Municipales 2020 en Auvergne : ce qu’il faut retenir du second tour

Dimanche 28 juin 2020, les électeurs ont voté pour le second tour des élections municipales. Le politologue Mathias Bernard décrypte les résultats et livre son analyse sur la vie politique en Auvergne.

Le second tour des élections municipales 2020 s'est déroulé plus de 3 mois après le premier tour du 15 mars
Le second tour des élections municipales 2020 s'est déroulé plus de 3 mois après le premier tour du 15 mars © Laetitia Théodore - FTV
Au soir du second tour des élections municipales, le politologue Mathias Bernard, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Clermont Auvergne, après avoir observé les résultats des votes, décrit les grandes tendances qui s’en dégagent.

"La première chose qui a frappé l’ensemble des observateurs c’est le très fort taux d’abstention puisque finalement on se retrouve avec les mêmes taux que le 15 mars alors même que la situation sanitaire est très différente en cette fin de mois de juin ce qui montre bien qu’au-delà de la crise du Covid 19 il y a un vrai problème de distanciation entre les électeurs et leurs élus, notamment dans le cadre d’un scrutin, les municipales, qui habituellement étaient un scrutin très populaire ; c’était avec les présidentielles le scrutin qui avait le mieux résisté à la crise de la participation qu’on constate depuis quasiment une quarantaine d’années en France. On voit notamment dans les grandes villes, dans les agglomérations urbaines des taux d’abstention qui dépassent 60 %, c’est même 70 % à Clermont-Ferrand, c’est donc extrêmement élevé. Par contre on le constate moins dans des villes comme La Bourboule, Le Mont Dore… En zone rurale ou semi rurale il y a peut-être plus de proximité, je dirais un attachement qui reste encore assez fort vis à vis de la fonction de maire qui fait que finalement la participation a plutôt bien résisté alors qu’on peut dire que ça a été quasiment une catastrophe dans les grandes villes alors même que par exemple à Montluçon ou à Clermont-Ferrand il y avait une relative incertitude ; donc on pouvait estimer que ça pouvait motiver les électeurs".

La prime aux sortants

"C’est la deuxième caractéristique mais sauf exception qui était déjà inscrite dans les résultats du premier tour, je pense à Langeac ou à Ceyrat" explique Mathais Bernard. "Globalement les maires sortants sont en général reconduits et il y a une grande stabilité dans notre région, peut-être plus importante que dans d’autres territoires en France et même au second tour il y a indiscutablement eu une prime aux sortants. C’est très net à Chamalières où Louis Giscard d’Estaing qui avait été un peu bousculé par Julie Duvert l’emporte très nettement, c’est également le cas à Aurillac où Pierre Mathonier gagne 10 points d’un tour sur l’autre alors qu’il n’avait pas à priori de réserve de voix, on retrouve cela également à Riom où la gauche qui était majoritaire en sièges est finalement battue par le maire sortant Pierre Pécoul qui n’avait pas fait un bon résultat au premier tour, il se rattrape au second. C’est lié d’une part à ce type de scrutin : les municipales sont en général des scrutins conservateurs contrairement aux législatives ou aux présidentielles où c’est l’alternance qui prévaut mais ça a sans doute été amplifié par la crise du Covid où les maires ont été en première ligne et c’est une sorte de remerciements de l’électorat à des maires qui ont fait le job dans un contexte difficile".

Les perdants, les gagnants ?

"Ce qu’on constate, peut-être plus à l’échelle nationale qu’au niveau du territoire Auvergne, c’est l’échec de l’implantation de La République En Marche ce qui est sans doute préoccupant pour ce parti pour les élections régionales. Mais l’élection présidentielle qui sera vite là en 2022 repose sur d’autres ressorts que l’implantation locale. L’échec de la République En Marche, que ce soit dans le territoire Auvergne ou dans la métropole lyonnaise, c’est un élément qui peut être préoccupant. Et il y a la poussée écologiste qui va forcément rebattre les cartes à gauche et qui peut être potentiellement l’occasion pour la gauche de revenir plus facilement au premier plan qu’elle ne le pensait en 2017. Après le quinquennat Hollande on avait une gauche en miettes, là où elle est portée par une dynamique écologiste elle reconquière une partie de l’électorat".
 
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