces jeunes qui arrivent sans papiers. Certains mentent sur leur âge, d’autres sur leur parcours, d’autres encore ont en fait leur famille en France.



En trois ans, le nombre de mineurs est passé de 150 par an à 2300. Le nombre des arrivées a été multiplié par dix. Le budget du Conseil Départemental concernant la protection à l’enfance a lui aussi été multiplié par dix, jusqu’à atteindre 14,2 millions d’euros pour 2018. 



Le Département interpelle le gouvernement. En février une commission a débuté, mais elle n’est pas censée interférer avec la Loi sur l’Asile et l’Immigration discutée en ce moment à l’Assemblée.



Du reste, le projet de loi n’évoque pas directement le cas des mineurs isolés. Seuls points inscrits, le regroupement familial des fratries, et l’obligation de garder un jeune majeur en contrat d’apprentissage.



Le Département de l’Isère souhaite que l’Etat s’occupe de ces jeunes dès leur arrivée, et prendre le relai après leur évaluation. Il demande également la création d’un fichier biométrique national, d’une grille d’évaluation et l’harmonisation des pratiques dans tous les départements.







Sans les associations, ils seraient livrés à eux-même





Au Secours Catholique de Grenoble aussi, on est dépassé par les événements. Quatre personnes ont été dévolues à plein temps pour s’occuper de ces jeunes non reconnus mineurs. Elles accompagnent une soixantaine de cas.



Sans cette structure et son réseau associatif, ils seraient livrés à eux-mêmes. Souleymane bénéficie ainsi de l’aide de La Cimade, une association militante qui soutient les migrants dans leurs démarches juridiques.



Dans quelques jours il va passer devant un juge pour enfant et tenter de faire reconnaître sa minorité.



En attendant il passe ses journées aux 3amie, une école qui donne des cours de Français, de Maths, d’Informatique. 3amie a été créée il y a un an pour éviter aux jeunes de traîner dehors, leur donner une chance d’apprendre la langue et de s’intégrer un jour.



Car la situation est explosive. Le Département pointe le profil de plus en plus délinquant de ces jeunes. Beaucoup deviennent des proies pour les réseaux de traite humaine et de prostitution.





"moi je mange pas, je dors pas bien"





A midi, Souleymane se rend au Restos du Cœur, puis il retourne au Secours Catholique pour savoir où il va être hébergé. Il n’y a pas beaucoup de solutions, le Centre spirituel Saint-Hugues à Biviers, le 115, quelques familles… Régulièrement il doit dormir dehors.



"Quand je vois les jeunes Français qui ont le même âge que moi, ils ne dorment pas dans la rue, ils mangent bien... » confie le garçon.



« Moi je mange pas, je dors pas bien, je veux aller à l'école et je n'ai pas accès à l'école, je veux faire une formation de métier et je ne peux pas. Je me dis pourquoi moi, c'est injuste quand même, c'est injuste."



Le Secours Catholique a interpellé les députés isérois sur la question des mineurs isolés. Six d'entre eux ont répondu à l'appel. Un amendement pourrait être déposé à l'Assemblée. Mais rien n’est sûr.



Intervenants : Souleymane , mineur isolé originaire de Guinée - Françoise Bouchaud, bénévole à La Cimade, spécialisée dans les mineurs isolés - Sandrine Martin-Grand, vice-présidente au CD de l'Isère en charge de l'Aide à l'Enfance. Reportage : Céline Aubert – Nathalie Rapuc - Eric Achard.




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