Loire : des opposants à l’éolien industriel dénoncent des projets d’implantation devant la justice

Des associations et un collectif d’opposants à l’éolien industriel sont vent debout contre l’implantation de projets éoliens dans la Loire. Ce mardi 4 mai 2021, la Cour d'appel administrative de Lyon examinait six dossiers éoliens. Trois d’entre eux concernent la Loire.

Le projet de parcs éoliens dans la Loire ne plaît pas du tout aux opposants. Ils ont saisi la justice. Une audience s’est tenue ce mardi 4 mai 2021 devant la Cour d'appel administrative de Lyon. Les trois dossiers ligériens dénonçaient les permis de construire des parcs éoliens, à Doizieux dans le Pilat, à la Tulière-Cherier, dans le Pays d'Urfé et au Col de la Loge, dans le Haut-Forez.

Les militants des associations anti-éoliennes Vent du Haut-Forez, APPE Gumières, Nos Villages ne sont pas à vendre (Vollore-Montagne) et du Collectif Zeroeol42, se sont déplacés devant la Cour administrative de Lyon. Ces opposants ont déployé leurs banderoles et distribué des tracts aux passants. Ils dénoncent le projet d’implantation de parcs éoliens sur leurs territoires.

''Mini énergie Maxi dégâts''

Les opposants sont très remontés. Leurs arguments ne manquent pas: défiguration des paysages, nuisances sonores et décisions politiques insensées.

''La plus grande vigilance est de rigueur face à ce qui se révèle être une imposture énergétique et écologique. Les risques sanitaires consécutifs à de telles installations industrielles qui génèrent des nuisances sonores et infrasonores sont avérés, tout cela pour une production énergétique dérisoire qui ne correspond à aucun des objectifs de la transition écologique. Dans ce domaine, seule la course à des subventions publiques démesurées incite au démarchage intensif'' dénoncent les opposants.

Le schéma éolien dans la Loire

Les projets éoliens dans la Loire ne datent pas d’hier. En 2010, le Préfet de l’époque, Pierre Soubelet avait signé un document concernant le schéma éolien dans la Loire. Les enjeux des énergies renouvelables, la cartographie des sites à fort potentiel de vent et les sites protégés y était alors exposés.
Mais le délai de réalisation est souvent long. Les procédures durent en moyenne entre deux et dix ans.
C’est le cas par exemple dans le Pays d’Urfé à La Tulière-Cherier. Le projet est d’implanter neuf éoliennes de 100 mètres de hauteur. La préfecture de la Loire avait refusé à la société EDPR (Monts de la Madeleine énergie) l’autorisation d’exploiter. Mais entre temps, le défrichement, lui, avait été autorisé... Le recours contre le permis de construire a été présenté ce mardi 4 mai devant la Cour d'appel administrative de Lyon.

Concernant Doizieux, le projet est dans les cartons depuis décembre 2009. En février 2016, la société Abo Wind est choisie lors d’une séance d'un conseil municipal pour concrétiser le projet éolien. En 2018, un permis de construire est déposé. En 2019, le préfet rejette le projet. Abo Wind dépose un recours devant la Cour d'appel administrative de Lyon. La procédure est en cours. Une audience a eu lieu ce mardi 4 mai 2021.

Le projet d'un parc éolien au Col de la Loge, lui date de 2007. Il est porté par la SAS Monts du Forez Énergie, filiale espagnole de sociétés de construction d’éoliennes, dont l'actionnariat majoritaire est chinois.
En 2016, le permis de construire a été accordé par le Préfet. Cette décision est attaquée en justice par les opposants.
En 2017, le préfet donne l'autorisation d'exploiter, aussitôt attaquée par les opposants. En tout, il y a déjà une dizaine de procédures... certaines sont toujours en cours, dont le recours contre le permis de construire examiné ce mardi 4 mai devant la Cour d'appel administrative de Lyon.

 

Pour les uns on vend du vent, pour les autres de l'énergie renouvelable

Un an après les Municipales, les promoteurs de parcs éoliens semblent être de plus en plus nombreux à démarcher les élus, surfant sur la vague de la transition énergétique.

''Depuis octobre, poursuit Isabelle Ferraton, du collectif Zeroeol42, les promoteurs débarquent dans les mairies pour vendre leurs projets de parcs éoliens. Le phénomène s’est accéléré au printemps. Les arguments financiers présentés sont alléchants, mais cela reste une solution de facilité pour les collectivités. Il n’y a pas d’énormes retombées économiques pour les territoires. Les subventions sont colossales et la production réelle d’énergie est moindre. On économise un peu de CO2 au détriment des ressources en bois, en eau et autres richesses naturelles. Sans compter que l'exploitant peut revendre son parc s'il estime qu'il n'est pas rentable. L'acquéreur peut, par conséquent, renégocier le bail et le revoir à la baisse. Cela reste un outil industriel''.

Les projets ont du vent dans les voiles dans la Loire

En 2015, un projet de cinq éoliennes dans le Haut-Forez se dessine, quatre à Saint-Jean-la-Vêtre et une à la Côte-en-Couzan. Le projet germait depuis 2010. Mais il n’avait pas la cote auprès des opposants.
En 2016, malgré l’avis défavorable du commissaire enquêteur, la Préfecture de la Loire valide le chantier mené par la société MFE, Monts du Forez Energie, filiale d’EDPR, Energias de Portugal Renovaveis. Le Préfet de l’époque, Fabien Sudry, avait autorisé le défrichement de plusieurs hectares de bois sur les deux communes concernées.
En octobre 2020, le recours de l’association Vent du Haut Forez est rejeté.

En 2016, le projet d’un parc éolien dans le Pilat avait été enterré. Il devait se dresser entre la Valla-en-Gier et Rochetaillée. La préfecture de la Loire avait refusé le permis de construire, jugeant l’impact visuel trop négatif.

Enfin, le projet, lancé en 2013, de La Forêt de Taillard, située dans le Parc Naturel Régional du Pilat, de l'Ardèche et de la Haute-Loire semble en bonne voie après une dizaine d'années d'études. En 2018, le préfet donne à la SAS les Ailes de Taillars l'autorisation de construire un parc éolien participatif. Les élus du Monts du Pilat s'en réjouissent. Le projet porté par les élus, les collectivités, l'opérateur énergétique Quadran, filiale de Total, et par des citoyens, consiste en la création d'un parc éolien, dans le cadre du développement durable. Cinq éoliennes à Burdignes et cinq à Saint-Sauveur-en-Rue. Mais les autorisations d'urbanisme ne suffisent pas. Il faut l'autorisation d'exploiter pour ce qui devrait être le tout premier parc éolien de la Loire.
En juin 2020, la SAS Les Ailes de Taillard ont assigné les anti-éoliens devant le tribunal judiciaire de Saint-Etienne en réclamant 893 040 euros pour recours abusifs. La somme corresponderait à une année d'exploitation.
En juillet 2020, les opposants avaient fait appel devant la Cour d'appel administrative de Lyon d'une décision de justice datant de 2018 et concernant le permis de construire.

L’éolien, dans l’air du temps... et de l'électricité dans l'air

En 2007, se tenait le Grenelle de l’Environnement qui fixait la part des énergies renouvelables à 23% de la consommation totale de l’énergie finale en 2020 et 40% en 2030.

L’Ardèche et la Drôme sont des terres à éoliennes. Le plus important parc d'Auvergne-Rhône-Alpes se trouve en Ardèche. En 2017, un parc de vingt-neuf éoliennes avait été inauguré en grandes pompes à Lespéron, à la frontière de la Lozère. Le projet avait vu le jour en 2016. Les élus locaux y étaient favorables. Ils y voyaient des aspects positifs. Le parc peut alimenter une ville de 80 000 habitants et les collectivités reçoivent en moyenne un million d’euros par an, entre autres revenus la location des terrains par exemple.

Toujours en Ardèche, à Lavilatte, un projet d'extension d'un parc éolien divise. Le maître d'ouvrage, EDF Renouvelables, envisage d'augmenter le nombre d'aérogénérateurs.
A Flaviac, l'association Serre de Gruas réclame une consultation publique concernant le projet d'implantation d'une dizaine d'éoliennes, porté par la société VSB.

Dans la Drôme, le maire de Soyons, vient d'annoncer, en ce mois de mai 2021, l'abandon du projet éolien porté par la société Energreen. Le sujet divisait depuis 2018.

Les procédures judiciaires s’enchaînent

En France, 70% des départements ont un parc éolien sur leurs territoires et 60% des projets de parcs éoliens sont attaqués en justice.

Les hélices ne sont pas les bienvenues aux pays des merveilles. A l’instar du film réalisé par André Nuel, Hélices au pays des merveilles, les opposants aux parcs éoliens sont de plus en plus nombreux. Ces derniers créent des associations et se structurent en collectif. Ils n'hésitent pas à entamer des procédures judiciaires contre les promoteurs. Les recours s'enchaînent aussi bien du côté des promoteurs que des opposants. 
Ainsi, dans les dossiers examinés devant la Cour d'appel administrative de Lyon ce mardi 4 mai 2021, ce sont les permis de construire à Doizieux dans le Pilat, à la Tulière-Cherier, dans le Pays d'Urfé et au Col de la Loge, dans le Haut Forez, qui sont dénoncés par les associations. Le délibéré sera rendu dans trois semaines.

A mesure que les projets naissent, de nombreuses associations et collectifs fleurissent un peu partout, certains ont à peine un an. 
Les actions se multiplient. A Saint-Bonnet-Des-Quarts, dans le Roannais, le conseil municipal a validé l'étude de faisabilité d'un promoteur pour l'implantation d'un parc éolien. Des opposants ont prévu de manifester ce samedi 8 mai 2021.

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