Après un cancer du sein, elle se fait retirer l’estomac à titre préventif : "J’ai choisi avant que le cancer ne me choisisse"

Une guerrière. C’est ainsi qu’Aurélie se définit. Du haut de ses 44 ans, elle a affronté un cancer du sein. Elle s’est aussi fait retirer l’estomac à titre préventif. Des épreuves qui l’ont construite et qui l’ont amenée à changer de voie professionnelle. Un parcours de vie qu’elle raconte.

Aurélie est une femme inspirante. A 44 ans, elle a vaincu un cancer du sein mais pas seulement. Cette commerçante de Riom, près de Clermont-Ferrand, a fait de sa vie un combat. Mère de deux enfants, elle  a vu sa vie basculer un certain jour de juillet 2018. Aurélie Baudin, jolie brune avec toujours le sourire aux lèvres, raconte avec de grands yeux qui pétillent : « Un jour, je prends ma douche et je sens une boule sur le sein gauche, du jour au lendemain, qui a poussé comme un œuf. J’étais allée voir ma gynéco un mois avant et elle n’avait rien senti. C’était en juillet 2018, j’avais 39 ans. Je suis allée voir mon dermatologue pour une autre raison. Je lui ai montré cela et il me dit d’aller au bout de la rue pour passer une mammographie à République. Tout s’est enchaîné, j’ai eu un diagnostic début août. Ils m’ont laissée partir en vacances. Je suis rentrée et j’ai attaqué la chimiothérapie fin août ».

"J’étais en mode warrior"

S’ensuivent 5 mois de chimio avec 4 EC, une toute les 3 semaines et 12 Taxol, une par semaine. Les effets secondaires se font sentir : nausées, brûlures, perte des cheveux. Quand le diagnostic tombe, Aurélie « prend vraiment une claque ». Elle explique : « Je m’étais toujours dit que, étant sportive, ne fumant pas, ne buvant pas, n’ayant pas de cancers dans ma famille, je n’avais pas raison que cela me tombe dessus. J’ai pris cela comme quelque chose de très violent. Cela a été très dur. Je pense que 5 ans après, je ne l’ai toujours pas accepté. J’ai trouvé cela très injuste ». Sa fille Louane avait 7 ans à l’époque et son fils Hugo 3 ans. Son mari, sa famille et ses amis ont été très présents. A chaque chimio, une copine différente l’accompagnait. Aurélie affronte courageusement le cancer : « J’ai été rassurée en sachant que le cancer était canalisé. Je me suis dit que je n’avais pas le choix : je devais me battre. A 39 ans, j’avais encore tellement de choses à faire et à vivre. J’étais en mode warrior. Je ne dis pas qu’il n’y avait pas de doutes, de peurs. Mon corps m’a dit que quelque chose n’allait pas et qu’il fallait travailler dessus. J’ai fait des soins de support : je faisais du sport, je voyais un psy, je me faisais masser, j’ai fait de l’art thérapie. J’essayais de m’évader et de prendre soin de moi ». La perte de ses cheveux est pour elle un premier choc : « C’est vraiment pour moi le symbole de la maladie. J’ai pris une perruque. J’ai appelé ma coiffeuse qui s’occupait de moi depuis des années, qui m’avait coiffée pour mon mariage. Elle était là pour une autre étape de ma vie. Elle est venue me raser à la maison. Elle m’a mis la perruque. Je n’ai vu mon crâne rasé que le lendemain ». 

"Je me mettais des buts pour avancer"

Le but du protocole était de faire diminuer la tumeur afin qu’Aurélie puisse conserver son sein. Elle a ensuite été opérée et la tumeur a été enlevée. Des ganglions lymphatiques avaient été touchés. Ensuite, après un mois de repos, elle a 25 séances de radiothérapie, à raison d’une par jour : « Je faisais charmer le feu mais à la fin j’étais vraiment très brûlée. Je n’avais qu’une envie, enlever ma perruque. Je me mettais des buts pour avancer ». A partir de février 2019, les médecins déclarent que la patiente est en rémission. Les rayons étaient là pour assainir la zone et éviter que le cancer ne revienne. Désormais, elle est sous hormonothérapie, pour 7 ou 10 ans au total. Elle doit prendre un cachet par jour et avoir une piqûre par mois. Aurélie déplore les effets secondaires mais ne s’y attarde pas : « Cela prend trop d’énergie de se dire qu’on a mal à la tête. On a aussi mal aux articulations. Cela crée une ménopause. Mais je me dis que j’ai de la chance d’être en vie, je ne me focalise pas sur ce qui ne va pas ».

L'ombre d'un cancer de l'estomac

Mais son combat contre la maladie ne s’arrête pas là. Sa chirurgienne du Pôle Santé République préconise un test génétique car Aurélie a moins de 40 ans. Elle effectue deux prises de sang. L’oncogénéticienne estime avant les examens que son cancer n’est pas génétique. Arrive alors le confinement. En juin 2020, Aurélie va au Pôle Santé République « comme une fleur, pensant que rien ne va lui arriver ». La médecin lui annonce que son cancer est bel et bien génétique. « Je me dis que je vais y passer. Il s’agit d’une mutation CDH1, très rare. Cela a alors été la brume pour moi. Je n’ai plus compris ce qu’elle me disait. Elle m'annonçait que je risquais un cancer de l’estomac. Une forme très connue au Japon mais moins en France. Elle me parle de faire une surveillance ou de me faire enlever l’estomac ». La patiente passe 30 biopsies de l’estomac. Elle décide de se faire enlever complètement l’estomac pour ne pas risquer un cancer : « Je me suis demandée si je devais être dans le stress toute ma vie, faire 30 biopsies à chaque fois, ou si je devais me faire opérer. On me proposait d’enlever 100 % de risques d’un cancer de l’estomac. Il a fallu que je prenne cette décision et les gens n’étaient pas d’accord avec moi. Je suis allée contre ma famille, contre mes amis. Je ne voulais pas prendre de risque. J’ai choisi avant que le cancer ne me choisisse. J’ai dû leur expliquer mon choix ».

Aujourd’hui je mange normalement. Quelqu’un qui ne sait pas que j’ai été opérée ne le voit pas

Aurélie Baudin

Il s’agit d’une gastrectomie prophylactique. L’opération a lieu en janvier 2021, elle dure près de 10 heures. Aujourd’hui, elle vie sans cette partie de l’appareil digestif : « Je n’ai plus d’estomac. Mon œsophage est relié à mon côlon.  Au départ, il faut vraiment suivre le protocole, à savoir manger 6 à 7 fois par jour, des aliments moulinés et énormément mâcher. Forcément j’ai perdu du poids mais j’en avais beaucoup d’avance. Au fur et à mesure, j’ai pu réintégrer les aliments et voir ce qui passe et ce qui ne passe pas. Je mange de tout. J’ai pris un rythme de 3 à 4 repas par jour. Je n’ai aucun effet secondaire. Tous les 6 mois j’ai des prises de sang et des analyses d’urine pour un suivi très important et voir que je ne suis pas carencée. Je vis très bien sans estomac. J’ai juste une piqûre une fois par mois pour la vitamine B12 car elle n’est pas synthétisée par l’estomac ». Aurélie a une mammographie et une IRM tous les ans pour le suivi du cancer du sein. Elle doit faire une prise de sang tous les 6 mois. Pour le suivi du cancer de l’estomac, elle a une prise de sang aussi tous les 6 mois.

"Je ne m’interdis rien et je n’ai plus de barrières"

Ce combat contre la maladie s’est accompagné d’une remise en question au niveau professionnel. La quadragénaire a toujours voulu être entrepreneur mais elle estime qu’elle se mettait des barrières. Les larmes coulent sur ses joues et Aurélie confie : « Pendant la maladie, je me suis dit que je n’étais pas heureuse au travail. J’ai voulu trouver autre chose pour m’épanouir. J’ai appris des choses sur moi avec la maladie. Je ne m’interdis rien et je n’ai plus de barrières. Je me dis que je suis forcément capable de le faire ». Passionnée par la mode, elle qui était jusque-là employée dans un garage, décide d’ouvrir une boutique au concept original : un salon de thé avec une partie boutique de vêtements et épicerie. Elle voulait « un lieu de vie, un lieu pour les femmes, tenu par une femme, où on se sent bien ». Les démarches ont été longues, COVID oblige. Elle signe le bail fin janvier 2021, alors qu’elle vient tout juste d’être opérée de l’estomac. La boutique ouvre en mai 2021 : « C’est une révélation. Tous les matins je me lève et je suis fière de mon parcours. Je me dis que j’adore ce que je fais ».

La leçon de la résilience

Elle a tiré un enseignement de son expérience : « Même quand on est jeune, il faut écouter son corps. Si notre médecin traitant ne nous prend pas au sérieux, il faut en changer. Au contact d’autres malades, je me suis rendue compte que certaines femmes ont galéré un an avant d’avoir une mammographie. Moi j’ai eu de la chance. Après, le pronostic n’est pas le même ». Désormais, Aurélie fait du mot résilience un mot d’ordre : « Je ne connaissais quasiment pas le terme de résilience avant la maladie. C’est vraiment un mot qui me correspond. Je l’ai même tatoué. On s’interdit plein de choses, surtout nous les femmes, car on se dit qu’on n’est pas à la hauteur. Je ne m’interdis plus rien. De chaque chose négative j’en ressors toujours du positif. La vie est trop courte. J’ai la chance de m’en être sortie ». Après la maladie, elle s’est faite tatouée d’autres phrases qui l’ont inspirée : « Think positive » (Pense positif), « Live laugh love » (Vis, ris, aime), « Lux in tenebris » (la lumière dans les ténèbres), « Résilience », « Dieu donne ses plus durs combats à ses plus forts soldats ». Un autre mantra est affiché dans sa boutique : « La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter ». Cette aventure, Aurélie compte bien la tenter encore longtemps, malgré les épreuves. Elle avance, tel un soldat.