Mesures de Manuel Valls pour la Police: “on n'est pas dans le vif du sujet”, selon un policier de Grenoble

Mercredi 14 octobre, plus de 7.000 policiers ont manifesté à Paris, sous les fenêtres de Christiane Taubira, place Vendôme. Sitôt dispersés, Manuel Valls a annoncé une batterie de mesures. D'après un représentant grenoblois du syndicats FPIP, "on n'est pas dans le vif du sujet". 

Par Céline Aubert, AFP

Des cibles sur leurs t-shirts et des slogans énervés, des milliers de policiers ont manifesté devant le ministère de la Justice et en province, un rassemblement exceptionnel qui a poussé Manuel Valls à monter en première ligne pour répondre à leur malaise. 

Les manifestants n'étaient pas encore tous dispersés, que le Premier ministre annonçait des mesures visant à "alléger" la gestion de la garde à vue et des enquêtes, une revendication ancienne des forces de l'ordre, et à durcir les peines pour le trafic d'armes. Il a aussi fait part de son souhait d'"éviter" les permissions de sorties de détenus sans "nécessité avérée". 

"On est pas dans le vif du sujet", a réagi Stéphane Rivière, secrétaire départemental du FPIP 38, la Fédération Professionnelle Indépendante de la Police. Invité du 19/20 de France 3 Alpes, il a évoqué à nouveau le laxisme de la justice. 

Comme si le couple police-justice ne fonctionnait plus. "Ce n'est pas vraiment un couple", a expliqué Stéphane Rivière, "mais c'est vrai que la réponse judiciaire n'est pas à la hauteur du travail que fournissent les policiers au quotidien, les enquêtes avec un code de procédure pénale alourdie, puis sur le terrain et dans les investigations."

Il y a aussi le problème du manque de moyens humains et matériels. D'après les barèmes de référence du Ministère de l'Intérieur, il manquerait 13 postes de gardiens de la paix à Grenoble. "La nuit on est souvent une à deux patrouilles pour les sept communes de l'agglomération", explique encore Stéphane Rivière. 

Il y a enfin les missions et les servitudes. "Quand on protège des détenus hospitalisés, on ne peut pas être en même temps sur la voie publique."

Interview Police après les annonces de Manuel Valls
Interview de Stéphane Rivière, secrétaire départemental du FPIP

Une forte mobilisation à Paris

"J'entends la colère des policiers, des gendarmes, j'entends leur malaise", a déclaré Manuel Valls, flanqué de ses ministres de l'Intérieur et de la Justice, Bernard Cazeneuve et Christiane Taubira. "Le message des manifestants est pris au sérieux", a-t-il martelé, tout en refusant toute "rupture" entre police et justice.

Répondant à l'une des principales revendications des manifestants, le président François Hollande recevra par ailleurs les syndicats de police et de justice la semaine prochaine.

Les policiers - près de 7.500 selon la préfecture de police, jusqu'à 10.000 selon les syndicats - ont scandé haut et fort leur "colère", réunis place Vendôme pour la première fois depuis 1983. La place était envahie d'une nuée orange et blanche laissée par les fumigènes, de drapeaux bleus et blancs des syndicats et de sirènes de police, tandis que des "Taubira démission" fusaient dans l'assistance. Sur un échafaudage, une banderole noire donne la couleur: "Police/justice: la rupture".

"Patrouille non stop" 

"Les policiers, héros du mois de janvier" après les attentats "sont devenus les oubliés de la République", a tonné à la tribune Jean-Claude Delage pour Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix, promettant d'autres actions "dans la rue" s'ils "ne sont pas entendus".

"Ça suffit!", a renchéri Yves Lefebvre, pour Unité-police SGP, "nous demandons protection et reconnaissance", le "ministère de la Justice se moque des risques que nous prenons tous les jours". Patrice Ribeiro de Synergie, deuxième syndicat d'officiers, a réclamé "un plan Marshall de la police", tandis que Jean-Marc Bailleul du SCSI-CFDT, majoritaire, a demandé que "tous les acteurs de terrain de la chaîne pénale soient écoutés". "On a besoin de la justice, nous sommes avec vous", a dit Céline Berthon du SCPN, majoritaire chez les commissaires, aux manifestants, en majorité gardiens de la paix.

Tous ont pointé une "explosion des violences", un "manque de moyens", une "absence de réponses pénales".

"Depuis les attentats de janvier, on fait les plantons et on patrouille non stop. Les moyens ne sont pas là," a témoigné un officier parisien sous couvert d'anonymat. Et tous ont soulevé les rendez-vous des prochains mois, annonciateurs d'une sécurité maximale: la conférence de l'ONU sur les changements climatiques à Paris (30 novembre-11 décembre) et l'Euro-2016 de football (10 juin-10 juillet).

"Il faut éviter les emportements et les amalgames", avait insisté Bernard Cazeneuve, tentant l'apaisement mardi lors d'un discours devant les forces de l'ordre. "Il y a eu des dysfonctionnements qui doivent être corrigés." Christiane Taubira avait insisté de son côté sur la nécessité de "prévenir tout risque de libération injustifiée" de détenus et mieux encadrer leurs permissions.

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