PORTRAIT. Saint-Etienne : Yassine est un héros (trop vite) oublié

En mai 2019, Yassine a accompli un acte héroïque en sauvant une jeune femme qui tentait de se suicider à Saint-Etienne. Aujourd’hui, ce héros semble déjà oublié. Sans papiers, lui et sa famille sont sur le point d’être expulsés. Une mobilisation s’organise autour d'eux.
 
Yassine a été porté en héros en 2019, lorsqu'il a évité à une jeune femme de se suicider en se jetant de son balcon dans le quartier de la Rivière ) Saint-Etienne dans la Loire. Venu d'Algérie en 2018, et aujourd'hui encore sans papiers, il a espéré que ce geste lui apporte une certaine reconnaissance. Mais  lui et sa famille sont dans l'obligation de quitter le territoire français. Ils sont sur le point d'être expulsés. Une forte mobilisation s'organise autour de Yassine et des siens. 

Une rencontre simple et émouvante

Lorsqu’il nous ouvre la porte de son appartement, Yassine affiche son plus beau sourire. Il nous accueille avec sa femme et sa mère, les gâteaux et le thé sont sur le point d’être servis. Nous nous installons dans le salon de la résidence où ils logent depuis plusieurs mois déjà. Car l’homme de 38 ans et sa famille sont sans-papiers, venus d’Algérie il y a un peu plus d’un an.
"Menacés de mort dans leur pays d’origine" comme l’explique Yassine, ils ont choisi de venir en France "un pays dont ils parlent déjà un peu la langue", en novembre 2018, munis d’un visa touristique. Quelques-uns de leurs amis résident en France, et après plusieurs conseils de leur part, le couple décide de s’installer à Saint-Etienne dans la Loire.

On nous a expliqué qu’ici les loyers sont moins élevés qu’à Lyon, alors nous n’avons pas plus réfléchis.

Mais les économies du couple ne suffisent pas, et c’est le 115 qui leur vient en aide dès les premiers mois. La famille est alors logée dans un appartement de 30 m2 d’une résidence de la ville, à proximité du centre social "La Rivière" à Saint Etienne.
 

Un acte héroïque qui pourrait tout changer

Il y a 9 mois, Yassine, a sauvé la vie d’une femme qui menaçait de se jeter du balcon d’un immeuble à Saint-Etienne : "Quand je suis arrivé devant le bâtiment avec mes courses dans les bras j’ai rapidement compris qu’il se passait quelque chose", explique l’homme âgé de 38 ans.
En effet, il est un peu plus de 16h lorsqu’une jeune femme menace de se suicider de son balcon. Les regards des passants sont rivés vers le haut. Certains tentent de l’en dissuader, d’autres restent impuissants face à la scène qui est en train de se dérouler. Ce n’est pas le cas de Yassine. Rapidement, il agît et entre dans le bâtiment pour atteindre l’appartement de la jeune femme. "Je suis rentré doucement et quand je suis arrivé à sa hauteur, elle a sauté" explique-t-il.

Je l’ai rattrapée, elle avait les pieds dans le vide, je lui disais de s’accrocher ! Mais je commençais moi aussi à basculer, mes pieds ne touchaient plus le sol.

Au bout de quelques secondes et avec l’aide de deux autres personnes montées peu de temps après lui, qui le maintiennent par la taille de peur qu’il ne bascule lui aussi ; il parvient, à bout de bras, à la rattraper et la hisser sur son balcon.

Un acte héroïque, qui n’a pas été filmé mais Laetitia, salariée d’un centre social à proximité, a été témoin de la scène. Elle explique avoir été alertée par des cris et avoue honnêtement n’avoir pas su réagir tant la scène était terrifiante. Elle est restée tétanisée et salue aujourd’hui le courage et la vivacité du jeune homme sur ce moment clé de cette journée.

Yassine lui n’est pas sorti indemne de ce sauvetage. Il a été blessé au bras  et il souffre d’une déchirure musculaire à l’épaule et d’une tendinite au poignet. Il a été opéré depuis, et il lui est toujours difficile de repasser devant les lieux du sauvetage.

La famille a aujourd'hui, l'obligation de quitter le territoire

Yassine et sa famille, ont été déboutés de leur demande d’asile, sont désormais sous le coup d’une obligation à quitter le territoire français (OQTF). Une situation d’autant plus difficile que le couple a une fille âgée de 4 ans scolarisée en France, et qu’ils attendent leur deuxième enfant en mars prochain.

Leur avocate a déposé un dossier de demande de régularisation exceptionnelle auprès du préfet de la Loire, invoquant l’article L313-14 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda). Cette disposition prévoit qu’un étranger en situation irrégulière peut obtenir une carte de séjour temporaire s’il justifie d’un "talent exceptionnel ou de services rendus à la collectivité". Ce qui est le cas de Yassine. Mais le préfet de la Loire, par courrier en juillet 2019, l’a informé qu’il n’était pas compétent pour traiter ce dossier, et qu’il l’avait transmis au service du pôle régional Dublin, placé sous l’autorité du Rhône. Pour l’heure, pas de nouvelle dudit dossier.

Mais sur le terrain, la petite famille peut compter sur le soutien sans faille de personnes rencontrées depuis son arrivée à Saint-Etienne, qui se mobilisent et s’activent pour faire réagir l’opinion publique et pour que la famille puisse rester en France. C’est le cas notamment de Laëtitia et de Rashyda. Toutes les deux sont salariées au centre social de la Rivière à Saint-Etienne, mais ce n’est pas par ce biais là qu’elles agissent. Pour elles, c’est simplement question d’humanité et de solidarité. "Il a écouté que son cœur. C’était un acte gratuit" nous confie Rashyda, avec beaucoup d’émotions.

Yassine est quelqu’un d’extrêmement empathique. Je crois qu’il a fait preuve de citoyenneté plus que n’importe quel autre français avec des papiers. 

Aujourd’hui, elles tentent de faire parler du cas de Yassine le plus possible et par tous les moyens pour que lui et sa famille puissent rester à Saint-Etienne. Une pétition a notamment été mise en ligne, pour "Un titre de séjour pour Yassine et sa famille".


Urgence, entre expulsion et pétition

Dès son arrivée, le couple entame les démarches administratives pour obtenir un droit d’asile, mais il a été débouté. En début d’année leur dossier a été examiné par l’Office Français des Réfugiés et Apatrides (OFPRA), mais leur requête a été refusée. Le motif ? L’Algérie n’est pas un pays en guerre et les preuves présentées au dossier ne sont pas suffisantes pour justifier leur mise en danger dans leur pays d’origine.

Mais le destin a fait qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes se mobilisent pour aider Yassine et sa famille à pouvoir s’établir définitivement en France. Car il y a quelques mois, cet Algérien a sauvé une femme.
 
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Saint-Etienne : Yassine est un héros (trop vite) oublié ©France 3
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